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VOYAGE A TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS : Rencontre avec Bertrand Tavernier

Présenté en Compétition officielle au dernier Festival de Cannes, doctor Nicole Garcia signe là un grand film d’amour, fort et romanesque. Dans la Provence agricole des années 50, Gabrielle (Marion Cotillard, sublime), une jeune femme rêvant d’un amour absolu et passionné, se voit contrainte par sa famille d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. Lorsqu’elle rencontre un soldat gravement blessé (Louis Garrel) dont elle s’éprend éperdument mais dont elle est malheureusement séparée, elle se jure de ne jamais renoncer à son rêve et de retrouver son nouvel amour.

Nous avons eu le plaisir de rencontrer la réalisatrice, son producteur Alain Attal (Les Petits Mouchoirs, Polisse, Mon Roi, Les Cowboys) ainsi que notre Marion Cotillard internationale.

Pour commencer, peut être quelques mots sur le travail d’adaptation auquel vous avez dû procédé vis à vis du livre éponyme de Milena Agus ?

Nicole Garcia : Le gisement du livre tel que l’ardeur ou l’animalité de Gabrielle est dans le film. L’adaptation a surtout consisté à se recentrer sur ce personnage car dans le livre, c’est elle qui, alors qu’elle est âgée, raconte cette histoire à sa petite fille. Il y avait beaucoup d’allers-retours entre les différentes époques. On a donc décidé de resserrer l’action sur quelques années afin de ne pas avoir à changer de comédienne pour chaque époque et pour éviter de tomber dans quelque chose qui fasse trop fresque ou saga. Mais Milena a beaucoup aimé le film. Elle a notamment été très émue que nous ayons développé le personnage du mari.

Justement, c’est une relation très forte et complexe que celle qui unit Gabrielle à son mari ainsi qu’à ce soldat blessé dont elle s’éprend éperdument…

NG : Ce sont des personnages qui portent la guerre en eux. Pour le personnage du mari, c’est la guerre d’Espagne, qui explique notamment son immigration en France, et pour le personnage de Louis, c’est la guerre d’Indochine, une guerre qui fait partie de notre histoire. Mais Gabrielle elle-même parle aussi de la guerre. Une guerre qu’elle porte en elle contre son désir d’amour irrépressible. Elle cherche autre chose que ce qu’elle a, elle est dans une palpitation, un hybris que sa famille ne peut plus contrôler. Sa mère veut la marier pour la protéger d’elle-même car elle pourrait se retrouver à la merci de prédateurs. Heureusement, le personnage du mari, qui semble être un homme taiseux au premier abord, va peu à peu se découvrir une extraordinaire intelligence de la vie. Sa manière de l’aimer est le plus grand éblouissement romanesque du film. C’est une femme entre deux hommes mais tous les trois vont décliner quelque chose de l’amour dont on rêve tous.

C’est assez interpellant de constater que ce désir d’amour absolu qu’on est tous en droit d’attendre peut être considéré comme quelque chose relevant de la folie.

NG : Nous sommes dans la France rurale des années 50, dans une société très normative où quelqu’un comme Gabrielle, qui a cette quête d’absolu et cette ardeur peut faire peur et basculer dans cette appellation de folie. Dans le désir féminin, il y a toujours quelque chose qui peut être dérangeant dès lors qu’il est exprimé si fortement. Je n’aime pas faire de psychologie dans mes films mais on comprend que quelque chose n’a pas eu lieu dans la relation avec sa mère. Elle a un manque d’amour qu’elle va crier jusqu’à l’obtenir. C’est un personnage très animal, très sexué, qui porte en elle quelque chose de sacré, de charnel et de mystique.

Au delà de l’aspect romanesque du film, vous accordez une place très importante aux décors, aux paysages, à la nature, à l’eau… Tout cela participe à une sorte d’envoutement… Que souhaitiez vous apporter à votre histoire à travers tous ces lieux que vous filmez ?

