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ROSALIE BLUM : Rencontre avec Julien Rappeneau et Alice Isaaz

Julien Rappeneau, scénariste et fils du grand cinéaste français Jean-Paul Rappeneau, nous offre un premier film réjouissant, plein de charme et de finesse en portant à l’écran l’univers graphique de Camille Jourdy. On y suit le personnage de Vincent (Kyan Khojandi), un modeste coiffeur provincial qui voit sa vie bouleversée lorsqu’il rencontre Rosalie (Noémie Lvovsky), une épicière solitaire qu’il est persuadé d’avoir déjà rencontrée, sans être capable de se rappeler ni où ni comment. Il commence alors à suivre cette femme mystérieuse sans se douter que cette dernière l’a remarqué et le fait également suivre par sa nièce, Aude (Alice Isaaz). Ces trois là ne vont pas tarder à voir leur vie complètement chamboulée. Cette première œuvre s’annonce d’ors et déjà comme la révélation d’un cinéaste et la confirmation du talent singulier de la jeune Alice Isaaz. Notre Cinéphile Reporter a eu la chance de pouvoir interviewer ces deux artistes prometteurs.

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Julien, vous êtes un scénariste reconnu en France. Qu’est ce qui vous a donné envie de vous essayer à présent à la mise en scène ?

JR : J’ai eu un coup de cœur pour le roman graphique de Camille Jourdy et ses personnages que je trouvais tous particulièrement attachants. Et puis le ton que j’y ai décelé me correspondait également et m’a donné envie d’adapter cet univers dans un film. J’aime les fêlures de ces personnages ainsi que leur fragilité et le fait qu’ils soient un peu à côté de leur vie ou à un moment un peu figé de leur existence. Cela apporte de la gravité au récit mais sans nuire à l’humour et à la dérision.

Le film « ludique », c’est nouveau, car il embarque le spectateur dans une sorte de grand jeu de piste ?

JR : J’avais envie de jouer avec le public en apportant un aspect ludique en effet et jubilatoire au film, ce qui a demandé une construction très précise lors de l’écriture du scénario afin de laisser beaucoup d’espace aux personnages pour qu’on s’y attache. Toute cette histoire est conçue comme un grand puzzle qui se révèle peu à peu afin de surprendre le spectateur et de le tenir en haleine.

Justement, Alice, j’ai le sentiment qu’il s’agit de votre film le plus surprenant au niveau de sa structure… Vous êtes d’accord avec moi ?

AI : Complètement… Ce qui est amusant c’est que j’ai reçu le scénario pendant que je tournais En mai, fais ce qu’il te plait de Christian Carion. Je l’ai lu pendant les moments où j’étais dans ma loge en attendant qu’on vienne me chercher pour tourner mes scènes. Je n’arrivais pas à décrocher de ce que je lisais au point que j’espérais que l’équipe prenne du retard sur le plateau pour que je puisse continuer à dévorer le script (Rires). Je n’avais jamais vu ou lu une histoire avec une telle structure et c’est effectivement ce qui m’a attiré.

Ce qui est également plaisant, c’est l’épaisseur psychologique et émotionnelle apportée à ces personnages qui s’avèrent être des anonymes dans une petite ville de province et pas des super-héros.

JR : Je pense que c’est justement cela qui peut amener le public à se retrouver dans ses personnages car leurs émotions, leurs fêlures, leurs aspirations parlent à chacun d’entre nous. Après tout, n’importe qui dans n’importe quel milieu social peut éprouver ce sentiment d’être à côté de sa vie et de ne plus avoir l’espoir qu’il puisse lui arriver quelque chose de positif. On en vient alors à se dire qu’il est trop tard et que l’on n’a pas suivi le bon chemin. Ce sont des personnages qui souffrent également de solitude et c’est en recréant du lien entre eux qu’ils vont sortir de cette spirale.

Puisque nous parlons de personnage, Alice, que pouvez-vous me dire sur le vôtre, dans le film bien entendu ?

