Critique Film

TERRITOIRE DE LA LIBERTÉ : La face cachée de la Russie ★★★★☆

Un documentaire poignant, qui nous rappelle en toute humilité le sens du mot « liberté ».

territoire-de-la-liberté

Si, comme beaucoup, votre connaissance de la Russie se limite aux mots vodka, Kremlin et Poutine, il est d’autant plus essentiel de découvrir Territoire de la liberté. Car si ce brillant documentaire s’ouvre sur une manifestation en plein centre-ville, c’est pour bien vite s’éloigner de ses considérations envers l’assassinat politique du pays qu’il décrit, et nous faire découvrir une communauté ostracisée, composée de personnes venant au fil des années dans la magnifique Sibérie centrale. Ces êtres simples s’emmargent volontairement d’un système qui n’a (plus) rien à leur offrir, cohabitant dans des isbas (maisons traditionnelles russes) construites illégalement, dans le seul but de pouvoir s’élever – dans tous les sens du terme –, en escaladant les différentes montagnes de la région (les Stolbys). Une belle philosophie de vie qu’Alexander Kouznetsov nous retranscrit avec un véritable talent humaniste, exploitant l’œil cinématographique pour capter chaque détail et chaque émotion de l’existence de ces individus à part.

Territoire-de-la-liberté-4

De cette façon, le film brille par la spontanéité des actions qu’il dépeint, magnifiées par sa recherche de mise en scène, dont les cadres accentuent la beauté des décors. Territoire de la liberté est premièrement une réussite technique, d’autant plus intéressante que son réalisateur s’interroge bien vite sur les limites du documentaire pour exprimer son propos. Il trouve dès lors un équilibre (quasi-)parfait entre un montage naturaliste et une utilisation beaucoup plus symbolique de la grammaire cinématographique. Ainsi, Kouznetsov exploite avec brio le sens premier du septième art : nous plonger dans la représentation d’un univers, différent ou non de notre réalité. Ici, sa communauté à la limite de l’utopie, vivant dans un cadre paradisiaque de forêts et de montagnes enneigées, lui permet de nous faire rêver, en osant quelques flirts avec des codes du cinéma de fiction, notamment en créant une certaine tension durant des scènes d’escalade.

Territoire-de-la-liberté-2

Mais ce cadre d’exil n’empêche pas le film de parler de l’autre monde, celui que les gens fuient. Si Kouznetsov sublime le silence apaisant de son décor, ce n’est que pour mieux mettre en exergue les chuchotements et les accords de guitare émis par une société alternative, dont l’apparente sérénité cache en réalité les inquiétudes d’hommes et de femmes désillusionnés par leur cher pays. L’occasion pour le cinéaste de livrer des interviews émouvantes et pertinentes, à propos des dures vérités de la vie politique russe, qu’il s’agisse de sa justice plus que perfectible, ou encore de la montée de l’extrémisme. Loin du pamphlet indigeste, le métrage reste à hauteur d’humain, pour traquer les conséquences du régime de Poutine, plutôt que ses causes. Territoire de la liberté est un film sur le tourment, et sur la façon de s’en purifier. Comme le dit l’un des alpinistes : « Les Stolbys, c’est notre désespoir ». Cette nature si belle et si parfaite purge de la pourriture du système, laissant les chants plaintifs s’étendre par leur écho entre les arbres.

territoire-de-la-liberté-3

Alexander Kouznetsov réussit ainsi un véritable film de ressenti, en évitant l’aspect didactique de nombreux documentaires. Il se concentre sur la chaleur à priori oxymorique du lieu qu’il dépeint, face à la froideur impersonnelle de la ville. Se construit dès lors un montage parallèle révélateur (quoiqu’un peu trop appuyé) entre l’épanouissement des stolbystes et la désillusion des personnes vivant en milieu urbain, dont le cinéaste puise quelques images fortes, à l’image de ces drapeaux russes rangés dans la plus grande indifférence. Mais bien au-delà de son penchant politique, c’est la liberté, dans son sens le plus pur, qui est interrogée. Quel est le pouvoir et la place de l’homme au sein du monde ? Pour répondre à cela, Kouznetsov semble se tourner du côté de Francis Bacon, qui disait qu’on « ne commande à la nature qu’en lui obéissant ». Le métrage émeut par cette humilité, cette simplicité à s’émerveiller, avec ou sans caméra, de la beauté de toute chose, à l’image de cette petite fille, qui affirme sa liberté en haut d’une montagne, en ouvrant les bras.

N'hésite pas à me laisser un commentaire !


Comments

Ta dose de ciné quotidienne !

Les nouveaux YouTubeurs à regarder !

L’INFAUX CINÉ, LA VRAIE !

Copyright © 2015 The Mag Theme. Theme by MVP Themes, powered by Wordpress.

To Top