NG : Pour moi, c’est Marion elle-même la géographie du film. Elle est cette mer, elle est ces montagnes alpines, elle est ces champs de lavande. On est au delà de la notion de décor, ce sont des paysages qui la racontent. Le lyrisme qu’elle a, se retrouve dans ces paysages, ils sont partis prenante d’elle. Dès l’écriture, je voulais que ce soit elle qu’on suive pas à pas jusqu’à cette liberté qu’elle va trouver.

Puisqu’on en parle, Marion Cotillard est une fois de plus formidable. Elle a joué dans tellement de films, nous a épaté tellement de fois et malgré tout, elle arrive encore à nous surprendre et à montrer un visage qu’on ne lui connaissait pas. Je ne pense pas me tromper si je dis qu’il s’agit là de son rôle le plus sensuel…

NG : C’est un film qu’il fallait raconter avec le corps. Je suis toujours ému par la confiance que les acteurs m’accordent mais avec Marion, c’était plus une sorte d’abandon dans ce que le rôle demandait d’excès et de turbulence. C’est cet engagement là qui raconte le personnage qui vit dans ce débord qui la fait passer pour folle, bien qu’elle accepte quelques contraintes comme le mariage, mais elle conserve toujours une rébellion en elle. Elle ruse et ne se laisse pas dominer, jusqu’à ce qu’elle trouve cet amour qui fait la vie plus grande que la vie… Ce rêve qu’on a tous en commun… Un partage avec l’autre a la fois sexué, charnel et sacré.

Monsieur Attal, je me demandais, en tant que producteur, quel est votre rôle sur chacune des phases artistiques et techniques de la création de vos films ?

Alain Attal : En fait, dans ce film, Marion est à la recherche de ce qu’elle appelle « la chose principale », à savoir l’amour. Moi, je suis à la recherche du film principal. Je veux que chaque film que j’accompagne soit le plus abouti et le plus passionnant possible. Pour cela, je me mets dans une position de spectateur très en amont, sur tous les regards que je peux avoir sur une aventure de cinéma en train de naître. Ma bienveillance, mon expertise et mon feeling de spectateur futur se mettent d’abord dans les étapes diverses du scénario où je discute avec les auteurs pour comprendre aussi bien qu’eux ce qu’ils veulent faire et ça devient mon combat. Pour le tournage, je ne suis plus très présent alors qu’à mes débuts, je l’étais davantage. Mais j’ai eu la chance d’accompagner plusieurs réalisateurs avec lesquels je travaille encore aujourd’hui et je sais qu’ils bossent bien donc je leur fais confiance pour diriger leur plateau. En revanche, la technique du récit au montage est quelque chose que je pense maîtriser et sur laquelle je vois assez clair. Je suis donc très présent à ce moment là mais sans jamais rien imposer. Tout au plus, je suggère des raccourcis et même parfois, des rallongements comme avec La Danseuse où le premier montage ne durait qu’une heure vingt.

Les films que vous produisez sont souvent populaires et accessibles à un large public, même quand ils abordent des sujets difficiles comme le faisait Polisse de Maïwenn. Quelle est votre vision du cinéma que vous souhaitez défendre ?

AA : Ce sont avant tout les cinéastes qui m’intéressent, ainsi que le récit de leur histoire et le chemin qu’ils veulent prendre à l’intérieur de cette histoire. Ça me passionne, c’est ma vie. C’est un métier où il y a évidemment une part de business et je ne suis pas le dernier à savoir faire du business mais mon premier kiff, c’est d’être au coté du cinéaste, d’entendre sa musique et de l’accompagner dans sa création, en permettant que celle-ci se passe sous les meilleurs auspices et que son film soit un objet unique, allant toujours plus loin dans son chemin de cinéaste. Être producteur, c’est accompagner les artistes et c’est eux que j’aime… plus que les entrées d’ailleurs. Même si j’ai peut être un goût un peu grand public car j’ai envie que leurs histoires soit lisibles et qu’on les comprenne. Je peux alors les amener vers des choses un peu plus populaires que ce qu’elles auraient pu être dans le cas des films dits « difficiles ».

