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ROSALIE BLUM : Rencontre avec Julien Rappeneau et Alice Isaaz

A l’occasion de la soirée Apéro Ciné Quiz organisée par Le Forum des Images, tadalafil Le Cinéphile Anonyme et Cinézik autour de la musique de film, troche retour sur cette symbiose fructueuse de deux arts qui se sont bien trouvés.

John-Williams-and-Steven-Spielberg-Credit-Jeff-Roffman

L’histoire du cinéma a fini par qualifier la période antérieure au parlant de muette, buy mais cela ne veut pas dire que l’art cinématographique de l’époque était complètement silencieux. La musique est présente dans le cinéma dés ses débuts, mais c’est souvent une musique d’accompagnement, pensée pour couvrir le bruit de l’appareil de projection, en s’accordant plus ou moins avec ce qu’il se passe sur l’écran. Riccioto Canudo, penseur primordial de la valorisation du septième art, se plaignait déjà dans son article « Cinéma et musique » de la médiocrité de cette dernière : « Bien des raisons, d’ordres esthétiques comme d’ordre pratique, sont encore a dénoncer et à vaincre pour faire cesser l’insupportable de cette musique d’accompagnement qui nous ennuie copieusement dans la plupart de nos salles de cinéma. » Très rapidement, la musique a donc gagné sa place au cinéma, et c’est en 1908 qu’est composée la première composition originale par Camille Saint-Saens dans L’Assassinat du duc de Guise d’André Calmette. Art en constante évolution, la musique se retrouve donc depuis le XXème siècle à côtoyer ce nouveau venu, et ont inventés à eux deux une nouvelle forme d’expression artistique, avec les émotions qui l’accompagnent. Mais pourquoi fonctionnent-ils si bien ensemble ?

Le cinéma a besoin de la musique.

L’un des clichés autour de la musique de films consiste à penser qu’elle n’est qu’un accompagnement soulignant l’action. Au contraire, elle doit exister dans le film comme un personnage à part entière, qui lui donne une dimension sensique et émotionnelle supplémentaire. On peut d’ailleurs comparer le cinéma à l’opéra, qui est à la base une forme dérivée du théâtre, dans lequel on y a incorporé de la musique. Il s’agit donc d’un outil d’expression différent. Le septième art s’est beaucoup inspiré de l’opéra, et en a surtout réexploité la grammaire. En effet, l’opéra utilise la puissance de l’orchestre symphonique et de la voix pour définir un personnage et sa psychologie, qu’il adapte ensuite en fonction de la situation. Un thème, aussi appelé leitmotiv, se trouve attribué à chaque figure d’une pièce, et la partition le mêle avec d’autres, en variant l’orchestration, la tonalité ou le tempo afin de s’accorder à l’action. Cette musique symphonique et l’écriture qui y est liée a ainsi fait les beaux jours du cinéma durant de nombreuses années, avant qu’un besoin de renouveau amené avec le Nouvel Hollywood ne décide de s’éloigner de cette inspiration opératique jugée trop prégnante. Mais un compositeur particulier, et ses compositions désormais mythiques, vont changer la donne en 1977 : il s’agit de John Williams et de sa bande-originale pour Star Wars.

Pour l’anecdote, le réalisateur George Lucas avait d’abord voulu puiser sa musique dans le répertoire classique, à la manière de Stanley Kubrick sur 2001 : L’odyssée de l’espace, car il pensait qu’aucune autre musique ne pourrait rendre la dimension épique de son long-métrage. Heureusement que Steven Spielberg, avec qui Williams venait de collaborer pour Les Dents de la mer, l’en a dissuadé. Tout d’abord, la musique de Star Wars a fortement contribué (et contribue encore) au culte lié autour de la saga. Si le spectateur est aussi bien immergé dans cet univers science-fictionnel fondé sur les contes médiévaux, c’est parce que le film débute sur les chapeaux de roue, avec son fameux générique qui résume directement le contexte pour mieux nous plonger dans l’action. Sauf que l’introduction de Star Wars ne serait pas aussi efficace sans le thème de Williams. De plus, la bande-originale répond parfaitement aux intentions artistiques de Lucas, consistant à livrer une œuvre mythologique inspirée par l’universalité d’autres mythes. L’écriture de la Guerre des étoiles s’est faite grâce à l’aide d’un livre : Le Héros aux milles et un visages de Joseph Campbell. L’auteur, spécialiste en mythologie comparée, a émis au travers de son ouvrage la thèse du monomythe, expliquant que n’importe quel mythe, provenant de n’importe quelle civilisation, se base sur un parcours héroïque identique. En renforçant l’importance des leitmotiv, ainsi que la mécanique de son écriture musicale, Williams souligne celle du scénario, tout en proposant une orchestration riche et variée. La musique de Star Wars est bien un personnage à part entière, aussi mythique que Luke Skywalker ou Dark Vador, et sublime chaque instant pour leur offrir une force évocatrice que l’image seule ne peut pas donner. Si John Williams est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands compositeurs de musiques de films, c’est parce qu’il a su la rendre indispensable, et pas que pour Star Wars. Indiana Jones, E.T., Jurassic Park, la Liste de Schindler, la liste est longue, mais s’il n’y avait qu’un seul autre exemple à retenir, ce serait Les Dents de la mer, car la force du film de Steven Spielberg est d’avoir choisi de peu montrer le requin, ce qui lui crée un pouvoir d’omniscience effrayant. De ce fait, la musique est d’autant plus importante, puisqu’elle comble cette absence. La scène d’ouverture, qui nous laisse assister à la mort de la première victime de l’animal, associe l’attaque au célèbre thème musical minimaliste. Dès lors, le génie de Williams est d’engendrer une sorte de réflexe pavlovien. Si nous entendons le thème du requin, nous savons que ce dernier est proche, prêt à surgir à n’importe quel moment. L’association du montage et de la musique crée instinctivement de la peur dans le cœur du spectateur, alors même que celui-ci ne voit rien, à priori, qui pourrait l’effrayer.

La musique a besoin du cinéma.

Mais cet apport d’un art envers un autre ne fonctionne pas que dans un sens. A vrai dire, le cinéma a beaucoup aidé, durant le XXème siècle, à habituer l’auditeur à certains styles de musiques contemporaines en les laissant s’exprimer au sein de films. On peut prendre l’exemple de Philip Glass, l’un des plus grands représentants de la musique minimaliste (avec Steve Reich notamment), qui a su développer son intellectualisation de la musique au travers de nombreuses bandes-originales, parfois plus connues que les films en eux-mêmes. C’est notamment le cas de ses thèmes composés pour la trilogie Qatsi de Godfrey Reggio, utilisés par d’autres cinéastes avec le temps, aussi bien sur des projets indépendants que sur des blockbusters, à l’instar du Watchmen de Zack Snyder. En adaptant une musique dans un nouvel environnement, le cinéma a même permis de réhabiliter certains morceaux, voire de leur conférer une nouvelle aura culte grâce à une scène qu’ils ont su magnifier. Quand on entend la Sarabande de Haendel, impossible de ne pas penser à Barry Lyndon, ou quand on sifflote La Chevauchée des Walkyries, aux hélicoptères d’Apocalypse Now.

Mais cet appel d’un art nouveau n’a pas juste permis un regard vers le passé. Les innovations du cinéma ont ouvert la voie à de nouveaux types de récit, avec de nouvelles ambitions et un réalisme de plus en plus troublant, notamment dans le domaine de l’imaginaire. La musique a donc pu accompagner ce moyen d’expression pour expérimenter avec lui. Certains compositeurs l’ont même amenés dans des terrains encore inexplorés, à l’instar de Jerry Goldsmith, nom mythique à la carrière riche et diversifiée, allant de Chinatown à Star Trek en passant par Alien. Capable de l’orchestration la plus épique comme des ensembles inhabituels et volontairement cacophoniques. En l’occurrence, on comprend l’importance du cinéma de genre dans la vie de Goldsmith, car les images qu’il offre, souvent éloignées de la réalité, lui ont permises de tester le spectateur, de lui livrer des sons peu communs, afin de lui rendre compte de l’étrangeté du monde qu’on lui dépeint, ou tout simplement pour le mettre mal à l’aise. Cette recherche atteint probablement son paroxysme avec la bande-originale de La Planète des Singes (Franklin Schaffner, 1968). Tout du long, le compositeur va focaliser son écriture sur des altérations accidentelles, des silences, et surtout des sons étranges faits de percussions, de jeux avec des cordes ou de sonorités électroniques. L’ensemble évoque la découverte d’un monde inconnu et hostile, et sous-tend une sensation d’inquiétude, qui amorce avec brio le célèbre twist du long-métrage. Ainsi, la musique de films en devient même un genre dominant, constituées de modes qui s’imposent au reste du monde. A l’heure actuelle, difficile de passer à côté de Hans Zimmer, aussi bien connu pour avoir travaillé sur Pirates des Caraïbes et Gladiator que pour la trilogie Dark Knight, Inception ou encore Interstellar. Comme Goldsmith, il a beaucoup expérimenté, notamment dans le mélange des genres, et tout particulièrement de la musique orchestrale et électronique, le plus souvent ponctuées d’à-coups violents de basses qui ont fait son succès, et que l’on retrouve dans une grande partie du cinéma d’action moderne.

