CAROL : L’amour a ses raisons que la morale ignore ★★★★☆

CAROL : L’amour a ses raisons que la morale ignore ★★★★☆

Une love story envoûtante magnifiée par ses deux interprètes vedettes. 

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Dès les premières notes de piano et nappes de violon de Carter Burwell, sick le ton est donné. Douce mélancolie, medical charme onirique, information pills tout concorde pour créer la bulle extatique dans laquelle viendront se retrancher Carol et Thérèse, les deux héroïnes romantiques du film. Nous sommes dans les années 50, à New York, alors que la période de Noël bat son plein. C’est une idée de cadeau, un train mécanique tournant autour du même axe, qui scelle et métaphorise d’entrée de jeu l’attraction mutuelle des deux femmes. Elles sont désormais attachées l’une à l’autre, (é)prises d’une passion en circuit fermé, malgré leurs différences de classe, d’âge ou l’écueil du conformisme bourgeois. Un sujet que Todd Haynes avait déjà traité dans son chef-d’oeuvre Loin du Paradis, où une femme au foyer blanche de la haute société s’attirait les foudres de son voisinage pour s’être entichée de son jardinier noir. Ici, le réalisateur décrit une lutte plus ténue mais tout aussi à propos. Carol et Thérèse ne combattent pas la société, seulement leurs proches, mari et petit ami, qui leur font payer leurs désirs interdits. Face à ces remontrances, chacune se replie davantage et ressent le besoin toujours accru de se retrouver.

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Dans ces moments de conflit, la mise en scène multiplie les angles droits, les cadres dans le cadre pour mieux marquer l’enfermement et la privation que le respect des bonnes moeurs leur impose. Une grammaire visuelle présente d’ailleurs dès le plan d’ouverture du film, où la caméra glisse le long d’une grille aux lignes géométriques. En revanche, une fois réunies, il n’existe plus aucune barrière entre elles. Qu’elles partagent l’intérieur d’une voiture, d’un salon ou d’une chambre, les deux femmes sont directement en présence et ne peuvent ignorer leur proximité. Un rapprochement physique qui alimente le jeu de séduction et le trouble amoureux. Regards fuyants puis langoureux, gestes contenus puis désinhibés, on reconnaît bien là le brio exceptionnel du cinéaste pour capter les affects de ses personnages. Mais qu’aurait été cette love story sans les performances éblouissantes de Cate Blanchett en Carol et de Rooney Mara en Thérèse ? La question ne se pose même pas à vrai dire, tant l’alchimie est immédiate. Les deux actrices rivalisent d’élégance et de sensualité, sans jamais minauder. Blanchett fait merveille en femme fatale déboussolée et déploie son charisme habituel pour nous fasciner tandis que Mara resplendit dans le rôle de la jeune photographe en proie au doute. Leur complicité culmine naturellement lors d’une scène d’étreinte magnifique, qui rappelle la grande scène d’amour au féminin de Mulholland Drive.

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La structure faussement linéaire du scénario permet par ailleurs d’exalter cette fameuse bulle extatique dans laquelle se lovent les deux femmes. A l’arrière d’un véhicule qui l’éloigne de sa bien-aimée, Thérèse songe à Carol et redéroule le fil de leur histoire. Curieusement, ce principe de réminiscence n’offre pas toujours au film la possibilité de décoller pleinement. Difficile d’identifier le problème, aussi mineur soit-il cela dit, si ce n’est en regrettant la trop grande tendresse avec laquelle Thérèse repense à Carol. Peu d’aspérités dans ce portrait et donc peu de cette noirceur tragique qui constitue bien souvent l’attrait majeur des drames romantiques. Pour autant, ce menu défaut n’empêche pas le spectateur de vibrer pour ce couple de cinéma unique et ce duo d’actrices sublime.

Réalisé par Todd Haynes, avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler

Sortie le 13 Janvier 2016.

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