Voilà l’ensemble des propos que nous avons pu recueillir au cours de notre entretien avec Monsieur Attal et Madame Garcia. Nous n’avons malheureusement pas eu le plaisir de recevoir Marion Cotillard ce jour là. Mais, par bonheur, nous avons toutefois eu la chance de lui poser une question quant à l’évolution complexe des sentiments de son personnage vis à vis de son mari, lors de la conférence de presse du dernier Festival de Cannes :

Marion Cotillard : Gabrielle est un personnage assez singulier dans la mesure où elle se laisse guider par la vie et par les décisions de son entourage, tout en s’accaparant la responsabilité des décisions des autres et en les faisant siennes. Donc, à partir du moment où sa famille lui impose de se marier avec cet homme, elle fait comme si c’était sa décision car elle y voit une manière de s’enfuir de cet enclos familial dont elle n’est pas capable de s’échapper d’elle-même. Dès le départ, elle a un regard assez ambigu sur cet homme dont elle n’est pas amoureuse, au contraire, elle se sert de lui pour avoir une certaine expérience du couple. Sauf qu’elle ne le connaît pas et qu’elle ne sait pas à quel point il peut être généreux, ni à quel point l’amour qu’il va finir par éprouver pour elle, sera aussi infini que celui qu’elle recherche. Même si, au moment de leur rencontre, bien qu’il ait une certaine fascination pour elle, il n’en tombe pas immédiatement amoureux non plus. Il y a vraiment quelque chose qui se construit progressivement entre ces deux personnages. Ce sont deux âmes perdues qui, par la vie, se retrouvent à un même endroit et dont la personnalité, la singularité et la beauté vont faire qu’une histoire va, peut-être, avoir lieu.

Sortie le 19 octobre 2016.

Présenté en Compétition officielle au dernier Festival de Cannes, ampoule Nicole Garcia signe là un grand film d’amour, sick fort et romanesque. Dans la Provence agricole des années 50, site Gabrielle (Marion Cotillard, sublime), une jeune femme rêvant d’un amour absolu et passionné, se voit contrainte par sa famille d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. Lorsqu’elle rencontre un soldat gravement blessé (Louis Garrel) dont elle s’éprend éperdument mais dont elle est malheureusement séparée, elle se jure de ne jamais renoncer à son rêve et de retrouver son nouvel amour.

Nous avons eu le plaisir de rencontrer la réalisatrice, son producteur Alain Attal (Les Petits Mouchoirs, Polisse, Mon Roi, Les Cowboys) ainsi que notre Marion Cotillard internationale.

Pour commencer, peut être quelques mots sur le travail d’adaptation auquel vous avez dû procédé vis à vis du livre éponyme de Milena Agus ?

Nicole Garcia : Le gisement du livre tel que l’ardeur ou l’animalité de Gabrielle est dans le film. L’adaptation a surtout consisté à se recentrer sur ce personnage car dans le livre, c’est elle qui, alors qu’elle est âgée, raconte cette histoire à sa petite fille. Il y avait beaucoup d’allers-retours entre les différentes époques. On a donc décidé de resserrer l’action sur quelques années afin de ne pas avoir à changer de comédienne pour chaque époque et pour éviter de tomber dans quelque chose qui fasse trop fresque ou saga. Mais Milena a beaucoup aimé le film. Elle a notamment été très émue que nous ayons développé le personnage du mari.