Musique et cinéma ont leur existence propre.

Mais le cinéma et la musique n’ont pas besoin d’être fidèles l’un à l’autre pour exister. Quand un cinéaste réexploite une musique du répertoire classique, même s’il lui donne une nouvelle image, il ne redéfinit pas le morceau. Il en va de même pour les compositions originales, qu’il est possible d’acheter en CDs, et donc d’écouter sans les images du film sous les yeux. Avant l’arrivée des vidéoclubs, il s’agissait du meilleur moyen pour « revisionner » un film une fois qu’il ne passait plus en salles. C’est notamment une démarche qui inspire la filmographie de Quentin Tarantino. En effet, sa forte cinéphilie a une grande influence sur son propre cinéma, très référencé, jusque dans sa musique. Il explique notamment l’impact des soundtracks sur son imaginaire. Quand il avait envie de revoir un film, il achetait sa BO pour en retrouver le contenu. Cependant, petit à petit, ces images disparaissent pour devenir celles que Tarantino fantasme, et que la musique stimule. Il réutilise cette technique sur l’écriture de ses propres films. Quand il est prêt à écrire un scénario ou qu’il commence à penser à une histoire, il imagine certaines scènes selon des morceaux qu’il affectionne, à l’exemple du générique de Django Unchained, basé sur la chanson du film Django de Sergio Corbucci, et qui reprend les mêmes motifs visuels en hommage (on pourrait aussi citer Inglourious Basterds avec Cat People de David Bowie, provenant du film La Féline de Paul Schrader). Cette méthode repose en fait sur le principe de la synesthésie, qui est un processus neurologique qui associe deux sens entre eux. Par exemple, les mots peuvent évoquer le goût, ou des couleurs. Ici, c’est l’ouïe et la vue qui sont en communication, la musique faisant apparaître des images. C’est pourquoi une bande-originale possède une existence propre, voire s’ancre dans l’inconscient collectif, sans même que le public ne sache de quel film cette musique est issue.

Les images et la musique parviennent donc à être reconnues dans leur identité propre. Pendant longtemps, l’appellation « musique de film » était mal perçue par les institutions classiques, pensant qu’elle était exploitée en tant qu’art inférieur par l’art supérieur qu’aurait été le cinéma. Or, cette reconnaissance de l’apport de la musique au cinéma (et vice-versa) voit aujourd’hui l’émergence d’événements spécialement conçus pour la musique de films. Par exemple l’orchestre cinématographique de Paris y est entièrement dédié, et il la promeut à travers des concerts. Plus généralement, il y a aussi l’émergence depuis les années 2000 du ciné-concert, dans lequel un film est projeté sans sa BO, qui est jouée par un véritable orchestre. Du Seigneur des Anneaux à Retour vers le futur en passant par Indiana Jones, ces films déjà connus pour leurs thèmes mythiques se retrouvent à mettre encore plus leur musique en avant durant ces concerts. Ce rendu physique de la musique par l’orchestre fait d’autant plus exister cette dernière, sans qu’elle n’empiète sur le film pour autant. C’est cette séparation de l’image et de la musique qui leur permettent de mieux se retrouver, et de se sublimer ensemble.

Du coup, pour le plaisir :

Après le plébiscite critique et public de son Hippocrate, information pills c’est avec ce Médecin de campagne que nous revient Thomas Lilti. Il explore ainsi de nouvelles problématiques liées à cette profession qui le passionne et qu’il a lui même pratiquée. Il nous offre un beau moment de cinéma à travers cette histoire mêlant habilement des scènes d’un naturalisme de bon aloi à de la fiction suscitant de fortes émotions. Notre Cinéphile Reporter eu le privilège de rencontrer ce cinéaste étonnant.

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Après avoir traité l’univers médical à l’hôpital dans Hippocrate, more about vous le traitez cette fois-ci à la campagne… Qu’est ce qui vous a donné envie de vous plonger dans cet univers plus réduit ?

TL : Je tenais à montrer à quel point la désertification médicale dans les campagnes est problématique. Les jeunes médecins ne veulent plus s’y installer. Il y a tout un arsenal de stratégies qui est mis en place pour les maintenir mais ces outils fonctionnent mal. Après, clinic tel que je le montre dans le film, il est vrai que c’est un métier difficile, très solitaire, avec beaucoup de sacrifices, où l’on a parfois un rôle davantage social que médical. Les jeunes ne veulent plus pratiquer la médecine de cette façon là. Mais c’est toute la campagne qui est désertée car il n’y a pas d’école, pas d’emploi, pas de collège. Pour les médecins qui s’y installent, leur conjoint peut se retrouver en inactivité complète. Les politiques sont complètement dépassées pour trouver des solutions. Le film n’en apporte d’ailleurs pas vraiment mais j’espère qu’il donne une vision assez positive de ce métier et du lien social qu’il apporte pour aider au vivre ensemble. Espérons que ça pourra inciter les jeunes médecins à le considérer autrement.

Vous qui avez été médecin et qui avez pratiqué à la campagne, quelles différences fondamentales percevez-vous entre la pratique médicale à la ville et à la campagne ?

TL : Le médecin de ville et le médecin de campagne peuvent potentiellement se ressembler mais en ville il y a de la concurrence et plusieurs médecins. A la campagne, le médecin est seul, il est au cœur du village, il aide à lutter contre l’isolement, il suit des générations d’une même famille, il connaît les secrets de tout le monde. C’est celui à qui on se confie pour toutes les grandes décisions de vies qui ont de grandes répercussions. Il est peut être le seul vrai confident, il participe au lien social entre tous les gens d’un village et c’est en cela que la pratique est différente par rapport à celle du médecin de ville. Un bon médecin, c’est un savoir scientifique avec des qualités techniques associées à des qualités humaines. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

Vous qui êtes très familier de cet univers et de cette problématique, quelles solutions pensez vous qu’il faille mettre en place pour y remédier ?

TL : Je pense que les solutions que l’on propose actuellement ne sont pas bonnes socialement. Je ne crois pas du tout aux maisons de santé car elles représentent le plus souvent une opportunité pour les maires de village de faire venir des subventions et de faire travailler l’économie locale en offrant des emplois. Mais si par la suite, il n’y a personne à mettre dedans, ça ne sert à rien sur du long terme. Même s’il y a des exceptions où ça se passe bien. Ce qu’il faut avant tout, c’est que le médecin de campagne soit moins isolé, moins seul. Mais c’est quelque chose d’utopique puisqu’il n’y a pas assez de médecin. Le problème vient vraiment de la formation. Il faut savoir qu’un médecin sur quatre travaille comme libéral et trois sur quatre à l’hôpital comme salarié. D’autres disparaissent dans la nature, j’en suis d’ailleurs un exemple puisque j’ai été médecin et qu’aujourd’hui je suis cinéaste. Actuellement, la formation des étudiants en médecine est trop « hospitalo-centrée ». On veut former des médecins pour qu’ils s’installent en libéral ou à la campagne mais sur les neuf années d’études, huit et demie se font à l’hôpital et seulement six mois se font en stage chez le praticien. Ce qui est complètement aberrant puisque c’est sur le terrain qu’ils vont apprendre le plus. Donc il faudrait qu’il y ait davantage de stages en cabinet de villes et ceux-là devraient avoir un statut d’universitaire-enseignant et pas de médecin-maitre de stage. L’autre problème que j’évoquais déjà dans Hippocrate, c’est que la sélection à l’entrée en première année de médecine se fait essentiellement sur des matières scientifiques très élitistes. Donc on sélectionne les candidats les plus doués scolairement mais qui n’ont pas nécessairement la fibre sociale, humaniste et empathique qu’un médecin doit avoir. Par exemple, les lauréats d’un Bac Littéraire ne peuvent pas réussir en médecine. Or certains d’entre eux ont peut être choisi la filière Littéraire uniquement parce qu’ils n’étaient pas suffisamment doués en maths pour faire un Bac Scientifique. Et c’est vraiment dommage que sous prétexte qu’un candidat ne soit pas bon en maths, il ne puisse pas aller en médecine s’il le souhaite alors que les maths n’y sont pas très utiles.

