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Steak, le mal-aimé, le mutilé, l’oublié… Ce sera tout ?

Être ou ne pas être… Ne pas être. [Hamlet Schwarzenegger]

Ah Steak… Ce film… Bon autant y aller de suite, see je l’adore, alors ce papier sera l’occasion de faire les éloges une fois de plus d’un film parmi d’autres (promis des avis négatifs arrivent bientôt, j’attaque dans quelques temps un petit papier sur une bobine d’épouvante méconnue de 1993, comme quoi ! #Teaser #so2016).

MAIS ! MAIS ! (Je peux pas faire plus imposant que des majuscules) Ce n’est pas tout !!! En fait, ce sera surtout l’occasion de discuter d’une oeuvre qui, comme certaines dans le paysage Ciné/TV, doit être soutenue, et défendue sur la place publique.

Alors Oyé Oyé ! Ne quitte pas cette page, toi lecteur, et suis moi donc dans cette aventure qui ne traite pas d’un documentaire sur les ravages de la surproduction 21ème-sièclaire de viande bovine par les pays occidentaux. Prépare-toi, young(old) (wo)man (I’m lost in my parenthesis). Prépare toi à…

Steak

STEAK : un film de Quentin Dupieux, sorti en 2007.

? MUSIQUE TRAGI-COMIQUE EN Mi-? ?

Rah la la !! Hop on est al, dans le passé du futur, à une époque très eighties qui se serait perdue au XXIè. Le trip des jeunes, c’est de se faire refaire le visage, c’est ça, c’est la nouvelle mode, on cherche tous un visage dont personne n’a la définition, mais qui représente ce que tous les jeunes doivent être pour être cools. Et puis il y a cette bande, les Chivers (tous des artistes dans le monde réel, de la scène électro pour la grande majorité, comme le grand Kavinsky par exemple), qui ne boit que du lait, ne fume pas, ne se drogue pas, et manie à la perfection le check jambial clos par un tchin-tchin de bouteille de pur lait pas coupé. Ah oui j’oubliais, et puis 7 ans avant y’a Georges (Ramzy Bedia), et Blaise (Eric Judor). Pour quelques raisons que je vous laisse découvrir, les deux meilleurs potes sont séparés, et Blaise est interné pendant, justement, ces sept années. Et là, à sa sortie, c’est le choc, tout a changé ! Blaise (ou Chuck, parce que Blaise c’est moisi) perd ses repères, pendant que Georges fait tout pour devenir un vrai Chivers. C’est alors l’occasion de découvrir toutes ces moeurs nouvelles, et de tenter de s’y adapter, de s’y retrouver. Et c’est aussi et surtout l’occasion de vivre un délire de non-sens et d’absurdité total et complètement unique. Parce que c’est ça Steak (et le ciné de Dupieux dans son intégralité, on aura l’occasion d’en reparler), le maître mot est l’absurde.

*Voix de Smaug dans Le Hobbit*

ALORS NE FAITES PAS L’IMPASSE.

(et si vous le souhaitez vous pouvez envoyer vos dons
en dollars alaskiens à l’adresse suivante :
123, rue Bidon – Springfield, NS – USA)

On va donc passer outre l’histoire, que vous pourrez découvrir joyeusement par vous même (comme si le message était pas clair depuis quelques centaines de mots), et on va se concentrer sur l’objet cinématographique en lui-même.

Petite chronologie donc :
ChronoSteak

 

Donc oui, Steak fait partie des films qui ont souffert du syndrome d’hypsterisation de l’Art. Petit résumé : on crée, on fait les choses différemment, on sort des clichés et des éternelles resucées de comédie, on fait quelque chose de fin, et BAM ! C’est de la merde. Oui, de la merde. Mais pas n’importe laquelle ! Celle qui finit par sentir bon quand les gens qui ont craché dessus se rendent compte que finalement c’est peut-être bien du chocolat, et du bon ! Et ainsi commence le délire intello qui consiste à faire comme si on était à fond dessus depuis le début, telle l’intelligence. Sacré cinéma.

Mais bon… Il y a une explication. Au départ, Steak est une pièce d’artiste parmi d’autres, c’est écrit, pensé, et travaillé. Et comme toute pièce d’artiste, il ne faut pas forcément y chercher un message mais il faut lui accorder le bénéfice de porter un regard nouveau, original, sur un aspect du monde, c’est la recherche de la mise en image d’un concept, d’une émotion, c’est la désabstraction (prends ça dans ta gueule la langue française). Et dans notre cas, ce concept, c’est le non-sens, par l’absurdité.

