Critique Film

UNE BELLE FIN : D’une grande finesse, d’une belle sobriété ★★★★☆

Un sujet grave traité avec finesse et délicatesse, et servi par un bouleversant Eddie Marsan.

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John May (Eddie Marsan) est conseiller funéraire. Lorsqu’il n’enquête pas pour retrouver une hypothétique famille à prévenir d’un décès, il assiste, parfois seul, aux funérailles d’un(e) inconnu(e). Quand son enquête échoue, il emporte pour sa collection personnelle les photos retrouvées dans la demeure des défunts, au milieu d’objets parfois drôles, ou parfois tristes à en pleurer. John les ajoute alors à des albums de famille, « sa » famille. Après la froideur des premières scènes, on est ébranlé par l’intérêt que porte John à « ses » morts, qui apparaissent alors comme les êtres les plus importants pour lui. Il reste leur dernier lien avec le monde des vivants. Le jour où il apprend son licenciement, il décide néanmoins de tout faire pour résoudre son dernier cas. Il sera alors amené à sortir de son quotidien, réglé comme du papier à musique. La rencontre avec Kelly (Joanne Froggatt) sera déterminante, bouleversante, et amorcera chez lui un changement peut-être salvateur.

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Tout comme le personnage de Wiesler dans La Vie des autres (F.Henckel von Donnersmarck, 2007) John May vit dans une routine cadenassée et névrotique, qu’il accepte, à notre grand étonnement, sans souffrance apparente. La caméra fixe ses gestes répétitifs de manière rythmée, immuable, et ancre les habitudes et la solitude au centre de la vie de John. Seul dans la rue, entouré d’immeubles immenses et écrasants, seul dans les couloirs et dans son bureau, seul quand il mange inlassablement sa boîte de thon pour dîner. La mise en scène, grâce aux cadrages et à une composition intelligente des plans toujours fixes, s’en amuse avec délicatesse. Pas de grosses ficelles mais des notes d’humour qui instillent une légèreté bienvenue et apaisante, soulignée par une excellente bande son. Les cordes de la harpe celtique sautillent  et nous emportent avec John vers l’espoir d’une autre vie. Humain et empathique, par contraste avec ses collègues bureaucrates et indifférents, il nous touche profondément et parvient à nous faire oublier l’évolution parfois un peu attendue du scénario.

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Totalement à contre-emploi de ses rôles précédents (Be Happy de Mike Leigh, la série Ray Donovan), Eddie Marsan, omniprésent à l’écran, est d’une grande intensité. Il ne joue pas. Il est John May. Uberto Pasolini confie avoir cherché un acteur capable d’incarner son personnage « sans dialogue, juste par sa présence ». C’est ici le premier grand rôle de cinéma de Marsan. Il réussit parfaitement l’épreuve et dégage une douceur jusqu’ici méconnue qui nous trouble. Il rend son personnage tendre et attachant. Intriguant même, tant il navigue paisiblement entre la solitude et les morts, constamment cerné à l’écran par les plans symétriques. Son visage, loin de côtoyer les canons de beauté, est pourtant magnétique. Lorsqu’il esquisse un sourire, on sent la libération approcher, d’autres perspectives s’ouvrir. Joanne Froggatt, toujours solaire, accompagne cette ouverture, par le contraste physique qu’elle crée avec son partenaire, quasi mutique et figé.

Uberto Pasolini explique être passionné par le travail de Yasujiro Ozu, immense cinéaste ayant su sublimer le quotidien en captant l’extraordinaire dans la vie ordinaire japonaise, avec une sobriété et une profondeur incroyable. Sans pour autant prétendre jouer dans la même cour, le réalisateur italien est parvenu à faire d’Une Belle fin un film qui marque par son rythme, son interprétation et son propos, traité avec tendresse et finesse. Le film a obtenu des prix au dernier Festival de Venise (Meilleure Réalisateur dans la section Orizzonti) ainsi qu’aux festivals d’Edimbourg (Meilleur acteur), Abu Dhabi et Reykjavic.

La Cinéphile Éclectique (Carnets Critiques)

Réalisé par Uberto Pasolini . avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt…

Sortie le 15 avril 2015.

 

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