Justement, c’est une relation très forte et complexe que celle qui unit Gabrielle à son mari ainsi qu’à ce soldat blessé dont elle s’éprend éperdument…

NG : Ce sont des personnages qui portent la guerre en eux. Pour le personnage du mari, c’est la guerre d’Espagne, qui explique notamment son immigration en France, et pour le personnage de Louis, c’est la guerre d’Indochine, une guerre qui fait partie de notre histoire. Mais Gabrielle elle-même parle aussi de la guerre. Une guerre qu’elle porte en elle contre son désir d’amour irrépressible. Elle cherche autre chose que ce qu’elle a, elle est dans une palpitation, un hybris que sa famille ne peut plus contrôler. Sa mère veut la marier pour la protéger d’elle-même car elle pourrait se retrouver à la merci de prédateurs. Heureusement, le personnage du mari, qui semble être un homme taiseux au premier abord, va peu à peu se découvrir une extraordinaire intelligence de la vie. Sa manière de l’aimer est le plus grand éblouissement romanesque du film. C’est une femme entre deux hommes mais tous les trois vont décliner quelque chose de l’amour dont on rêve tous.

C’est assez interpellant de constater que ce désir d’amour absolu qu’on est tous en droit d’attendre peut être considéré comme quelque chose relevant de la folie.

NG : Nous sommes dans la France rurale des années 50, dans une société très normative où quelqu’un comme Gabrielle, qui a cette quête d’absolu et cette ardeur peut faire peur et basculer dans cette appellation de folie. Dans le désir féminin, il y a toujours quelque chose qui peut être dérangeant dès lors qu’il est exprimé si fortement. Je n’aime pas faire de psychologie dans mes films mais on comprend que quelque chose n’a pas eu lieu dans la relation avec sa mère. Elle a un manque d’amour qu’elle va crier jusqu’à l’obtenir. C’est un personnage très animal, très sexué, qui porte en elle quelque chose de sacré, de charnel et de mystique.

Au delà de l’aspect romanesque du film, vous accordez une place très importante aux décors, aux paysages, à la nature, à l’eau… Tout cela participe à une sorte d’envoutement… Que souhaitiez vous apporter à votre histoire à travers tous ces lieux que vous filmez ?

NG : Pour moi, c’est Marion elle-même la géographie du film. Elle est cette mer, elle est ces montagnes alpines, elle est ces champs de lavande. On est au delà de la notion de décor, ce sont des paysages qui la racontent. Le lyrisme qu’elle a, se retrouve dans ces paysages, ils sont partis prenante d’elle. Dès l’écriture, je voulais que ce soit elle qu’on suive pas à pas jusqu’à cette liberté qu’elle va trouver.

Puisqu’on en parle, Marion Cotillard est une fois de plus formidable. Elle a joué dans tellement de films, nous a épaté tellement de fois et malgré tout, elle arrive encore à nous surprendre et à montrer un visage qu’on ne lui connaissait pas. Je ne pense pas me tromper si je dis qu’il s’agit là de son rôle le plus sensuel…

NG : C’est un film qu’il fallait raconter avec le corps. Je suis toujours ému par la confiance que les acteurs m’accordent mais avec Marion, c’était plus une sorte d’abandon dans ce que le rôle demandait d’excès et de turbulence. C’est cet engagement là qui raconte le personnage qui vit dans ce débord qui la fait passer pour folle, bien qu’elle accepte quelques contraintes comme le mariage, mais elle conserve toujours une rébellion en elle. Elle ruse et ne se laisse pas dominer, jusqu’à ce qu’elle trouve cet amour qui fait la vie plus grande que la vie… Ce rêve qu’on a tous en commun… Un partage avec l’autre a la fois sexué, charnel et sacré.

Monsieur Attal, je me demandais, en tant que producteur, quel est votre rôle sur chacune des phases artistiques et techniques de la création de vos films ?