Dupieux Rubber

C’est donc l’occasion de discuter de la filmo de sieur Dupieux. Alors ce joyeux luron qui c’est qu’c’est (victoire par KO) ? Et bah Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, est tout d’abord un artiste de la scène électro, appartenant au même groupe de musiciens que des titilleurs du beat tels que Kavinsky (vous savez celui qui a vu l’une de ses créations apparaître comme thème principal du Drive de Winding Refn ?). D’ailleurs allez je suis aimable aujourd’hui, voici un petit aperçu de son travail (pour la culture) :

 

Pour ses premiers pas en tant que réalisateur, il a commencé par fabriquer un OVNI absolument génial : j’ai nommé le moyen-métrage NONFILM (bobine 16mm, 2001). Mettant déjà en scène Kavinsky ou encore Sébastien Tellier, c’est le genre de truc totalement bizarre, tellement incompréhensible qu’il en ressort une espèce de compréhension : « Est-ce que le sens de ce que je vois a lui-même un sens ? ». Et de quoi ça parle alors ? Et bien d’une équipe de ciné qui réalise un film. Simple, non ? Ouais sauf quand des scènes qui se déroulent entre deux prises s’avèrent en fait être des scènes du dit-film qui en fait n’est pas un film, où en tout cas pas un film réalisé par le réalisateur qui se trouve être un acteur, et oh ah si en fait c’est le réalisateur, etc etc etc… (je veux pas vous perdre plus que ça). Non sérieusement c’est dispo légalement et gratuitement sur le compte Vimeo de Dupieux (Ramenez vos fesses ici), alors faites-vous plaisir, ça dure juste trois quarts d’heure, vous le regretterez pas, c’est énorme.

Sinon, il est surtout connu pour ses films post-Steak : La trilogie EOS 5D (composée intégralement aux USA, à l’aide d’un Reflex), à savoir Rubber (l’histoire d’un pneu serial-killer, ôde à l’idée du sans-raison), Wrong (un homme qui perd son chien, au sein d’une réalité qui s’effondre), et Wrong Cops (des flics californiens et une histoire de vidéos pornos gay). Plus récemment, il a sorti, l’année dernière, le génial Réalité (avec Alain Chabat notamment), qui traite avec brio (on a la critique sur le CA il me semble) du profond lien entre le rêve, l’absurde, le surréalisme, et la limite entre réalité et illusion. Ce dernier est juste incroyable et à voir absolument.

On dit plus bonjour aujourd’hui ! On dit « bottine ».

Après voilà, nous aujourd’hui c’est de Steak qu’on parle, parce que c’est celui qu’il faut défendre. Pourquoi ? Parce que contrairement aux autres, où les critiques crient unanimement au génie, celui-ci s’est littéralement fait démonter par tout le monde. La faute à qui ? La faute à une promo archi mal foutue orchestrée par une production qui ne savait où aller. Vendu comme THE dernière comédie populaire d’Eric et Ramzy, à la H (Canal+) ou encore à la Tour Montparnasse Infernale (2001), il n’en était rien, et les spectateurs qui s’attendaient, à la vue de la bande annonce ratée, à un énième film d’humour banlieusard lorgnant plus vers du Jamel Debbouze que vers quelque chose de vraiment spécial (c’est-à-dire 100% des spectateurs) ont pour la grande majorité déchanté. Je ne plaisante pas, j’ai même pas envie de linker la BA à ce papier tellement elle donne pas envie.

Ce qui me fait réagir, c’est que beaucoup critiquent ce duo sans vraiment en connaître les motivations. Beaucoup n’y voient qu’un duo d’humoristes sociaux (dans le sens où ils traiteraient de sujets relatifs notamment à l’insertion, la pauvreté, l’immigration, etc…), copies inclassables de Jamel, Omar Sy, ou autres. Mais non !!! Eric et Ramzy, ça a toujours été le duo du n’importe quoi, et dans cette catégorie, ils sont les meilleurs. Beaucoup plus intelligents que leurs détracteurs ne le prétendent, ils manient leur jeu à la perfection, leur humour est très bien rodé, très accessible tout en restant dynamique et fin. Et avec Dupieux ils ont trouvé leur maître. J’éprouve énormément de sympathie pour eux, et je respecte vraiment leur travail qui pour moi reste unique et plus original qu’une majorité de trucs qu’on nous sort à la ramasse à grands coups de guests inutiles ou, pour l’actu, de Kev Adams forceurs. Et là je pousse mon coup de gueule ! Parce que je l’ai entendu vraiment partout !! Alors à ceux qui pourraient se sentir concernés : quand on prétend en avoir marre des humoristes d’origine africaine vus et revus, on évite de classer dans cette catégorie deux énergumènes qui ont beaucoup à proposer, ou pire de les critiquer parce qu’ils ne rentrent pas dans ces cases. Bref.

steak3

Ce film est un pur objet non identifié, hyper travaillé (jusque dans le design des slips des Chivers), portant un symbolisme très fort. Plus qu’une comédie, il est un drame comique. Et là c’est sa force, son génie. Excellente satyre de la société, il est bourré de WTF juste jouissif qu’il faut déguster avec plaisir. Je vous conseille vivement de le regarder si ce n’est pas déjà fait. Si vous l’avez déjà visionné, mais pas aimé, je vous invite à le reconsidérer selon ce que j’ai pu vous raconter, car il en vaut vraiment la peine. Donc voilà, c’est réellement une pépite du ciné frenchie, comme on en fait beaucoup trop rarement. Dupieux s’amuse avec tous les codes, et retourne totalement la logique de notre monde, et c’est carrément merveilleux. À voir donc ! Notamment pour vous faire un avis plus complet que ce bout de document web.

Allez, finissons sur une bonne blague, et un bout de l’OST.

Eh tu vois le nuage là-haut ? On dirait pas… du tissu ?

– La partie… sera bleue.
– Bleue ça veut dire quoi ?
– Qu’on gagne pas de points par le bourreau, Georges.
[…] – Mystère… et 115 – 15.

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