En fait voilà qui est dit. Ce film traite d’un problème de société à travers la réorganisation du territoire en prenant en compte la désertification des campagnes. Très riche, presque « informatif », il l’est également dans sa dimension romanesque très importante avec notamment ce qui ressemble à un début d’histoire d’amour entre ce médecin aguerri et cette novice qui débarque à la campagne pour l’assister… Comment expliquez-vous leur rapprochement qui est montré de manière très délicate mais jamais flagrante ?

TL : L’arrivée du personnage de Nathalie (Marianne Denicourt) rompt la solitude du Docteur Werner (François Cluzet). Car le grand drame de ce médecin est celui de beaucoup de médecin de campagne où les sacrifices personnels sont tels qu’ils leur font pratiquer leur médecine dans une forme de solitude qui est assez douloureuse. Lui, dans un premier temps, la rejette car bien qu’il ait besoin d’aide, il lui est difficile d’accepter que son temps soit en quelque sorte révolu. Mais en découvrant l’amour de Nathalie pour la médecine, qui est le même que celui qu’il voue lui-même à cette profession, il commence à lui apporter son expérience de la pratique à la campagne. Et elle aussi, de son côté, lui apporte une expérience peut être un peu plus technique et une vision plus moderne de la médecine. La transmission est un des sujets au cœur du film et je pense que cet échange là, en plus de l’amour commun qu’ils ont pour leur métier, est le terreau d’une éventuelle histoire d’amour.

médecin-de-campagne

Vous donnez une très belle image de la campagne mais qui n’est jamais idyllique pour autant… Quelle était la direction artistique à suivre pour parvenir à cela ?

TL : J’ai été influencé aussi bien par des romans que par des documentaires et des livres de photographies sur la campagne et le métier de médecin de campagne. L’un d’entre eux s’appelait Un métier idéal et représentait assez bien la pratique de la médecine à la campagne en Angleterre dans les années 50. Tous ces outils de travail m’ont aidé à filmer une campagne que je voulais belle mais pas spectaculaire ni trop pittoresque ou touristique. C’est une campagne à laquelle on accède facilement, où on ne part pas en vacances. Je voulais approcher le quotidien de millions de gens qui vivent dans ces endroits coincés entre des lieux très déserts et des villes assez proches finalement.

La musique est également très entrainante, notamment lors de cette scène du « bal de country ». Là aussi, que vouliez vous faire passer comme idée à travers vos choix musicaux ?

TL : J’adore la country, d’autant plus qu’il y a plein de bals de ce type en France. Je trouve qu’ils racontent une idée de la communauté et d’un certain vivre ensemble qui me sont très chers. Ces bals sont à la fois ludiques, chaleureux et agréables à filmer. Sinon je souhaitais utiliser surtout de la musique électro-pop pour les autres scènes. En tout cas, je ne voulais rien qui soit trop classique et qui aurait amené un coté désuet à la campagne alors que je tenais à en donner une vision moderne.

On ne peut pas ne pas parler de vos deux comédiens, Marianne Denicourt et François Cluzet qui sont absolument remarquables de justesse. Que pouvez vous me dire sur eux ?

TL : Je ne tenais pas à réaliser un « Hippocrate au féminin » avec une jeune femme qui s’initierait à la vie et à la médecine. Je souhaitais parler de ces individus qui ont une seconde vie et qui entament une nouvelle carrière en tournant une page pour mieux commencer autre chose. Et Marianne a incarné cela brillamment en apportant à la fois beaucoup de charisme, de force et de douceur à son personnage. Concernant François, je voulais un acteur populaire de sa génération pour jouer une sorte de héros populaire car c’est ce qu’est le médecin de campagne. Ça a été un vrai plaisir de travailler avec lui. Il est à la fois très humain et généreux mais possède aussi une certaine colère en lui. C’est quelqu’un qui peut être assez révolté quant à des questions sociales qui lui tiennent à coeur. Ce rôle a donc été très introspectif pour lui car il y a mis tous ces éléments.

Et enfin, pour conclure, ce que j’aime dans votre cinéma, c’est le fait que vous traitiez des sujets de société importants tout en faisant des vraies fictions avec des enjeux humains et émotionnels très forts… Comment concevez-vous votre raison et votre façon de faire des films ?

TL : Tu as très bien résumé. J’ai compris que ce qui est source d’inspiration pour moi c’est de faire un cinéma contemporain, engagé, qui parle de notre société et de ceux qui y vivent, avec nos problèmes de tout ordre. Ici, je traite des thèmes comme la désertification médicale, la disparition du médecin de campagne, la difficulté des accès aux soins, le droit à chacun de décider de mourir chez soi, mais j’ai aussi le souci de faire un divertissement où on va être ému, surpris et amusé. Tous ces éléments passent par le souffle romanesque qui permet de raconter une belle histoire qui dépasse le sujet social. Donc si après avoir vu un de mes films, le public a pu se questionner sur des sujets de société et s’interroger sur la réalité de notre monde actuel tout en ayant vécu des émotions et passé un bon moment de cinéma, c’est que j’ai réussi mon pari.

Voilà des paroles qui résument parfaitement l’esprit de ce beau film, courageux, fort, humain et engagé. Du grand cinéma populaire… et très intelligent, ce qui n’est pas incompatible. A ne pas rater.

Propos recueillis par Le Cinéphile Reporter (Eurojournaliste)

Après le plébiscite critique et public de son « Hippocrate », rx c’est avec ce « Médecin de campagne » que nous revient Thomas Lilti. Il explore ainsi de nouvelles problématiques liées à cette profession qui le passionne et qu’il a lui même pratiquée. Il nous offre un beau moment de cinéma à travers cette histoire mêlant habilement des scènes d’un naturalisme de bon aloi à de la fiction suscitant de fortes émotions. Nous avons eu le privilège de rencontrer ce cinéaste étonnant.

Après avoir traité l’univers médical à l’hôpital dans « Hippocrate », abortion vous le traitez cette fois-ci à la campagne… Qu’est ce qui vous a donné envie de vous plonger dans cet univers plus réduit ?

TL : Je tenais à montrer à quel point la désertification médicale dans les campagnes est problématique. Les jeunes médecins ne veulent plus s’y installer. Il y a tout un arsenal de stratégies qui est mis en place pour les maintenir mais ces outils fonctionnent mal. Après, pilule tel que je le montre dans le film, il est vrai que c’est un métier difficile, très solitaire, avec beaucoup de sacrifices, où l’on a parfois un rôle davantage social que médical. Les jeunes ne veulent plus pratiquer la médecine de cette façon là. Mais c’est toute la campagne qui est désertée car il n’y a pas d’école, pas d’emploi, pas de collège. Pour les médecins qui s’y installent, leur conjoint peut se retrouver en inactivité complète. Les politiques sont complètement dépassées pour trouver des solutions. Le film n’en apporte d’ailleurs pas vraiment mais j’espère qu’il donne une vision assez positive de ce métier et du lien social qu’il apporte pour aider au vivre ensemble. Espérons que ça pourra inciter les jeunes médecins à le considérer autrement.

Vous qui avez été médecin et qui avez pratiqué à la campagne, quelles différences fondamentales percevez-vous entre la pratique médicale à la ville et à la campagne ?