Alain Attal : En fait, dans ce film, Marion est à la recherche de ce qu’elle appelle « la chose principale », à savoir l’amour. Moi, je suis à la recherche du film principal. Je veux que chaque film que j’accompagne soit le plus abouti et le plus passionnant possible. Pour cela, je me mets dans une position de spectateur très en amont, sur tous les regards que je peux avoir sur une aventure de cinéma en train de naître. Ma bienveillance, mon expertise et mon feeling de spectateur futur se mettent d’abord dans les étapes diverses du scénario où je discute avec les auteurs pour comprendre aussi bien qu’eux ce qu’ils veulent faire et ça devient mon combat. Pour le tournage, je ne suis plus très présent alors qu’à mes débuts, je l’étais davantage. Mais j’ai eu la chance d’accompagner plusieurs réalisateurs avec lesquels je travaille encore aujourd’hui et je sais qu’ils bossent bien donc je leur fais confiance pour diriger leur plateau. En revanche, la technique du récit au montage est quelque chose que je pense maîtriser et sur laquelle je vois assez clair. Je suis donc très présent à ce moment là mais sans jamais rien imposer. Tout au plus, je suggère des raccourcis et même parfois, des rallongements comme avec La Danseuse où le premier montage ne durait qu’une heure vingt.

Les films que vous produisez sont souvent populaires et accessibles à un large public, même quand ils abordent des sujets difficiles comme le faisait Polisse de Maïwenn. Quelle est votre vision du cinéma que vous souhaitez défendre ?

AA : Ce sont avant tout les cinéastes qui m’intéressent, ainsi que le récit de leur histoire et le chemin qu’ils veulent prendre à l’intérieur de cette histoire. Ça me passionne, c’est ma vie. C’est un métier où il y a évidemment une part de business et je ne suis pas le dernier à savoir faire du business mais mon premier kiff, c’est d’être au coté du cinéaste, d’entendre sa musique et de l’accompagner dans sa création, en permettant que celle-ci se passe sous les meilleurs auspices et que son film soit un objet unique, allant toujours plus loin dans son chemin de cinéaste. Être producteur, c’est accompagner les artistes et c’est eux que j’aime… plus que les entrées d’ailleurs. Même si j’ai peut être un goût un peu grand public car j’ai envie que leurs histoires soit lisibles et qu’on les comprenne. Je peux alors les amener vers des choses un peu plus populaires que ce qu’elles auraient pu être dans le cas des films dits « difficiles ».

Voilà l’ensemble des propos que nous avons pu recueillir au cours de notre entretien avec Monsieur Attal et Madame Garcia. Nous n’avons malheureusement pas eu le plaisir de recevoir Marion Cotillard ce jour là. Mais, par bonheur, nous avons toutefois eu la chance de lui poser une question quant à l’évolution complexe des sentiments de son personnage vis à vis de son mari, lors de la conférence de presse du dernier Festival de Cannes :

Marion Cotillard : Gabrielle est un personnage assez singulier dans la mesure où elle se laisse guider par la vie et par les décisions de son entourage, tout en s’accaparant la responsabilité des décisions des autres et en les faisant siennes. Donc, à partir du moment où sa famille lui impose de se marier avec cet homme, elle fait comme si c’était sa décision car elle y voit une manière de s’enfuir de cet enclos familial dont elle n’est pas capable de s’échapper d’elle-même. Dès le départ, elle a un regard assez ambigu sur cet homme dont elle n’est pas amoureuse, au contraire, elle se sert de lui pour avoir une certaine expérience du couple. Sauf qu’elle ne le connaît pas et qu’elle ne sait pas à quel point il peut être généreux, ni à quel point l’amour qu’il va finir par éprouver pour elle, sera aussi infini que celui qu’elle recherche. Même si, au moment de leur rencontre, bien qu’il ait une certaine fascination pour elle, il n’en tombe pas immédiatement amoureux non plus. Il y a vraiment quelque chose qui se construit progressivement entre ces deux personnages. Ce sont deux âmes perdues qui, par la vie, se retrouvent à un même endroit et dont la personnalité, la singularité et la beauté vont faire qu’une histoire va, peut-être, avoir lieu.

Sortie le 19 octobre 2016.

A l’occasion de la sortie de son passionnant documentaire sur le cinéma français des années 30 à 60, sick nous avons eu le privilège de rencontrer Monsieur Bertrand Tavernier, and qui nous a fait le plaisir de nous partager sa passion communicative et ses anecdotes savoureuses.

