Critique Série

THE AMERICANS : La guerre froide comme vous ne l’avez jamais vue ! ★★★★★

Dans le genre très restreint des séries d’espionnage, The Americans est passé maître.

James Bond est un petit joueur à côté de Philip (Matthew Rhys) et Elizabeth (Keri Russell) Jennings. Derrière ce couple modèle, se cachent deux redoutables espions du KGB, infiltrés dans la société américaine depuis vingt ans. Incarnant, avec leurs deux enfants, la famille idéale, ils ont pour mission de collecter des informations sur l’administration de Ronald Reagan ou d’éliminer certaines cibles sensibles. Mais tout se complique quand un agent du FBI particulièrement opiniâtre (Noah Emerich), chargé de traquer les agents russes, emménage dans la maison en face de chez eux. Commence alors une partie de cache-cache particulièrement ardue… Jeu du chat et la souris qui s’étire au long des quatre saisons tel un Attrape-moi si tu peux sinueux et souvent violent.

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Ex-agent de la CIA, le créateur de la série, Joe Weinberg, s’inspire de faits réels : la découverte d’« illégaux », agents dormants russes en place aux Etats-Unis pendant de longues années. On découvre alors avec effroi l’engagement total de toute une vie au service d’une cause « plus grande qu’eux », jusqu’au sacrifice de leur famille ou de leurs proches. L’espionnage et le secret qui entourent The Americans fournissent probablement une des meilleures sources d’inspiration pour un scénario. Mais c’est également un risque : se perdre dans les méandres d’une intrigue à tiroir serait aisé. La série parvient à tisser lentement une toile complexe tout en maintenant un suspense constant. Plus, elle analyse les tensions politiques en pleine guerre froide, sous l’ère Reagan, projetant à la tête des spectateurs les machinations sans scrupules des Russes mais également des Américains, qui poursuivent finalement le même but, en utilisant des méthodes tout aussi innommables. Déguisements, mensonges, meurtres sont le quotidien de Philip et Elizabeth.

Loin de s’enliser dans un quotidien ponctué de dangereuses sorties nocturnes, la série débute en pleine période de doute pour Philip. L’un des principaux intérêts de la série provient du tiraillement qui envahit peu à peu ces espions : au début des années 80, mieux vaut vivre aux Etats-Unis, dans un confort appréciable, plutôt qu’en U.R.S.S. Facile de céder à la tentation de l’Ouest. Les scénaristes s’emparent alors de cette puissante matière première pour développer avec brio le personnage de Philip. Il oscille profondément et régulièrement entre l’attrait de sa vie quotidienne qu’il apprécie à sa juste valeur et sa mission, froide, violente et sans merci. Le bonheur semble lui ouvrir les bras et pourtant il devient par moments un tueur redoutable et sans vergogne. C’est principalement grâce à ce protagoniste que l’on reste scotché, que l’on avale les épisodes à vitesse grand V. Avec ses secrets et son passé que l’on découvre petit à petit, Philip Jennings est probablement un des personnages masculins les plus complexes qu’il nous a été donné de voir dans une série ces dernières années. Et Matthew Rhys (Brothers and Sisters) livre une interprétation sensible et vulnérable, incarnant un homme bien loin des stéréotypes : c’est lui qu’on attendrait fort, intraitable. En cela, il s’oppose à sa femme, devenue année après année sa complice et son alter-ego féminin. Elizabeth, russe jusqu’au bout des ongles, met un point d’honneur à accomplir son éternelle mission, quels que soient le prix et les dommages collatéraux. La beauté froide de Keri Russell est parfaite pour ce rôle de femme forte et impitoyable, qui ne laisse aucune émotion surgir.

Le paradoxe entre leur physique, assez quelconque, et la violence qu’ils peuvent semer, subitement et résolument, nous entraîne dans une incertitude de chaque instant. Qui sont-ils vraiment ? Pourquoi et pour quoi font-ils tout cela ? Les éléments se brouillent et s’entremêlent saison après saison. La série en devient addictive. Aux côtés de Matthew Rhys et Keri Russell, on retrouve un éventail d’excellents acteurs, venus pour la plupart du cinéma. Noah Emerich, dont l’attitude, toujours impassible, rend son personnage redoutable et infaillible.

Margo Martindale, second rôle toujours impeccable au cinéma (Million Dollar Baby) fait du personnage de Claudia, chef direct de Philip et Elizabeth, une pieuvre insondable et ambiguë. Elle forme un duo de vétérans avec l’immense Franck Langella (Frost/Nixon, Captain Fantastic…), qui apparaît dans la saison 3. Il amène une fausse douceur qui parvient dans un premier temps à nous « endormir » pour mieux nous glacer !

L’iconographie, particulièrement bien choisie dans le générique, ne reflète pas totalement l’image de la série. Si la photographie, que l’on aurait pu espérer plus audacieuse, reste classique, un excellent travail est effectué sur la bande originale, aux sonorités très russes. L’oscillation d’un violoncelle au tempo allegreto et sautillant, ou au contraire lent et menaçant, ponctue régulièrement certaines scènes, tandis que le générique de fin rappelle constamment l’implacable et interminable mission des deux agents. Ce violoncelle devient omniprésent dans les scènes où la tension est à son apogée, que ce soit psychologique ou physique. Il amène avec lui une ambiance violente et incertaine, qui apporte un effet dramatique qui fait mouche.

The Americans est donc incontournable dans le monde des séries actuelles : elle apporte un point de vue inédit sur la Guerre froide et offre tous les ingrédients pour en devenir vite accro !

La Cinéphile Eclectique (Carnets Critiques )

Série créée par Joe Weinberg, diffusée à partir du 30 janvier 2013 sur la chaîne américaine FX et en France depuis le 18 décembre 2013 sur Canal + Série.

Avec Matthew Rhys, Keri Russell, Noah Emerich, Franck Langella, Margo Martindale 

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THE AMERICANS : La guerre froide comme vous ne l’avez jamais vue ! ★★★★★
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