CINÉ 80 : OH MY BIS

XTRO : Un film de Harry Bromley Davenport – 1983

Août 2013, petite promenade habituelle en brocante avec la famille. Comme toujours, j’ai ma liste de DVD rêvés en tête, l’esprit à l’affût du moindre stand proposant des galettes à 1€ (Voire moins si affinités). Après quelques dizaines de minutes de marche, j’entends une pile de films crier mon nom de l’autre côté de la rue : je me retourne, je jette un coup d’œil furtif, et j’aperçois de ma cinéphilie 80’s aiguisée la jaquette de XTRO. Je cours comme un dératé vers le vendeur, pensant presque bêtement que d’autres bisseuvores l’avaient également dans leur ligne de mire. Et, pendant que mes jambes répétaient ces folles foulées, j’ai senti que les trente ans qui nous séparaient, lui et moi, ne se sont écoulés que pour qu’il s’ajoute à ma collection ! L’euro chargé dans les doigts, je salue le possesseur du saint Graal de l’instant, le paie, et m’enfuit le sourire aux lèvres pour retrouver mon clan et lui présenter fièrement ce nouveau trésor ! Voilà, vous connaissez une partie de mon quotidien vacancier de Seine-et-Marnais. Mais maintenant, il est temps, je pense, de parler de notre film :

Xtro - Title

Alors pourquoi j’ai choisi ce film peu connu (Injustement d’ailleurs !) pour mon premier papier ? Et bien parce que. Voilà tout. Bon d’accord, si je dois étoffer, je dirais que déjà, il fait partie d’un genre de films dont je suis amoureux : Ces bonnes vieilles pellicules des années 80, avec du monstre, et pas forcément de gros budget. Deuxio, c’est le dernier en date que j’ai vu.

Mais toi, lecteur, tu dois te demander à quoi tient toute cette mascarade ! Que penser, à la vue de l’image de couverture, de cette espèce de quadrupède luisant, foutrement chauve, sans nez, et avec une bouche ouverte pleine de dents ? Rassure-toi, le synopsis arrive en courant ! Continue à lire ces lignes, et tu auras peut-être envie, au final, de mater cette bobine comme un gamin des eighties mourrait d’envie perverse de se glacer le sang devant la VHS enregistrée d’un Cannibal Holocaust.

Bon, XTRO c’est quoi ? Et bien c’est d’abord une histoire d’abduction (ndlr. d’enlèvement Extra-Terrestre). On a une gentille famille anglaise, vivant dans une jolie ferme, et possédant une superbe Peugeot rouge. Sam, c’est le Papa, Rachel, la Maman, et Tony leur petite tête blonde. Un beau jour, alors que Rachel part faire un tour en voiture, les deux hommes vont être témoins d’un phénomène OVNI (Plutôt une lumière venant du ciel ici, on ne voit pas explicitement de vaisseau). Point dramatique : ils étaient en train de jouer avec un bâton quand c’est arrivé (Ça n’a pas l’air, mais c’est crucial, vous verrez quand vous watcherez la bête). Soit, le Papa est enlevé par cette lumière venant du ciel, et disparaît sans laisser de trace. Trois ans plus tard, alors que la famille s’est reconstruite (Vous direz bonjour à Joe, le gentil nouveau petit copain de Rachel !), Sam réapparait, dans d’étranges circonstances, se prétendant amnésique, et va tenter de retrouver sa place dans la famille. Mais, son comportement s’avère être des plus bizarres, son fils commence à avoir peur de lui, et de nouveaux évènements incroyables se manifestent. Ça vous donne pas l’eau à la bouche ? Et bien ça devrait ! Parce qu’en soi, c’est vraiment pas mal comme machin, du moins dans une certaine mesure.