A travers ce voyage au cœur du cinéma français, sildenafil vous nous faites découvrir ou redécouvrir des films un peu « datés » mais qui ont su garder toute la force émotionnelle qu’ils pouvaient avoir au moment de leur sortie. Comment expliquez vous que des films comme Citizen Kane ou Psychose puissent être aussi intemporels et que d’autres films, malheureusement, aient pu perdre de leur superbe ?

Bertrand Tavernier : C’est mystérieux… Ça tient parfois au sujet, parfois à la manière dont il a été tourné… C’est vrai que des thèmes comme ceux de Citizen Kane, à savoir le pouvoir de la presse et l’évolution d’un homme qui crée un empire, sont toujours aussi modernes et actuels qu’à l’époque où Orson Welles a fait son film. Aujourd’hui, on pourrait faire un film similaire sur Donald Trump. Il y a beaucoup de films français qui ont conservé une résonance contemporaine très forte comme L’Armée des ombres de Melville ou La Grande Illusion et Partie de campagne de Renoir. Un film comme Toni et son histoire d’ouvriers immigrés, prend encore plus de poids de nos jours. D’ailleurs, tous les films sur le monde ouvrier prennent aujourd’hui un poids considérable car ils permettent de comprendre ce que ce monde est devenu, comment il a évolué, quelles sont les choses qui y ont été préservées comme la solidarité ou la camaraderie qui sont toujours très présentes et qui étaient déjà évoquées dans Antoine et Antoinette ou dans Le Crime de Monsieur Lange.

Diriez-vous que votre cinéphilie et que tous ces cinéastes que vous admirez, vous ont permis de devenir le grand cinéaste que vous êtes ?

B.T. : L’admiration, c’est un sentiment à la fois positif, chaleureux et réconfortant, surtout pour celui qui admire. C’est quelque chose qui vous permet de vous construire et de ne pas être tourné en permanence sur vous-même car c’est le pêché mignon qui guette tout créateur. Certains sont obsédés par leurs propres films. Par exemple, Frederick Wiseman n’aime aucun autre documentaire que les siens. Victor Hugo disait que le manque d’admiration dessèche et vous rend étroit. Moi, je trouve que c’est une vertu qui vous guérit de ce qui pourrait vous menacer. J’ai connu des cinéastes dont le problème était qu’ils n’admiraient personne et qu’ils devenaient obsédés uniquement par leur propre œuvre au point d’être obsessionnels. Michel Audiard m’a raconté qu’il avait eu l’opportunité de travailler pendant un mois avec Jean Delannoy, dans sa maison de Haute Provence, et la collection de films de ce dernier ne se limitait qu’aux siens. Et pendant tout ce mois où ils ont travaillé ensemble, ils n’avaient regardé que des films de ce Monsieur. Moi, c’est tout le contraire, récemment je me suis aperçu que je n’avais même pas le DVD de Dans la brume électrique.

Alors oui, j’ai pu apprendre beaucoup de ces cinéastes mais aussi d’autres univers comme le théâtre ou la vie en général. J’étais un cinéphile qui n’était pas seulement obnubilé par le cinéma, j’écoutais de la musique, j’étais passionné par la lecture et par l’art sous toutes ses formes. Donc le cinéma m’a permis d’élargir ma culture générale et de me faire communiquer avec d’autres arts. Je pense que c’est important pour diversifier sa filmographie car si vous ne faites que des films sur vous, sur votre enfance ou sur le monde dont vous êtes issus, vous pouvez en faire deux ou trois mais après ça se répète et puis ça s’essouffle alors que la culture permet de découvrir des choses diverses.

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Avec ce documentaire, vous nous plongez au cœur du cinéma français dont vous êtes très admiratif mais je crois savoir que vous êtes également très friand du cinéma américain comme en témoigne votre livre 50 ans de cinéma américain. Selon vous, qu’est-ce qui pouvait différencier ces deux cinémas dans la période que vous traitez, à savoir des années 30 aux années 60 ?