TL : Le médecin de ville et le médecin de campagne peuvent potentiellement se ressembler mais en ville il y a de la concurrence et plusieurs médecins. A la campagne, le médecin est seul, il est au cœur du village, il aide à lutter contre l’isolement, il suit des générations d’une même famille, il connaît les secrets de tout le monde. C’est celui à qui on se confie pour toutes les grandes décisions de vies qui ont de grandes répercussions. Il est peut être le seul vrai confident, il participe au lien social entre tous les gens d’un village et c’est en cela que la pratique est différente par rapport à celle du médecin de ville. Un bon médecin, c’est un savoir scientifique avec des qualités techniques associées à des qualités humaines. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

Vous qui êtes très familier de cet univers et de cette problématique, quelles solutions pensez vous qu’il faille mettre en place pour y remédier ?

TL : Je pense que les solutions que l’on propose actuellement ne sont pas bonnes socialement. Je ne crois pas du tout aux maisons de santé car elles représentent le plus souvent une opportunité pour les maires de village de faire venir des subventions et de faire travailler l’économie locale en offrant des emplois. Mais si par la suite, il n’y a personne à mettre dedans, ça ne sert à rien sur du long terme. Même s’il y a des exceptions où ça se passe bien. Ce qu’il faut avant tout, c’est que le médecin de campagne soit moins isolé, moins seul. Mais c’est quelque chose d’utopique puisqu’il n’y a pas assez de médecin. Le problème vient vraiment de la formation. Il faut savoir qu’un médecin sur quatre travaille comme libéral et trois sur quatre à l’hôpital comme salarié. D’autres disparaissent dans la nature, j’en suis d’ailleurs un exemple puisque j’ai été médecin et qu’aujourd’hui je suis cinéaste. Actuellement, la formation des étudiants en médecine est trop « hospitalo-centrée ». On veut former des médecins pour qu’ils s’installent en libéral ou à la campagne mais sur les neuf années d’études, huit et demie se font à l’hôpital et seulement six mois se font en stage chez le praticien. Ce qui est complètement aberrant puisque c’est sur le terrain qu’ils vont apprendre le plus. Donc il faudrait qu’il y ait davantage de stages en cabinet de villes et ceux-là devraient avoir un statut d’universitaire-enseignant et pas de médecin-maitre de stage. L’autre problème que j’évoquais déjà dans « Hippocrate », c’est que la sélection à l’entrée en première année de médecine se fait essentiellement sur des matières scientifiques très élitistes. Donc on sélectionne les candidats les plus doués scolairement mais qui n’ont pas nécessairement la fibre sociale, humaniste et empathique qu’un médecin doit avoir. Par exemple, les lauréats d’un Bac Littéraire ne peuvent pas réussir en médecine. Or certains d’entre eux ont peut être choisi la filière Littéraire uniquement parce qu’ils n’étaient pas suffisamment doués en maths pour faire un Bac Scientifique. Et c’est vraiment dommage que sous prétexte qu’un candidat ne soit pas bon en maths, il ne puisse pas aller en médecine s’il le souhaite alors que les maths n’y sont pas très utiles.

En fait voilà qui est dit. Ce film traite d’un problème de société à travers la réorganisation du territoire en prenant en compte la désertification des campagnes. Très riche, presque « informatif », il l’est également dans sa dimension romanesque très importante avec notamment ce qui ressemble à un début d’histoire d’amour entre ce médecin aguerri et cette novice qui débarque à la campagne pour l’assister… Comment expliquez-vous leur rapprochement qui est montré de manière très délicate mais jamais flagrante ?

TL : L’arrivée du personnage de Nathalie (Marianne Denicourt) rompt la solitude du Docteur Werner (François Cluzet). Car le grand drame de ce médecin est celui de beaucoup de médecin de campagne où les sacrifices personnels sont tels qu’ils leur font pratiquer leur médecine dans une forme de solitude qui est assez douloureuse. Lui, dans un premier temps, la rejette car bien qu’il ait besoin d’aide, il lui est difficile d’accepter que son temps soit en quelque sorte révolu. Mais en découvrant l’amour de Nathalie pour la médecine, qui est le même que celui qu’il voue lui-même à cette profession, il commence à lui apporter son expérience de la pratique à la campagne. Et elle aussi, de son côté, lui apporte une expérience peut être un peu plus technique et une vision plus moderne de la médecine. La transmission est un des sujets au cœur du film et je pense que cet échange là, en plus de l’amour commun qu’ils ont pour leur métier, est le terreau d’une éventuelle histoire d’amour.

Vous donnez une très belle image de la campagne mais qui n’est jamais idyllique pour autant… Quelle était la direction artistique à suivre pour parvenir à cela ?

TL : J’ai été influencé aussi bien par des romans que par des documentaires et des livres de photographies sur la campagne et le métier de médecin de campagne. L’un d’entre eux s’appelait « Un métier idéal » et représentait assez bien la pratique de la médecine à la campagne en Angleterre dans les années 50. Tous ces outils de travail m’ont aidé à filmer une campagne que je voulais belle mais pas spectaculaire ni trop pittoresque ou touristique. C’est une campagne à laquelle on accède facilement, où on ne part pas en vacances. Je voulais approcher le quotidien de millions de gens qui vivent dans ces endroits coincés entre des lieux très déserts et des villes assez proches finalement.

La musique est également très entrainante, notamment lors de cette scène du « bal de country ». Là aussi, que vouliez vous faire passer comme idée à travers vos choix musicaux ?

TL : J’adore la country, d’autant plus qu’il y a plein de bals de ce type en France. Je trouve qu’ils racontent une idée de la communauté et d’un certain vivre ensemble qui me sont très chers. Ces bals sont à la fois ludiques, chaleureux et agréables à filmer. Sinon je souhaitais utiliser surtout de la musique électro-pop pour les autres scènes. En tout cas, je ne voulais rien qui soit trop classique et qui aurait amené un coté désuet à la campagne alors que je tenais à en donner une vision moderne.

On ne peut pas ne pas parler de vos deux comédiens, Marianne Denicourt et François Cluzet qui sont absolument remarquables de justesse. Que pouvez vous me dire sur eux ?

TL : Je ne tenais pas à réaliser un « Hippocrate au féminin » avec une jeune femme qui s’initierait à la vie et à la médecine. Je souhaitais parler de ces individus qui ont une seconde vie et qui entament une nouvelle carrière en tournant une page pour mieux commencer autre chose. Et Marianne a incarné cela brillamment en apportant à la fois beaucoup de charisme, de force et de douceur à son personnage. Concernant François, je voulais un acteur populaire de sa génération pour jouer une sorte de héros populaire car c’est ce qu’est le médecin de campagne. Ça a été un vrai plaisir de travailler avec lui. Il est à la fois très humain et généreux mais possède aussi une certaine colère en lui. C’est quelqu’un qui peut être assez révolté quant à des questions sociales qui lui tiennent à coeur. Ce rôle a donc été très introspectif pour lui car il y a mis tous ces éléments.

Et enfin, pour conclure, ce que j’aime dans votre cinéma, c’est le fait que vous traitiez des sujets de société importants tout en faisant des vraies fictions avec des enjeux humains et émotionnels très forts… Comment concevez-vous votre raison et votre façon de faire des films ?

TL : Tu as très bien résumé. J’ai compris que ce qui est source d’inspiration pour moi c’est de faire un cinéma contemporain, engagé, qui parle de notre société et de ceux qui y vivent, avec nos problèmes de tout ordre. Ici, je traite des thèmes comme la désertification médicale, la disparition du médecin de campagne, la difficulté des accès aux soins, le droit à chacun de décider de mourir chez soi, mais j’ai aussi le souci de faire un divertissement où on va être ému, surpris et amusé. Tous ces éléments passent par le souffle romanesque qui permet de raconter une belle histoire qui dépasse le sujet social. Donc si après avoir vu un de mes films, le public a pu se questionner sur des sujets de société et s’interroger sur la réalité de notre monde actuel tout en ayant vécu des émotions et passé un bon moment de cinéma, c’est que j’ai réussi mon pari.

Voilà des paroles qui résument parfaitement l’esprit de ce beau film, courageux, fort, humain et engagé. Du grand cinéma populaire… et très intelligent, ce qui n’est pas incompatible. A ne pas rater.

