PARASITE : À nous la belle vie

PARASITE : À nous la belle vie

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Un nouveau coup de maître pour le grand Bong Joon-ho.

Cela n’aura évidemment échappé à personne ou du moins pas aux cinéphiles les plus attentifs. La Corée du Sud est devenue en l’espace d’une vingtaine d’années une plaque-tournante du cinéma mondial, grâce au talent de cinéastes aujourd’hui acclamés tels que Park Chan-wook, Kim Jee-woon, Na Hong-jin ou encore, dans le cas qui nous intéresse, Bong Joon-ho. Ce dernier est sans doute celui qui a su le mieux, film après film, garder une approche populaire sans renoncer à la singularité de son style. Avec Parasite, son septième long-métrage, fraîchement auréolé de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes, il le prouve une nouvelle fois de la plus brillante des façons.

Parasite commence avec une famille sans le sou, qui survit de petits larcins et habite dans un appartement miteux en entresol. Quand le fils de la famille, Ki-woo, se fait embaucher par les Park, de riches propriétaires, pour donner des cours d’anglais à leur fille dans leur luxueuse maison, tout redevient possible. Grâce à leur débrouillardise naturelle, la sœur et les parents de Ki-woo sont à leur tour embauchés par la famille riche, qui ignore tout de leurs liens de parenté. De ce postulat de départ, Bong Joon-ho pose la question du déterminisme social, déjà au cœur de Snowpiercer, le transperceneige, et y répond avec une ironie tout aussi désenchantée.

Le « parasite » du titre renvoie aussi bien aux nantis qu’aux démunis. Quand le bas peuple tente de s’approprier les biens matériels de la haute société, cette dernière en profite de son côté pour asseoir son mépris de classe. Un mépris d’autant plus insoutenable qu’il n’a rien de gratuitement cruel, au contraire même. Les Park voient en leurs nouveaux employés de braves gens, compétents, mais un peu grossiers aussi, comme pour Ki-taek (Sang Kang-ho), père de Ki-woo, dont l’odeur âcre trahirait le rang social. Cette notion d’odeur, anodine au départ, revêt un caractère de plus en plus humiliant aux yeux de Ki-taek, dont le conflit interne passionne et suffit à lui seul à nous faire redouter le pire.

Il est bien sûr impossible de déflorer les nombreuses surprises du film, qui prend un malin plaisir à contrarier nos attentes, en jouant sur plusieurs registres, sans jamais perdre de vue la cohérence et l’efficacité du récit. Derrière la caméra, Bong Joon-ho s’impose avec un brio étourdissant. La position des personnages dans le cadre répond à une volonté de faire sens en permanence. Le travail sur la verticalité, avec ces mouvements ascendants ou descendants, à l’instar de ce plan qui ouvre et ferme le film, participe de notre compréhension de l’espace et des divisions qui s’y trouvent. Une scène résume en ce sens parfaitement le privilège des riches, juchés sur les hauteurs, à l’abri d’une pluie diluvienne qui dévale la colline et inonde le village des pauvres situé en contre-bas. C’est dans ces moments-là aussi que le cinéaste nous rappelle combien il est précieux dans le paysage cinématographique actuel.

Réalisé par Bong Joon-ho, avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong

Sortie le 5 juin 2019.

Geoffrey Fouillet

Geoffrey Fouillet

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