Critique Film

WHIPLASH : Le génie est une violence ★★★★★

Précédé d’une solide réputation, le deuxième long-métrage de Damien Chazelle arrive sur nos écrans pour mettre tout le monde d’accord.

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Plus qu’un simple rythme de batterie, Whiplash résonne après visionnage comme une pulsation. Une pulsation cardiaque, accompagnée de grosses suées, que le spectateur a partagé durant une heure quarante cinq avec Andrew, jeune élève au conservatoire de Manhattan, bien décidé à rejoindre les batteurs de légende. En transcendant son postulat de base, Damien Chazelle réussit le tour de force de créer autre chose qu’une simple œuvre de cinéma. Oubliez la 3D, l’IMAX et autres Dolby Atmos, la véritable immersion d’un spectateur, son interaction avec un film passe avant tout par la description exacte du ressenti d’un personnage, comme nous le prouve le jeune réalisateur. Au-delà du monde du jazz qu’il dépeint, Whiplash est un concert où le public est comme dans la fosse, partageant avec les musiciens la frénésie de la scène. Une frénésie que l’on avait rarement perçue de manière aussi puissante.

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Car le long-métrage nous trompe volontairement sur ses intentions, s’éloignant bien vite du chemin ultra-balisé et bien-pensant des college movies américains, où les rêves et les projets d’avenir se réalisent toujours par une sorte de magie disneyienne. Dès la première scène du film, Andrew (excellent Miles Teller) est remarqué par Terence Fletcher (J.K. Simmons, traumatisant) pour rejoindre son prestigieux orchestre. S’installent alors les bases d’une relation à la limite du sado-maso entre un élève et son professeur, qui tente de le mener au sommet en lui inculquant une sorte d’arrogance par la peur et l’humiliation. A l’image des techniques de Fletcher, Whiplash joue ainsi de faux-semblants. Chazelle construit un mélange étonnant de genres, transformant son film musical comme Andrew se transforme. Chaque répétition devient une sorte de torture, quitte à ce que le personnage baisse parfois les bras, avant d’essayer de se relever à l’aide d’une volonté paradoxale. Il cherche à se faire aimer de son maître tout en espérant le détrôner de son piédestal, comme une sorte de défi aux allures de parricide.

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A l’instar du Black Swan de Darren Aronofsky, Whiplash dépeint un univers pour ensuite le rétrécir, le rendant à un état de microcosme dans lequel s’enferme le personnage principal, dans sa quête vers la perfection. Sans en arriver à l’étrange schizophrénie de la danseuse Nina, Chazelle déploie une psychologie complexe à Andrew, progressivement inconscient de la tournure que prend son ambition sur son entourage. Le film devient dès lors de plus en plus violent, aussi physiquement que verbalement, comme lors de la rupture cinglante du protagoniste avec sa récente petite amie. Au sein du conservatoire, Fletcher crée volontairement un esprit de compétition entre les élèves, les menant à un égoïsme et à un individualisme qui peuvent les mener au sommet. Petit à petit, on assiste à la transe que le batteur recherche en jouant, engendrant un oubli progressif de ce(ux) qui l’entoure(nt), notamment d’un père qui se voudrait concerné.

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Whiplash est ainsi le récit d’une métamorphose kafkaïenne, à première vue immonde mais finalement nécessaire. Damien Chazelle l’a bien compris et fait preuve de la même rigueur que son personnage dans sa réalisation, magnifiant sa passion (à la limite de la folie) par des idées de cadre et de montage démentes (ces travellings rapides qui suivent les baguettes tapant les fûts et les cymbales !), ainsi que d’une photographie rendue étonnamment chaleureuse par les lampes et autres projecteurs à lumière jaune. Néanmoins, si le cinéaste comprend le point de vue de Fletcher, son film ne parvient jamais au happy-end voulu par Andrew, de par ses sacrifices perpétuels pour devenir le meilleur. La mise en scène reste alors presque en permanence anxiogène. A travers son instrument, le réalisateur réussit à étirer ses moments de tension de façon tarentinienne, jouant même de la violence et du sur-découpage de certaines scènes de batterie, qui ne sont pas sans rappeler dans leur construction la séquence de la douche de Psychose. Maîtrisé de bout en bout, Whiplash nous prend aux tripes de cette manière jusqu’à son final orgasmique, qui montre que la vraie jouissance se trouve dans la douleur.

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