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Réalisé par Harry Bromley Davenport (Surtout connu pour cette bestiole et ses deux suites), et produit par Robert Shaye (Le monsieur qui a entre autres produit la saga Freddy, et, pour rester dans l’actualité, la trilogie du Seigneur des Anneaux), ce film est à l’équilibre entre une jolie expérience SF/Horreur à petit budget, et une espèce de truc incompréhensible, à petit budget là aussi. Mais, cette corde raide tendue sous ses pieds ne l’empêche pas de laisser un sentiment bien agréable, de par son étrangeté, au spectateur (C’est ça, l’effet 80’s !). Pour éviter le dépaysement, il faut d’abord placer le contexte : Alien de Ridley Scott est sorti en 1979, et a lancé une mode bien juteuse (Les sous-sous dans la popoche) de films d’extra-terrestre méchants où ça ne se termine pas toujours très bien pour tout le monde. Cette mode a donné naissance à bon nombre de métrages plus ou moins bons (Souvent moins bons d’ailleurs, mais j’en reste amoureux !), comme le très Zédard copier-coller Creature (William Malone, 1985), ou le jouissif Inseminoïd (Norman J. Warren, 1981). XTRO, également influencé par la sortie du bébé de Steven Spielberg, alias E.T., un an auparavant, ne déroge pas à cette règle, et confirmera par ses suites qu’il veut s’approcher du chasseur de R. Scott (Des scènes identiques au millimètre près), à la différence qu’il parvient tout de même à trouver sa propre identité. H.B.D. souhaitait un film de Science-Fiction pure, mais ses producteurs (La jeune New Line à l’époque) ont imposé une part d’horreur et de gore à l’œuvre. Mais, bien entendu, le budget ridicule d’un projet qui, de par certaines idées intéressantes, aurait mérité plus, impose également un objet finalement très daté, et déjà très critiqué à l’époque pour la pauvreté de ses effets spéciaux (TV Guide, un célèbre bihebdomadaire américain spécialisé dans le cinéma et la TV le voit comme une infamie visuelle), pour le foutoir de son scénario (Non, ce n’est pas exagéré, et c’est pas un luxe d’appuyer ce point en sachant que pas moins de 4 personnes ont bossé dessus, dont H.B.D. lui même !), ainsi que pour l’exploitation commerciale de pièces majeures (ndlr. E.T. et Alien) dont il a fait preuve. Il n’en reste pas moins que mis à part les liens qu’il a pu tisser avec d’autres films, il ne vous laissera surement pas indifférent, que vous ayez envie de vous sentir frissonner d’angoisse, de vomir, ou alors de vous taper une franche marrade avec vos potes. Car oui, se présentant tout d’abord comme un film sobre, et pas maîtrisé de manière magistrale, il fonce au fur et à mesure de ses 1h20 vers un délire jouissif et séduisant qui ne cherche pas à s’expliquer, à base de clowns, de jouets vivants, et d’autres idées génialement absurdes, qui rend l’ensemble très angoissant, très stressant, mais très amusant, un peu comme si Eraserhead s’invitait, saoul, dans les fibres de la pellicule. Et puis au final, en y regardant d’un peu plus loin, on se rend compte qu’il y a tout de même une part de réflexion sur l’explosion de la cellule familiale, mais n’allons pas non plus creuser dans ce sens, d’après moi, ce n’est pas ce qui a réellement (En tout pas principalement) bouilli dans la tête des scénaristes.

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Du côté du casting, on retrouve, à l’instar de beaucoup de Low Budgets horrifiques, des têtes peu connues, mais qui tirent pas mal leur épingle du jeu. Dans l’ensemble de la distribution, ce sont les interprètes de Sam et d’Analise, respectivement Philip Sayer (Reconnu presque exclusivement pour son rôle dans ce film), et Maryam d’Abo (Une James Bond Girl qui parle ici parfaitement le français, ce qui m’avait bien fait rire d’ailleurs !), qui sont les deux seuls à avoir obtenu une place respectable, quoique gentillette, dans le monde du 7ème Art. Personnellement, je ne me suis attaché qu’à la baby-sitter, à Joe (Vous savez le nouveau petit copain de la Maman), et à une petite flopée de personnages et d’intervenants secondaires (Qui a dit « tertiaires » ?) bien marrants, dont on ne comprendra toujours pas les origines ni le but réel dans le script, même si ça sent le Punch Coco à des kilomètres. Les autres, j’avais du mal, ils étaient peut-être trop communs, ou alors interprétés sans trop d’enthousiasme, mais qui sait, peut-être que vous les adorerez !

Du côté de la réalisation, c’est plutôt fade, un peu comme une assiette de flageolets sans sauce… Vous n’allez pas faire les grands yeux pleins de paillettes en visionnant la chose, mais vous allez tout de même vous mettre à table, doucement et sans plaisir particulier. Ça se mate quoi. Le vrai gros problème dans tout ça, c’est son amateurisme (Davenport n’avait pas énormément d’expérience ni de moyens pour ce tournage). On a parfois des scènes très intéressantes, bien filmée, agréables à l’œil (L’arrivée du monstre dans la forêt est géniale), et puis d’un coup (D’ailleurs, un grand merci au montage parfois foireux qui fait passer d’une scène à une autre sans crier gare, et sans s’encombrer d’une quelconque harmonie), on tombe devant des plans cadrés n’importe comment, franchement moches visuellement (La photographie n’est pas bien travaillée, et cela tout au long de la bande), d’une lenteur incroyablement blasante. Du coup ça reste très classique, ça manque de punch, il n’y a pas ce côté déjanté qu’on pouvait retrouver dans de telles productions de l’époque.

