Critique Série

SIX FEET UNDER : Avant de partir, il faut vivre ★★★★★+♥

Voilà 15 ans déjà qui nous séparent du lancement de Six Feet Under. Retour sur une série que l’on n’est pas prêt d’enterrer.

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Le phénomène n’aura évidemment échappé à personne. Depuis la déferlante Netflix, stuff et l’influence du cinéma sur la télévision, notre appréciation des séries a nettement évolué, reposant sur des critères beaucoup plus complexes, tenant compte de l’accomplissement technique, du prestige de la distribution et de la performance narrative. Une évolution logique mais une approche qui a parfois tendance à nier la plus-value affective du format sériel. Alors que les coûts de production augmentent, que les sujets s’exposent à des enjeux de plus en plus tentaculaires, tout semble calibré pour un public en manque de sensationnel. Loin de nous l’envie de diaboliser ce nouveau modèle, qui nous enchante comme la plupart des spectateurs, mais revenir à une forme de simplicité dans l’exécution aurait du bon. De fait, (re)découvrir Six Feet Under aujourd’hui procure un plaisir immense, nostalgique. Pour autant, soyons francs, la série reste un choc, en dehors de toute contextualisation ou réalité extérieure. Alors comment expliquer une telle réussite ?

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Six pieds sous terre, voilà où se retrouve expédié dès le pilote Nathaniel Fisher Senior (Richard Jenkins), mari et père de famille, laissant les siens en plein deuil. Une entrée en matière percutante, résolument tragique et néanmoins teintée d’un humour noir ravageur. Tel sera le cocktail extrême reconduit de saison en saison par le créateur du show, Alan Ball, scénariste du non moins cynique et dépressif American Beauty de Sam Mendes. En guise de présentation, on suit les retrouvailles du fils aîné du défunt, Nathaniel Junior (Peter Krause), parti de son Los Angeles natal des années auparavant, avec son frère David (Michael C. Hall), sa soeur Claire (Lauren Ambrose) et sa mère Ruth (Frances Conroy), chacun surmontant la douloureuse épreuve à sa façon. Très vite, les deux frères s’associent pour reprendre l’entreprise familiale, une société de pompes funèbres, tenue à bout de bras par leur père de son vivant et devenue une adresse incontournable. La prémisse est simple, légèrement incongrue et bouscule les conventions de l’habituelle sitcom américaine. Entourés par la mort, les personnages s’en amusent, s’en attristent mais vont toujours de l’avant, vivant intensément, dans la joie comme dans la peine. Les épisodes filent à toute allure, alors même dépouillés jusqu’à l’os, privilégiant les petits détails, les aléas du quotidien à une quelconque dramatisation. Tout est utile, même le superflu. On a beau identifier des scènes plus ou moins dispensables, leur impact, à posteriori, justifie leur intérêt.

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La grande qualité de Six Feet Under réside aussi dans l’étude de moeurs. Chaque personnage compose avec les normes sociales, tente de se construire malgré la honte et le regard des autres. David assume son homosexualité après maintes remises en question, Claire trouve dans l’art un moyen de lutter contre ses penchants autodestructeurs tandis que Ruth, frigide, se libère peu à peu des responsabilités qui lui incombent. Nathaniel Junior gagnera quant à lui en sérénité et maturité, au prix de nombreux sacrifices, à l’instar de Brenda (Rachel Griffiths), avec laquelle il connaîtra une histoire aussi passionnée que mouvementée. Il faut à ce titre impérativement saluer le jeu des acteurs, merveilleux de sensibilité et de complicité, qui incarnent une palette d’émotions vertigineuse, du tourment au désir, du sarcasme au délire. On vibre pour eux et avec eux. Le reste du casting est bien sûr à l’avenant, jusqu’aux rôles secondaires, écrits et interprétés avec la même justesse.

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L’autre mérite de la série tient à son inventivité formelle. Qu’ils soient aux prises avec leurs démons, sous l’effet de substances illicites ou simplement perdus dans leurs rêveries, les Fisher et leurs proches ont l’esprit bien préoccupé. Dans ces moments-là, l’esthétique change radicalement et épouse leur espace mental, traversé de visions fantomatiques et d’improvisations dignes d’un spectacle de music-hall. Pour peu, on se croirait dans La Quatrième Dimension. Là encore, le travail de Ball se prête parfaitement à l’exercice fantaisiste – souvenons-nous de la baignoire remplie de pétales de rose dans le film de Mendes. De quoi ménager des sas de décompression salutaires entre deux redescentes sur Terre ; la réalité se rappelant toujours aux personnages, notamment au travers d’une ultime saison dont on taira l’apothéose finale. Disons seulement qu’il s’agit du dénouement le plus déchirant vu dans l’Histoire du petit écran. D’une part pour son habileté à refermer tous les arcs narratifs et d’autre part, pour le message universel qu’il délivre. Citons une scène cruciale, issue de la première saison, qui y fait écho et résume déjà l’essence de Six Feet Under. Une femme éplorée demande à Nathaniel Junior « Pourquoi doit-on mourir ? » et celui-ci répond… « Pour que la vie ait plus de valeur ».

Série créée par Alan Ball, avec Peter Krause, Michael C. Hall, Lauren Ambrose, Frances Conroy, Rachel Griffiths

Rediffusée actuellement sur OCS City.

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