B.T. : Ça a toujours été un peu la même chose. Chez les américains, il y avait une nervosité dans la narration qui pouvait être parfois excessive. Certains cinéastes se sont même un peu rebellés contre ça mais le cinéma américain avait des caractéristiques qui ont influencé beaucoup de cinéastes français comme Becker, Decoin, Melville ou Sautet mais qui, néanmoins, faisaient des films qui restaient très français. Même s’ils ont pu faire des décalques avec des scènes de commissariat ou de poursuite en voiture qui étaient du pur cinéma américain, avec un sens du rythme et du spectacle très prononcés. Mais ils conservaient une spécificité française, notamment dans le traitement des femmes ou même dans la narration, qui consistait surtout à ne pas être l’esclave de l’intrigue.

Le cinéma américain avait aussi un principe de résolution. Or, de nombreux films français s’achevaient avec des points de suspension. Chez les américains, il y avait également un principe d’identification envers les personnages alors que l’on trouvait dans le cinéma français, des personnages parfois très noirs comme celui de Jean Gabin dans La Vérité sur Bébé Donge. On peut donc dire que le cinéma français et européen privilégiait le doute alors que le cinéma américain privilégiait l’affirmation. Certains cinéastes français gardaient quelques fois l’aspect affirmatif du style américain mais laissaient planer le doute et la morale. D’ailleurs, le culte des fins noires étaient aussi une manière pour les auteurs français d’échapper au happy-end hollywoodien. Par exemple, la fin de La Belle Équipe n’est, selon moi, pas complètement réussie car Spaak et Duvivier tenaient absolument à ce qu’on ne leur reproche pas de conclure sur une note positive. Ils ont alors mis en scène une fin noire fabriquée de toute pièce et absolument pas organique.

C’est intéressant de voir les rapports qu’il peut y avoir entre ces deux pays de cinéma bien qu’il y ait des différences notables, notamment au niveau de la musique. Il faut savoir que la musique des films français avait un coté beaucoup moins influencé par l’école de Vienne, par Brahms, par Mahler par Bruckner que les films hollywoodiens. Quand vous entendez la musique des Anges du péché, des Dames du bois de Boulogne ou des films de Becker, vous pensez à Poulenc, à Satie, à Debussy et quand vous entendez la musique de compositeurs comme Jaubert ou Wiéner, vous pensez à Kurt Weill. Et puis, en Amérique, le Jazz n’était utilisé que pour décrire un lieu de mauvaise vie, alors qu’en France, il y en avait plus couramment. Aux Etats-Unis, la première vraie partition de jazz a été écrite en 1959 pour Autopsie d’un meurtre qui a été réalisé par Otto Preminger, un cinéaste viennois.

Vous abordez tellement de cinéastes qu’on ne va pas pouvoir parler de chacun d’entre eux. Je vais donc me pencher sur un seul, mon préféré, à titre personnel, Monsieur Claude Sautet. D’autant plus que j’ai cru comprendre que vous aviez eu l’opportunité de faire vos débuts avec lui. Que pouvez-vous me dire sur ce qu’il vous a apporté en tant que cinéaste et sur l’évolution de son cinéma car on sent que quelque chose a changé entre César et Rosalie et Nelly et Monsieur Arnaud ?

B.T. : C’est le monde qui change autour de lui et lui ne fait que s’adapter au monde. Tout devient plus grave, les sentiments également et puis lui-même vieillit, donc la fragilité des choses, qui était déjà présente à ses débuts, est vraiment au cœur de ses derniers films. Si vous regardez bien, un film comme Quelques jours avec moi est exactement le double de Max et les ferrailleurs. Le rapport entre cette fille aux mœurs très libres incarnée par Sandrine Bonnaire et ce type assez obsessionnel incarné par Daniel Auteuil, rappelle le rapport des personnages de Michel Piccoli et Romy Schneider dans Max et les ferrailleurs