 Lien youtube de la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=ByCWXGkdkj0

Après le plébiscite critique et public de son « Hippocrate », no rx c’est avec ce « Médecin de campagne » que nous revient Thomas Lilti. Il explore ainsi de nouvelles problématiques liées à cette profession qui le passionne et qu’il a lui même pratiquée. Il nous offre un beau moment de cinéma à travers cette histoire mêlant habilement des scènes d’un naturalisme de bon aloi à de la fiction suscitant de fortes émotions. Nous avons eu le privilège de rencontrer ce cinéaste étonnant.

Après avoir traité l’univers médical à l’hôpital dans « Hippocrate », look vous le traitez cette fois-ci à la campagne… Qu’est ce qui vous a donné envie de vous plonger dans cet univers plus réduit ?

TL : Je tenais à montrer à quel point la désertification médicale dans les campagnes est problématique. Les jeunes médecins ne veulent plus s’y installer. Il y a tout un arsenal de stratégies qui est mis en place pour les maintenir mais ces outils fonctionnent mal. Après, erectile tel que je le montre dans le film, il est vrai que c’est un métier difficile, très solitaire, avec beaucoup de sacrifices, où l’on a parfois un rôle davantage social que médical. Les jeunes ne veulent plus pratiquer la médecine de cette façon là. Mais c’est toute la campagne qui est désertée car il n’y a pas d’école, pas d’emploi, pas de collège. Pour les médecins qui s’y installent, leur conjoint peut se retrouver en inactivité complète. Les politiques sont complètement dépassées pour trouver des solutions. Le film n’en apporte d’ailleurs pas vraiment mais j’espère qu’il donne une vision assez positive de ce métier et du lien social qu’il apporte pour aider au vivre ensemble. Espérons que ça pourra inciter les jeunes médecins à le considérer autrement.

Vous qui avez été médecin et qui avez pratiqué à la campagne, quelles différences fondamentales percevez-vous entre la pratique médicale à la ville et à la campagne ?

TL : Le médecin de ville et le médecin de campagne peuvent potentiellement se ressembler mais en ville il y a de la concurrence et plusieurs médecins. A la campagne, le médecin est seul, il est au cœur du village, il aide à lutter contre l’isolement, il suit des générations d’une même famille, il connaît les secrets de tout le monde. C’est celui à qui on se confie pour toutes les grandes décisions de vies qui ont de grandes répercussions. Il est peut être le seul vrai confident, il participe au lien social entre tous les gens d’un village et c’est en cela que la pratique est différente par rapport à celle du médecin de ville. Un bon médecin, c’est un savoir scientifique avec des qualités techniques associées à des qualités humaines. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

Vous qui êtes très familier de cet univers et de cette problématique, quelles solutions pensez vous qu’il faille mettre en place pour y remédier ?

TL : Je pense que les solutions que l’on propose actuellement ne sont pas bonnes socialement. Je ne crois pas du tout aux maisons de santé car elles représentent le plus souvent une opportunité pour les maires de village de faire venir des subventions et de faire travailler l’économie locale en offrant des emplois. Mais si par la suite, il n’y a personne à mettre dedans, ça ne sert à rien sur du long terme. Même s’il y a des exceptions où ça se passe bien. Ce qu’il faut avant tout, c’est que le médecin de campagne soit moins isolé, moins seul. Mais c’est quelque chose d’utopique puisqu’il n’y a pas assez de médecin. Le problème vient vraiment de la formation. Il faut savoir qu’un médecin sur quatre travaille comme libéral et trois sur quatre à l’hôpital comme salarié. D’autres disparaissent dans la nature, j’en suis d’ailleurs un exemple puisque j’ai été médecin et qu’aujourd’hui je suis cinéaste. Actuellement, la formation des étudiants en médecine est trop « hospitalo-centrée ». On veut former des médecins pour qu’ils s’installent en libéral ou à la campagne mais sur les neuf années d’études, huit et demie se font à l’hôpital et seulement six mois se font en stage chez le praticien. Ce qui est complètement aberrant puisque c’est sur le terrain qu’ils vont apprendre le plus. Donc il faudrait qu’il y ait davantage de stages en cabinet de villes et ceux-là devraient avoir un statut d’universitaire-enseignant et pas de médecin-maitre de stage. L’autre problème que j’évoquais déjà dans « Hippocrate », c’est que la sélection à l’entrée en première année de médecine se fait essentiellement sur des matières scientifiques très élitistes. Donc on sélectionne les candidats les plus doués scolairement mais qui n’ont pas nécessairement la fibre sociale, humaniste et empathique qu’un médecin doit avoir. Par exemple, les lauréats d’un Bac Littéraire ne peuvent pas réussir en médecine. Or certains d’entre eux ont peut être choisi la filière Littéraire uniquement parce qu’ils n’étaient pas suffisamment doués en maths pour faire un Bac Scientifique. Et c’est vraiment dommage que sous prétexte qu’un candidat ne soit pas bon en maths, il ne puisse pas aller en médecine s’il le souhaite alors que les maths n’y sont pas très utiles.

En fait voilà qui est dit. Ce film traite d’un problème de société à travers la réorganisation du territoire en prenant en compte la désertification des campagnes. Très riche, presque « informatif », il l’est également dans sa dimension romanesque très importante avec notamment ce qui ressemble à un début d’histoire d’amour entre ce médecin aguerri et cette novice qui débarque à la campagne pour l’assister… Comment expliquez-vous leur rapprochement qui est montré de manière très délicate mais jamais flagrante ?

TL : L’arrivée du personnage de Nathalie (Marianne Denicourt) rompt la solitude du Docteur Werner (François Cluzet). Car le grand drame de ce médecin est celui de beaucoup de médecin de campagne où les sacrifices personnels sont tels qu’ils leur font pratiquer leur médecine dans une forme de solitude qui est assez douloureuse. Lui, dans un premier temps, la rejette car bien qu’il ait besoin d’aide, il lui est difficile d’accepter que son temps soit en quelque sorte révolu. Mais en découvrant l’amour de Nathalie pour la médecine, qui est le même que celui qu’il voue lui-même à cette profession, il commence à lui apporter son expérience de la pratique à la campagne. Et elle aussi, de son côté, lui apporte une expérience peut être un peu plus technique et une vision plus moderne de la médecine. La transmission est un des sujets au cœur du film et je pense que cet échange là, en plus de l’amour commun qu’ils ont pour leur métier, est le terreau d’une éventuelle histoire d’amour.

Vous donnez une très belle image de la campagne mais qui n’est jamais idyllique pour autant… Quelle était la direction artistique à suivre pour parvenir à cela ?

TL : J’ai été influencé aussi bien par des romans que par des documentaires et des livres de photographies sur la campagne et le métier de médecin de campagne. L’un d’entre eux s’appelait « Un métier idéal » et représentait assez bien la pratique de la médecine à la campagne en Angleterre dans les années 50. Tous ces outils de travail m’ont aidé à filmer une campagne que je voulais belle mais pas spectaculaire ni trop pittoresque ou touristique. C’est une campagne à laquelle on accède facilement, où on ne part pas en vacances. Je voulais approcher le quotidien de millions de gens qui vivent dans ces endroits coincés entre des lieux très déserts et des villes assez proches finalement.

La musique est également très entrainante, notamment lors de cette scène du « bal de country ». Là aussi, que vouliez vous faire passer comme idée à travers vos choix musicaux ?

TL : J’adore la country, d’autant plus qu’il y a plein de bals de ce type en France. Je trouve qu’ils racontent une idée de la communauté et d’un certain vivre ensemble qui me sont très chers. Ces bals sont à la fois ludiques, chaleureux et agréables à filmer. Sinon je souhaitais utiliser surtout de la musique électro-pop pour les autres scènes. En tout cas, je ne voulais rien qui soit trop classique et qui aurait amené un coté désuet à la campagne alors que je tenais à en donner une vision moderne.

On ne peut pas ne pas parler de vos deux comédiens, Marianne Denicourt et François Cluzet qui sont absolument remarquables de justesse. Que pouvez vous me dire sur eux ?

TL : Je ne tenais pas à réaliser un « Hippocrate au féminin » avec une jeune femme qui s’initierait à la vie et à la médecine. Je souhaitais parler de ces individus qui ont une seconde vie et qui entament une nouvelle carrière en tournant une page pour mieux commencer autre chose. Et Marianne a incarné cela brillamment en apportant à la fois beaucoup de charisme, de force et de douceur à son personnage. Concernant François, je voulais un acteur populaire de sa génération pour jouer une sorte de héros populaire car c’est ce qu’est le médecin de campagne. Ça a été un vrai plaisir de travailler avec lui. Il est à la fois très humain et généreux mais possède aussi une certaine colère en lui. C’est quelqu’un qui peut être assez révolté quant à des questions sociales qui lui tiennent à coeur. Ce rôle a donc été très introspectif pour lui car il y a mis tous ces éléments.