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Du côté des effets spéciaux (Bah oui, il faut en parler, on est quand même dans un film de SF/Horreur je vous rappelle, alors quand je vois un monstre à l’écran, j’aime bien en parler !), je suis partagé, et je pense que vous le serez aussi. Je peux dès-à-présent lire dans ma boule de cristal du Bis que trois catégories pointeront le bout de leur nez :

  • Les newbies du genre, qui s’écrieront que « Puta*n c’est vieux, c’est moche, on n’y croit pas, c’est cheap, on dirait un vieux bout de latex enduit de vaseline… »
  • Les adeptes du genre (Han mais j’en fais partie !), qui s’écrieront que « Puta*n c’est vieux, c’est moche, on dirait un vieux bout de latex enduit de vaseline, mais purée que j’adore ça, je suis à fond dedans, je suis prêt à flipper, c’est génial, je conçois parfaitement que l’œuvre date, et je ne m’attends pas à voir un truc en CGI, d’ailleurs ça me fout les paillettes dans les yeux tellement je préfère les bonnes vieilles bestioles en plastique ! Les effets spéciaux de ce film sont cools ! »
  • Les curieux, ou ceux qui ont connu le bébé à sa sortie, qui s’écrieront que « Oui, bon bah c’est sûr que c’est vieux, mais bon ça se regarde, ça ne fera pas aussi peur qu’à l’époque, mais voilà, je suis curieux, je veux me (re)mater cette bobine, rien ne pourra pourrir mon spectacle. »

Donc oui, c’est vieux, et chacun aura sa propre réaction lors du visionnage, mais c’est ça qui est beau ! Ce que je peux vous affirmer, en humble bisseuvore, c’est que la créature n’est pas ratée, elle a un design plutôt chouette, son côté organique (Qui dégouline et tout) est réussi, et elle fait encore son effet (La scène de la voiture est bien cool !). Bon, certes, ça respire le bon vieux trucage à plein nez parfois (Notamment sur les gros plans, qui révèlent la pauvreté de l’animation), mais c’est ce qui fait, d’après moi, l’âme de ces films. On a tout de même du bien dégueulasse (La décomposition de Sam), du trash (L’accouchement ! Brrr), du très… spécial (Sam qui fait un… bisou à l’épaule de son fils), et de l’imaginatif (Je surkiffe définitivement ce soldat en plastique géant qui dézingue la voisine). Ce qui pique le plus les yeux, en somme, ce sont les effets spéciaux liés aux OVNI, c’est-à-dire les effets de lumière, absolument craignos, mais bon, c’est l’époque, et c’est pas le budget d’E.T. !

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Pour finir, on va parler d’une chose qui a divisé pas mal de fans : la musique (Par H.B.D. lui-même, un vrai touche-à-tout !). Purée moi je vous le dis directement, je l’adore et je la déteste. Je l’adore parce qu’elle fout une ambiance magnifiquement glauque, macabre, parfaitement accordée au récit, et que c’est du bon vieux synthé, et je la déteste parce qu’elle est TOUT LE TEMPS présente, ou presque ! Quand on aimerait ne pas l’entendre, elle vient nous rendre une visite, et elle choisit les pires notes et accords possibles, et là, le synthé il pleure. Je crois bien que le thème principal est disponible sur Youtube, si vous voulez vous faire une idée. En résumé, c’est un très bon thème, incroyablement bien composé, il met mal à l’aise, il fascine, il nous permet d’entrer facilement dans le délire et dans l’angoisse, mais il choisit parfois les mauvais moments pour s’introduire sur la bande, ce qui peut en énerver plus d’un.

Donc voilà, pour réunir tout ce que j’ai raconté en un seul paragraphe, je vous dirai juste un mot : Foncez. C’est le meilleur moyen de vous faire une idée à propos de ce genre d’œuvre. Vous aimerez, ou vous détesterez, mais il vous restera en tête, ça c’est sûr. Je le considère comme une plutôt bonne entrée en matière dans le monde du Low Budget glauque des eighties (Bien qu’il soit British), et j’espère vous avoir donné envie de découvrir d’autres métrages dont je discuterai prochainement. Si vous désirez vous procurer XTRO, il y a quatre solutions : La première c’est d’acheter le DVD Mad Movies qui est vraiment pas mal (L’image est terne, la jaquette pas jolie-jolie, le son un chouïa étouffé sur la VF, mais c’est une galette absolument convenable), la deuxième est de vous trouver l’une des VHS du film, la troisième n’est pas une solution très légale, et la quatrième c’est de vous payer une DeLorean !


Bon film, et à la prochaine !

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