AI : On pourrait penser que c’est une fille fainéante qui se laisse vivre alors qu’en réalité, elle n’a pas encore trouvé ce qui la fait vraiment vibrer. Du coup, quand le film commence, elle est un peu à coté de sa vie, comme les personnages de Vincent et de Rosalie d’ailleurs. Mais cette histoire de filature qui est au cœur du film va remettre, de manière imprévue et surprenante, du mouvement dans la vie de chacun.

Vous avez également des partenaires de jeu avec lesquels vous semblez partager une grande complicité ?

AI : Bien sûr. Que ce soit avec Kyan, Sara et Noémie, avec laquelle j’ai beaucoup appris, d’autant plus que je craignais qu’elle soit assez directive avec moi du fait qu’elle est également réalisatrice alors que pas du tout. Au contraire, elle m’a accompagné avec beaucoup de bienveillance. Et puis elle est tellement généreuse dans son interprétation qu’on en oublierait presque que l’on est en train de jouer. Je pense que si l’alchimie fonctionne aussi bien entre tous les personnages, c’est grâce à Julien qui a eu une audace incroyable au moment du casting.

Julien, à l’instar de votre père, tous vos personnages sont extrêmement travaillés, même ceux qui ont une présence modeste à l’écran ?

JR : Je n’ai pas cherché à me comparer à mon père mais c’est vrai que je voulais travailler tous les personnages avec une certaine densité pour qu’on s’y attache et que les acteurs puissent leur apporter une profondeur de jeu. Je tenais à choisir des acteurs et des actrices de grands talents même pour des rôles qui ont peu de présence à l’écran. J’accorde autant d’importance à tous les rôles même à celui qui n’a qu’une phrase à dire car cela joue beaucoup sur la musique générale d’un film, il ne faut donc négliger aucune partition…

Comment avez vous conçu l’aspect visuel et musical du film, à partir d’une BD ?

JR : Je ne voulais pas placer cette histoire dans une réalité naturaliste trop brute. J’ai donc tenu à travailler l’univers visuel du film avec beaucoup de délicatesse et de douceur pour en faire une sorte de « conte réaliste ». Pour la musique j’ai fait appel à mon frère, Martin, qui connaît très bien mes goûts, mes envies et ce projet dont je lui ai parlé bien en amont du tournage, ce qui lui a permis d’infuser l’esprit général du film et ce que j’avais en tête. Donc la collaboration s’est très bien passée même si pendant un moment je m’étais dis « merde et si je n’aime pas ce qu’il compose, qu’est ce que je fais ? » (rires). Mais je ne m’inquiétais pas vraiment car je suis très admiratif de ses talents de musicien et c’est pour cela que je l’ai choisi.

Où se trouve cette petite ville assez charmante que vous filmez et où se déroule cette histoire ?

JR : On a tourné à Nevers en Bourgogne. Je ne voulais pas d’une ville qui soit trop pittoresque ou trop « régionaliste ». Dans la BD, l’histoire se déroule à Dole mais cette ville ne m’inspirait pas du tout. Je me suis donc rendu en Bourgogne où j’allais souvent étant enfant, chez ma grand-mère. Je me suis baladé tout seul en amont des repérages dans plusieurs petites villes et c’est à Nevers que j’ai eu un coup de cœur. J’ai aimé la lumière qui s’y dégageait puis j’y ai vu des lieux qui correspondaient aux décors que je m’imaginais pour le film. Ce qui est amusant, c’est que j’ai toujours été attiré par les petites villes de province alors que j’ai grandi à Paris. Parfois, je pars écrire pendant plusieurs jours dans des petites villes que je ne connais pas. C’est quelque chose qui m’inspire et c’est aussi ça qui m’attirait dans ce projet, l’idée de tourner dans cet univers provincial où je n’ai pas grandi.

Voilà un film plein de couleurs, de fantaisie, de poésie et de légèreté, doté d’un casting irréprochable et d’un scénario habilement construit et qui s’avère très joueur vis à vis du public…

Propos recueillis pas Le Cinéphile Reporter (Eurojournaliste)

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