Et enfin, pour conclure, ce que j’aime dans votre cinéma, c’est le fait que vous traitiez des sujets de société importants tout en faisant des vraies fictions avec des enjeux humains et émotionnels très forts… Comment concevez-vous votre raison et votre façon de faire des films ?

TL : Tu as très bien résumé. J’ai compris que ce qui est source d’inspiration pour moi c’est de faire un cinéma contemporain, engagé, qui parle de notre société et de ceux qui y vivent, avec nos problèmes de tout ordre. Ici, je traite des thèmes comme la désertification médicale, la disparition du médecin de campagne, la difficulté des accès aux soins, le droit à chacun de décider de mourir chez soi, mais j’ai aussi le souci de faire un divertissement où on va être ému, surpris et amusé. Tous ces éléments passent par le souffle romanesque qui permet de raconter une belle histoire qui dépasse le sujet social. Donc si après avoir vu un de mes films, le public a pu se questionner sur des sujets de société et s’interroger sur la réalité de notre monde actuel tout en ayant vécu des émotions et passé un bon moment de cinéma, c’est que j’ai réussi mon pari.

Voilà des paroles qui résument parfaitement l’esprit de ce beau film, courageux, fort, humain et engagé. Du grand cinéma populaire… et très intelligent, ce qui n’est pas incompatible. A ne pas rater.

 Lien youtube de la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=ByCWXGkdkj0

Après le plébiscite critique et public de son « Hippocrate », cheapest c’est avec ce « Médecin de campagne » que nous revient Thomas Lilti. Il explore ainsi de nouvelles problématiques liées à cette profession qui le passionne et qu’il a lui même pratiquée. Il nous offre un beau moment de cinéma à travers cette histoire mêlant habilement des scènes d’un naturalisme de bon aloi à de la fiction suscitant de fortes émotions. Nous avons eu le privilège de rencontrer ce cinéaste étonnant.

Après avoir traité l’univers médical à l’hôpital dans « Hippocrate », for sale vous le traitez cette fois-ci à la campagne… Qu’est ce qui vous a donné envie de vous plonger dans cet univers plus réduit ?

TL : Je tenais à montrer à quel point la désertification médicale dans les campagnes est problématique. Les jeunes médecins ne veulent plus s’y installer. Il y a tout un arsenal de stratégies qui est mis en place pour les maintenir mais ces outils fonctionnent mal. Après, tel que je le montre dans le film, il est vrai que c’est un métier difficile, très solitaire, avec beaucoup de sacrifices, où l’on a parfois un rôle davantage social que médical. Les jeunes ne veulent plus pratiquer la médecine de cette façon là. Mais c’est toute la campagne qui est désertée car il n’y a pas d’école, pas d’emploi, pas de collège. Pour les médecins qui s’y installent, leur conjoint peut se retrouver en inactivité complète. Les politiques sont complètement dépassées pour trouver des solutions. Le film n’en apporte d’ailleurs pas vraiment mais j’espère qu’il donne une vision assez positive de ce métier et du lien social qu’il apporte pour aider au vivre ensemble. Espérons que ça pourra inciter les jeunes médecins à le considérer autrement.

Vous qui avez été médecin et qui avez pratiqué à la campagne, quelles différences fondamentales percevez-vous entre la pratique médicale à la ville et à la campagne ?

TL : Le médecin de ville et le médecin de campagne peuvent potentiellement se ressembler mais en ville il y a de la concurrence et plusieurs médecins. A la campagne, le médecin est seul, il est au cœur du village, il aide à lutter contre l’isolement, il suit des générations d’une même famille, il connaît les secrets de tout le monde. C’est celui à qui on se confie pour toutes les grandes décisions de vies qui ont de grandes répercussions. Il est peut être le seul vrai confident, il participe au lien social entre tous les gens d’un village et c’est en cela que la pratique est différente par rapport à celle du médecin de ville. Un bon médecin, c’est un savoir scientifique avec des qualités techniques associées à des qualités humaines. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

Vous qui êtes très familier de cet univers et de cette problématique, quelles solutions pensez vous qu’il faille mettre en place pour y remédier ?

TL : Je pense que les solutions que l’on propose actuellement ne sont pas bonnes socialement. Je ne crois pas du tout aux maisons de santé car elles représentent le plus souvent une opportunité pour les maires de village de faire venir des subventions et de faire travailler l’économie locale en offrant des emplois. Mais si par la suite, il n’y a personne à mettre dedans, ça ne sert à rien sur du long terme. Même s’il y a des exceptions où ça se passe bien. Ce qu’il faut avant tout, c’est que le médecin de campagne soit moins isolé, moins seul. Mais c’est quelque chose d’utopique puisqu’il n’y a pas assez de médecin. Le problème vient vraiment de la formation. Il faut savoir qu’un médecin sur quatre travaille comme libéral et trois sur quatre à l’hôpital comme salarié. D’autres disparaissent dans la nature, j’en suis d’ailleurs un exemple puisque j’ai été médecin et qu’aujourd’hui je suis cinéaste. Actuellement, la formation des étudiants en médecine est trop « hospitalo-centrée ». On veut former des médecins pour qu’ils s’installent en libéral ou à la campagne mais sur les neuf années d’études, huit et demie se font à l’hôpital et seulement six mois se font en stage chez le praticien. Ce qui est complètement aberrant puisque c’est sur le terrain qu’ils vont apprendre le plus. Donc il faudrait qu’il y ait davantage de stages en cabinet de villes et ceux-là devraient avoir un statut d’universitaire-enseignant et pas de médecin-maitre de stage. L’autre problème que j’évoquais déjà dans « Hippocrate », c’est que la sélection à l’entrée en première année de médecine se fait essentiellement sur des matières scientifiques très élitistes. Donc on sélectionne les candidats les plus doués scolairement mais qui n’ont pas nécessairement la fibre sociale, humaniste et empathique qu’un médecin doit avoir. Par exemple, les lauréats d’un Bac Littéraire ne peuvent pas réussir en médecine. Or certains d’entre eux ont peut être choisi la filière Littéraire uniquement parce qu’ils n’étaient pas suffisamment doués en maths pour faire un Bac Scientifique. Et c’est vraiment dommage que sous prétexte qu’un candidat ne soit pas bon en maths, il ne puisse pas aller en médecine s’il le souhaite alors que les maths n’y sont pas très utiles.

En fait voilà qui est dit. Ce film traite d’un problème de société à travers la réorganisation du territoire en prenant en compte la désertification des campagnes. Très riche, presque « informatif », il l’est également dans sa dimension romanesque très importante avec notamment ce qui ressemble à un début d’histoire d’amour entre ce médecin aguerri et cette novice qui débarque à la campagne pour l’assister… Comment expliquez-vous leur rapprochement qui est montré de manière très délicate mais jamais flagrante ?

TL : L’arrivée du personnage de Nathalie (Marianne Denicourt) rompt la solitude du Docteur Werner (François Cluzet). Car le grand drame de ce médecin est celui de beaucoup de médecin de campagne où les sacrifices personnels sont tels qu’ils leur font pratiquer leur médecine dans une forme de solitude qui est assez douloureuse. Lui, dans un premier temps, la rejette car bien qu’il ait besoin d’aide, il lui est difficile d’accepter que son temps soit en quelque sorte révolu. Mais en découvrant l’amour de Nathalie pour la médecine, qui est le même que celui qu’il voue lui-même à cette profession, il commence à lui apporter son expérience de la pratique à la campagne. Et elle aussi, de son côté, lui apporte une expérience peut être un peu plus technique et une vision plus moderne de la médecine. La transmission est un des sujets au cœur du film et je pense que cet échange là, en plus de l’amour commun qu’ils ont pour leur métier, est le terreau d’une éventuelle histoire d’amour.

Vous donnez une très belle image de la campagne mais qui n’est jamais idyllique pour autant… Quelle était la direction artistique à suivre pour parvenir à cela ?