Sautet était quelqu’un qui arrivait à parler de sentiments très personnels tout en traitant des conditions économiques difficiles, avec des gens menacés de perdre leur boulot et avec une présence importante du travail physique comme on peut le voir dans les scènes de restaurant de Garçon. Tout cela fait que Sautet reste, selon moi, le grand héritier de Becker. D’ailleurs, tous les deux ont mis du temps pour s’imposer et pour que l’on reconnaisse leur génie. Concernant ma relation avec lui, je retiens surtout sa prodigieuse faculté de synthèse. Quand il lisait le scénario d’un autre, il voyait tout de suite les points faibles et faisait immédiatement des propositions formidables. Il avait ce côté analytique, technique mais qui était allié à une énorme sensibilité. Il pouvait être très colérique comme il pouvait pleurer. C’était quelqu’un de très émotionnel. Il avait cette obsession «beckerienne» de trouver le détail juste, qui faisait qu’il relisait un scénario cent fois si c’était nécessaire. C’était vraiment un travailleur forcené.

Si vous me le permettez, je constate que vous évoquez souvent un cinéma exigeant et pas toujours connu du public d’aujourd’hui, j’aimerais donc vous demander ce que vous pensez des blockbusters contemporains ou des réalisateurs de grands films épiques comme Steven Spielberg, Christopher Nolan ou Quentin Tarantino…

B.T. : Tarantino est un cinéaste que j’aime vraiment beaucoup. Même si ses sources d’inspiration me paraissent assez ésotériques et mystérieuses mais il parvient formidablement à transcender tout cela. Il fait des choses extraordinaires qui ont finalement peu de rapports avec les séries Z ou les films d’exploitation qui l’ont inspiré. Il y a beaucoup plus d’exigence et de hauteur de vue dans son cinéma. J’ai lu un critique anglais dire que quand on voit ce qu’il fait avec ce dont il s’inspire, qu’est-ce que ça donnerait s’il s’inspirait d’œuvres encore plus intéressantes ? Mais ça reste un cinéaste considérable. Pulp Fiction est un film que je ne ma lasse pas de regarder. Tout comme Kill Bill Volume 2. Même si je suis un peu plus réservé sur Les Huit Salopards malgré les comédiens qui y sont formidables.

Après, oui bien sûr, il y a des blockbusters qui me plaisent et d’autres qui ne me plaisent pas comme pour tous les autres genres de films. Ce qui peut m’énerver, c’est de voir des gens qui ne sont obnubilés que par ce type de cinéma. Je trouve que c’est appauvrissant de ne voir que ça. Mais il y a plein de films de ce genre que je trouve très efficaces comme La Guerre des Mondes et Minority Report de Spielberg que vous évoquiez. Un film comme Spider-Man 2 de Sam Raimi était également très intéressant.

Concernant Christopher Nolan, j’aime assez ce qu’il fait mais pas tout non plus. J’ai bien aimé ses premiers films comme Memento et Le Prestige. J’avoue ne pas avoir aimé Inception que j’ai trouvé assez « bêta » en terme de scénario. En revanche, Interstellar m’a plutôt plu malgré la musique épouvantable de Hans Zimmer. Comme 80 % des musiques des films américains actuels qui sont vraiment des musiques de salon de massage… Ça n’arrête pas, c’est sans arrêt des flots d’arpèges en continu, alors qu’on a envie d’un peu de silence par moments.

Et enfin pour conclure, a-t-on une chance de vous voir poursuivre le travail que vous avez commencé avec ce passionnant documentaire ?

B.T. : Bien sûr mais cette fois-ci, la suite se fera à la télévision. Il y aura huit épisodes programmés sur Ciné + et France 5 où j’évoquerais des cinéastes comme Bresson, Duvivier, Pagnol, Guitry, Boyer, Autant Lara, Clouzot ainsi que des cinéastes qui ont été oubliés pendant longtemps comme Raymond Bernard

Sortie le 12 octobre 2016.

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