AVENGERS : L’ÈRE D’ULTRON : Ré-assemblage ★★★☆☆

AVENGERS : L’ÈRE D’ULTRON : Ré-assemblage ★★★☆☆

Le blockbuster tant attendu de Joss Whedon est-il à la hauteur de nos attentes ?

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Pilier désormais indispensable de l’industrie hollywoodienne, hospital Marvel Studios a pour certains la forme d’un monstre bouffant petit à petit tous ses concurrents pour se nourrir de leurs idées, et ainsi créer son propre style. Outre la question de la fidélité aux comic books dont il s’inspire, ils est clair que Kevin Feige, malgré sa main de fer, perd peu à peu le contrôle de son empire, tout aussi empêtré dans la cohérence complexe de son univers que les artistes qu’il engage. Cette forme de patchwork varié mais intenable atteignait son paroxysme en 2012 avec la sortie du premier Avengers. La réussite (inespérée) de Joss Whedon provenait d’un amour sincère pour les sujets de sa création. En acceptant au fil des minutes l’envolée de chaque personnage vers son monde personnel pour mieux les faire se rejoindre le moment venu, il parvenait à desserrer son étau scénaristique pour envisager l’avenir, comme le Marvel Cinematic Universe l’a toujours fait. Mais est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Il est vrai que la première ambition d’Avengers 2 est de dépasser son grand frère en regardant en arrière pour mieux aller de l’avant. Le film débute à toute allure, suivant les personnages dans une version améliorée du plan-séquence du précédent volet. L’équipe est plus soudée et coordonnée que jamais, signe pour Whedon des tensions et des déchirures qu’il s’apprête à nous dépeindre. Chaque plan relève d’une volonté sincère d’amélioration, confirmée dès cette formidable introduction à la sauce James Bond. Néanmoins, si le long-métrage prouve une nouvelle fois toutes les qualités du MCU, il en dévoile aussi les limites. Le thème de la créature de Frankenstein, inhérent au genre super-héroïque (le surhomme crée ses propres démons, comme l’affirmaient The Dark Knight ou Iron Man 3), prend avec L’Ère d’Ultron une dimension encore jamais atteinte car il dépasse celle de la diégèse. En voulant assurer une paix que les Avengers seuls sont incapables de livrer, Tony Stark crée Ultron, une intelligence artificielle aux allures d’enfant capricieux et surdoué, qui devient rapidement indépendante.

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Involontairement, l’antagoniste s’avère en parfaite corrélation avec les inquiétudes de son cinéaste. Si certains désapprouvent la forme narrative choisie par Marvel Studios, qui oscille entre les codes du cinéma et de la télévision, L’Ère d’Ultron est le premier film à réellement en souffrir, piégé par des impératifs impossibles à surmonter dans son format. Trop occupé à se raccorder aux longs-métrages à venir (le passage au Waganda n’est là que pour introduire Black Panther), il peine à maintenir son cap par cette accumulation de sous-intrigues. Joss Whedon a d’ors et déjà annoncé une version longue, mais on ne peut s’empêcher de regretter le rythme de l’ensemble, certes frénétique et grisant, mais beaucoup trop rapide. Le premier à en pâtir n’est autre qu’Ultron, nécessairement décevant suite à la promotion virale du studio qui promettait le méchant ultime. Par sa sous-exploitation, ses actions manquent d’enjeux, même si sa présence est compensée par le cabotinage du charismatique James Spader, qui parvient à le rendre aussi attachant que Loki.

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Le film est d’ailleurs sauvé par cette qualité intrinsèque du MCU : son amour pour ses personnages. La machine et la froideur de la technologie sont plus que jamais au cœur de l’intrigue, mais celle-ci revient constamment sur la personnalité de ces héros singuliers tentant de travailler ensemble. Whedon délaisse même les mastodontes Iron Man, Thor et Captain America pour livrer le plus beau rôle à Hawkeye (Jeremy Renner), injustement négligé dans le premier Avengers. Cette fois-ci, le réalisateur le rend essentiel, malgré son absence de pouvoirs. C’est son humanité qui permet au groupe, comme au film, de se poser et de se regarder dans un miroir. Ainsi, tout en conservant l’ambiance du précédent volet, le réalisateur utilise avec un certain brio l’ambiance (légèrement) plus sombre inculquée par les précédents opus de la phase II, notamment par l’introduction des jumeaux Maximoff, Quicksilver (Aaron-Taylor Johnson) et Scarlet Witch (Elizabeth Olsen). En plus d’être insaisissables grâce à la vitesse supersonique qu’est capable d’atteindre le premier, ils vont savoir créer des tensions au sein de l’équipe par le pouvoir de manipulation d’esprit de la seconde. La remise en question qu’elle engendre amène à des rapports de force qui permettent à ces titans de se rendre compte de leur puissance et de la menace qu’elle peut représenter. Derrière les CGI et les décors détruits, ces êtres mythologiques (voir le générique de fin, qui explicite cette déification par l’utilisation de statues de marbre) cherchent autre chose que les postures badass et les punchlines. Dès lors, Whedon sait doser son second degré pour redevenir sérieux quand il le faut. En plongeant dans les cauchemars de ses personnages, il dévoile leur peur de ce statut de monstre qui les poursuit, ce même statut qui rend complexe la relation très intéressante qu’il développe entre Bruce Banner/ Hulk et La Veuve Noire.

Ainsi, si L’Ère d’Ultron subit une écriture quelque peu mécanique, il demeure paradoxalement l’un des Marvel les plus humains, car son cinéaste semble accepter, à l’image de ses héros, la part de monstre incontrôlable de sa création. Il finit même par exploiter les défauts de son film dans une réflexion pertinente sur le blockbuster actuel, en s’interrogeant sur ses possibles améliorations. A l’instar du récent Fast and Furious 7, Avengers 2 est aussi le terrain fertile d’une expérimentation cinématographique amenée par petites touches, cherchant à aller au-delà de ce que propose la concurrence tout en admettant ses propres limites. Loin de certains produits formatés, Whedon mélange les inspirations pour livrer un objet unique, de l’ampleur d’œuvres fédératrices comme L’Empire contre-attaque à l’esthétique des comic books, jusque là assez peu visible. La mise en scène ose alors tout, quitte à défier nos rétines et nos oreilles par un montage plus cut mais savamment maîtrisé. Qu’il s’agisse d’un affrontement entre un Hulk hypnotisé et le Hulkbuster d’Iron Man, ou encore d’une bataille finale contre des centaines de robots, le plaisir jouissif de combats épiques répond parfaitement aux attentes d’un pop-corn movie, alors que le cinéaste semble vouloir prendre du recul pour le définir. Il essaie notamment d’en corriger les principaux écueils, à l’instar de l’habituel je-m’en-foutisme lié aux victimes civiles sur les champs de guerre (ici, ils sont secourus, et non pas laissés à l’abandon au cœur des ruines comme dans Man of Steel ou Star Trek Into Darkness). Grâce à ce méta-cinéma, Whedon explicite le pouvoir du MCU, celui de faire signer au spectateur un contrat de confiance, de lui faire accepter le statut de fiction pas toujours crédible qu’il lui offre, puis de lui promettre l’émerveillement dès le logo de la firme affiché.

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Le Cinéphile Anonyme

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