TL : J’ai été influencé aussi bien par des romans que par des documentaires et des livres de photographies sur la campagne et le métier de médecin de campagne. L’un d’entre eux s’appelait « Un métier idéal » et représentait assez bien la pratique de la médecine à la campagne en Angleterre dans les années 50. Tous ces outils de travail m’ont aidé à filmer une campagne que je voulais belle mais pas spectaculaire ni trop pittoresque ou touristique. C’est une campagne à laquelle on accède facilement, où on ne part pas en vacances. Je voulais approcher le quotidien de millions de gens qui vivent dans ces endroits coincés entre des lieux très déserts et des villes assez proches finalement.

La musique est également très entrainante, notamment lors de cette scène du « bal de country ». Là aussi, que vouliez vous faire passer comme idée à travers vos choix musicaux ?

TL : J’adore la country, d’autant plus qu’il y a plein de bals de ce type en France. Je trouve qu’ils racontent une idée de la communauté et d’un certain vivre ensemble qui me sont très chers. Ces bals sont à la fois ludiques, chaleureux et agréables à filmer. Sinon je souhaitais utiliser surtout de la musique électro-pop pour les autres scènes. En tout cas, je ne voulais rien qui soit trop classique et qui aurait amené un coté désuet à la campagne alors que je tenais à en donner une vision moderne.

On ne peut pas ne pas parler de vos deux comédiens, Marianne Denicourt et François Cluzet qui sont absolument remarquables de justesse. Que pouvez vous me dire sur eux ?

TL : Je ne tenais pas à réaliser un « Hippocrate au féminin » avec une jeune femme qui s’initierait à la vie et à la médecine. Je souhaitais parler de ces individus qui ont une seconde vie et qui entament une nouvelle carrière en tournant une page pour mieux commencer autre chose. Et Marianne a incarné cela brillamment en apportant à la fois beaucoup de charisme, de force et de douceur à son personnage. Concernant François, je voulais un acteur populaire de sa génération pour jouer une sorte de héros populaire car c’est ce qu’est le médecin de campagne. Ça a été un vrai plaisir de travailler avec lui. Il est à la fois très humain et généreux mais possède aussi une certaine colère en lui. C’est quelqu’un qui peut être assez révolté quant à des questions sociales qui lui tiennent à coeur. Ce rôle a donc été très introspectif pour lui car il y a mis tous ces éléments.

Et enfin, pour conclure, ce que j’aime dans votre cinéma, c’est le fait que vous traitiez des sujets de société importants tout en faisant des vraies fictions avec des enjeux humains et émotionnels très forts… Comment concevez-vous votre raison et votre façon de faire des films ?

TL : Tu as très bien résumé. J’ai compris que ce qui est source d’inspiration pour moi c’est de faire un cinéma contemporain, engagé, qui parle de notre société et de ceux qui y vivent, avec nos problèmes de tout ordre. Ici, je traite des thèmes comme la désertification médicale, la disparition du médecin de campagne, la difficulté des accès aux soins, le droit à chacun de décider de mourir chez soi, mais j’ai aussi le souci de faire un divertissement où on va être ému, surpris et amusé. Tous ces éléments passent par le souffle romanesque qui permet de raconter une belle histoire qui dépasse le sujet social. Donc si après avoir vu un de mes films, le public a pu se questionner sur des sujets de société et s’interroger sur la réalité de notre monde actuel tout en ayant vécu des émotions et passé un bon moment de cinéma, c’est que j’ai réussi mon pari.

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TL : Je tenais à montrer à quel point la désertification médicale dans les campagnes est problématique. Les jeunes médecins ne veulent plus s’y installer. Il y a tout un arsenal de stratégies qui est mis en place pour les maintenir mais ces outils fonctionnent mal. Après, stuff tel que je le montre dans le film, il est vrai que c’est un métier difficile, très solitaire, avec beaucoup de sacrifices, où l’on a parfois un rôle davantage social que médical. Les jeunes ne veulent plus pratiquer la médecine de cette façon là. Mais c’est toute la campagne qui est désertée car il n’y a pas d’école, pas d’emploi, pas de collège. Pour les médecins qui s’y installent, leur conjoint peut se retrouver en inactivité complète. Les politiques sont complètement dépassées pour trouver des solutions. Le film n’en apporte d’ailleurs pas vraiment mais j’espère qu’il donne une vision assez positive de ce métier et du lien social qu’il apporte pour aider au vivre ensemble. Espérons que ça pourra inciter les jeunes médecins à le considérer autrement.

Vous qui avez été médecin et qui avez pratiqué à la campagne, quelles différences fondamentales percevez-vous entre la pratique médicale à la ville et à la campagne ?

TL : Le médecin de ville et le médecin de campagne peuvent potentiellement se ressembler mais en ville il y a de la concurrence et plusieurs médecins. A la campagne, le médecin est seul, il est au cœur du village, il aide à lutter contre l’isolement, il suit des générations d’une même famille, il connaît les secrets de tout le monde. C’est celui à qui on se confie pour toutes les grandes décisions de vies qui ont de grandes répercussions. Il est peut être le seul vrai confident, il participe au lien social entre tous les gens d’un village et c’est en cela que la pratique est différente par rapport à celle du médecin de ville. Un bon médecin, c’est un savoir scientifique avec des qualités techniques associées à des qualités humaines. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

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En fait voilà qui est dit. Ce film traite d’un problème de société à travers la réorganisation du territoire en prenant en compte la désertification des campagnes. Très riche, presque « informatif », il l’est également dans sa dimension romanesque très importante avec notamment ce qui ressemble à un début d’histoire d’amour entre ce médecin aguerri et cette novice qui débarque à la campagne pour l’assister… Comment expliquez-vous leur rapprochement qui est montré de manière très délicate mais jamais flagrante ?

TL : L’arrivée du personnage de Nathalie (Marianne Denicourt) rompt la solitude du Docteur Werner (François Cluzet). Car le grand drame de ce médecin est celui de beaucoup de médecin de campagne où les sacrifices personnels sont tels qu’ils leur font pratiquer leur médecine dans une forme de solitude qui est assez douloureuse. Lui, dans un premier temps, la rejette car bien qu’il ait besoin d’aide, il lui est difficile d’accepter que son temps soit en quelque sorte révolu. Mais en découvrant l’amour de Nathalie pour la médecine, qui est le même que celui qu’il voue lui-même à cette profession, il commence à lui apporter son expérience de la pratique à la campagne. Et elle aussi, de son côté, lui apporte une expérience peut être un peu plus technique et une vision plus moderne de la médecine. La transmission est un des sujets au cœur du film et je pense que cet échange là, en plus de l’amour commun qu’ils ont pour leur métier, est le terreau d’une éventuelle histoire d’amour.

Vous donnez une très belle image de la campagne mais qui n’est jamais idyllique pour autant… Quelle était la direction artistique à suivre pour parvenir à cela ?

TL : J’ai été influencé aussi bien par des romans que par des documentaires et des livres de photographies sur la campagne et le métier de médecin de campagne. L’un d’entre eux s’appelait « Un métier idéal » et représentait assez bien la pratique de la médecine à la campagne en Angleterre dans les années 50. Tous ces outils de travail m’ont aidé à filmer une campagne que je voulais belle mais pas spectaculaire ni trop pittoresque ou touristique. C’est une campagne à laquelle on accède facilement, où on ne part pas en vacances. Je voulais approcher le quotidien de millions de gens qui vivent dans ces endroits coincés entre des lieux très déserts et des villes assez proches finalement.

La musique est également très entrainante, notamment lors de cette scène du « bal de country ». Là aussi, que vouliez vous faire passer comme idée à travers vos choix musicaux ?

TL : J’adore la country, d’autant plus qu’il y a plein de bals de ce type en France. Je trouve qu’ils racontent une idée de la communauté et d’un certain vivre ensemble qui me sont très chers. Ces bals sont à la fois ludiques, chaleureux et agréables à filmer. Sinon je souhaitais utiliser surtout de la musique électro-pop pour les autres scènes. En tout cas, je ne voulais rien qui soit trop classique et qui aurait amené un coté désuet à la campagne alors que je tenais à en donner une vision moderne.

On ne peut pas ne pas parler de vos deux comédiens, Marianne Denicourt et François Cluzet qui sont absolument remarquables de justesse. Que pouvez vous me dire sur eux ?

TL : Je ne tenais pas à réaliser un « Hippocrate au féminin » avec une jeune femme qui s’initierait à la vie et à la médecine. Je souhaitais parler de ces individus qui ont une seconde vie et qui entament une nouvelle carrière en tournant une page pour mieux commencer autre chose. Et Marianne a incarné cela brillamment en apportant à la fois beaucoup de charisme, de force et de douceur à son personnage. Concernant François, je voulais un acteur populaire de sa génération pour jouer une sorte de héros populaire car c’est ce qu’est le médecin de campagne. Ça a été un vrai plaisir de travailler avec lui. Il est à la fois très humain et généreux mais possède aussi une certaine colère en lui. C’est quelqu’un qui peut être assez révolté quant à des questions sociales qui lui tiennent à coeur. Ce rôle a donc été très introspectif pour lui car il y a mis tous ces éléments.

Et enfin, pour conclure, ce que j’aime dans votre cinéma, c’est le fait que vous traitiez des sujets de société importants tout en faisant des vraies fictions avec des enjeux humains et émotionnels très forts… Comment concevez-vous votre raison et votre façon de faire des films ?

TL : Tu as très bien résumé. J’ai compris que ce qui est source d’inspiration pour moi c’est de faire un cinéma contemporain, engagé, qui parle de notre société et de ceux qui y vivent, avec nos problèmes de tout ordre. Ici, je traite des thèmes comme la désertification médicale, la disparition du médecin de campagne, la difficulté des accès aux soins, le droit à chacun de décider de mourir chez soi, mais j’ai aussi le souci de faire un divertissement où on va être ému, surpris et amusé. Tous ces éléments passent par le souffle romanesque qui permet de raconter une belle histoire qui dépasse le sujet social. Donc si après avoir vu un de mes films, le public a pu se questionner sur des sujets de société et s’interroger sur la réalité de notre monde actuel tout en ayant vécu des émotions et passé un bon moment de cinéma, c’est que j’ai réussi mon pari.

Voilà des paroles qui résument parfaitement l’esprit de ce beau film, courageux, fort, humain et engagé. Du grand cinéma populaire… et très intelligent, ce qui n’est pas incompatible. A ne pas rater.

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Après avoir traité l’univers médical à l’hôpital dans « Hippocrate », for sale vous le traitez cette fois-ci à la campagne… Qu’est ce qui vous a donné envie de vous plonger dans cet univers plus réduit ?

TL : Je tenais à montrer à quel point la désertification médicale dans les campagnes est problématique. Les jeunes médecins ne veulent plus s’y installer. Il y a tout un arsenal de stratégies qui est mis en place pour les maintenir mais ces outils fonctionnent mal. Après, tel que je le montre dans le film, il est vrai que c’est un métier difficile, très solitaire, avec beaucoup de sacrifices, où l’on a parfois un rôle davantage social que médical. Les jeunes ne veulent plus pratiquer la médecine de cette façon là. Mais c’est toute la campagne qui est désertée car il n’y a pas d’école, pas d’emploi, pas de collège. Pour les médecins qui s’y installent, leur conjoint peut se retrouver en inactivité complète. Les politiques sont complètement dépassées pour trouver des solutions. Le film n’en apporte d’ailleurs pas vraiment mais j’espère qu’il donne une vision assez positive de ce métier et du lien social qu’il apporte pour aider au vivre ensemble. Espérons que ça pourra inciter les jeunes médecins à le considérer autrement.

Vous qui avez été médecin et qui avez pratiqué à la campagne, quelles différences fondamentales percevez-vous entre la pratique médicale à la ville et à la campagne ?

TL : Le médecin de ville et le médecin de campagne peuvent potentiellement se ressembler mais en ville il y a de la concurrence et plusieurs médecins. A la campagne, le médecin est seul, il est au cœur du village, il aide à lutter contre l’isolement, il suit des générations d’une même famille, il connaît les secrets de tout le monde. C’est celui à qui on se confie pour toutes les grandes décisions de vies qui ont de grandes répercussions. Il est peut être le seul vrai confident, il participe au lien social entre tous les gens d’un village et c’est en cela que la pratique est différente par rapport à celle du médecin de ville. Un bon médecin, c’est un savoir scientifique avec des qualités techniques associées à des qualités humaines. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

Vous qui êtes très familier de cet univers et de cette problématique, quelles solutions pensez vous qu’il faille mettre en place pour y remédier ?

TL : Je pense que les solutions que l’on propose actuellement ne sont pas bonnes socialement. Je ne crois pas du tout aux maisons de santé car elles représentent le plus souvent une opportunité pour les maires de village de faire venir des subventions et de faire travailler l’économie locale en offrant des emplois. Mais si par la suite, il n’y a personne à mettre dedans, ça ne sert à rien sur du long terme. Même s’il y a des exceptions où ça se passe bien. Ce qu’il faut avant tout, c’est que le médecin de campagne soit moins isolé, moins seul. Mais c’est quelque chose d’utopique puisqu’il n’y a pas assez de médecin. Le problème vient vraiment de la formation. Il faut savoir qu’un médecin sur quatre travaille comme libéral et trois sur quatre à l’hôpital comme salarié. D’autres disparaissent dans la nature, j’en suis d’ailleurs un exemple puisque j’ai été médecin et qu’aujourd’hui je suis cinéaste. Actuellement, la formation des étudiants en médecine est trop « hospitalo-centrée ». On veut former des médecins pour qu’ils s’installent en libéral ou à la campagne mais sur les neuf années d’études, huit et demie se font à l’hôpital et seulement six mois se font en stage chez le praticien. Ce qui est complètement aberrant puisque c’est sur le terrain qu’ils vont apprendre le plus. Donc il faudrait qu’il y ait davantage de stages en cabinet de villes et ceux-là devraient avoir un statut d’universitaire-enseignant et pas de médecin-maitre de stage. L’autre problème que j’évoquais déjà dans « Hippocrate », c’est que la sélection à l’entrée en première année de médecine se fait essentiellement sur des matières scientifiques très élitistes. Donc on sélectionne les candidats les plus doués scolairement mais qui n’ont pas nécessairement la fibre sociale, humaniste et empathique qu’un médecin doit avoir. Par exemple, les lauréats d’un Bac Littéraire ne peuvent pas réussir en médecine. Or certains d’entre eux ont peut être choisi la filière Littéraire uniquement parce qu’ils n’étaient pas suffisamment doués en maths pour faire un Bac Scientifique. Et c’est vraiment dommage que sous prétexte qu’un candidat ne soit pas bon en maths, il ne puisse pas aller en médecine s’il le souhaite alors que les maths n’y sont pas très utiles.

En fait voilà qui est dit. Ce film traite d’un problème de société à travers la réorganisation du territoire en prenant en compte la désertification des campagnes. Très riche, presque « informatif », il l’est également dans sa dimension romanesque très importante avec notamment ce qui ressemble à un début d’histoire d’amour entre ce médecin aguerri et cette novice qui débarque à la campagne pour l’assister… Comment expliquez-vous leur rapprochement qui est montré de manière très délicate mais jamais flagrante ?

TL : L’arrivée du personnage de Nathalie (Marianne Denicourt) rompt la solitude du Docteur Werner (François Cluzet). Car le grand drame de ce médecin est celui de beaucoup de médecin de campagne où les sacrifices personnels sont tels qu’ils leur font pratiquer leur médecine dans une forme de solitude qui est assez douloureuse. Lui, dans un premier temps, la rejette car bien qu’il ait besoin d’aide, il lui est difficile d’accepter que son temps soit en quelque sorte révolu. Mais en découvrant l’amour de Nathalie pour la médecine, qui est le même que celui qu’il voue lui-même à cette profession, il commence à lui apporter son expérience de la pratique à la campagne. Et elle aussi, de son côté, lui apporte une expérience peut être un peu plus technique et une vision plus moderne de la médecine. La transmission est un des sujets au cœur du film et je pense que cet échange là, en plus de l’amour commun qu’ils ont pour leur métier, est le terreau d’une éventuelle histoire d’amour.

Vous donnez une très belle image de la campagne mais qui n’est jamais idyllique pour autant… Quelle était la direction artistique à suivre pour parvenir à cela ?

TL : J’ai été influencé aussi bien par des romans que par des documentaires et des livres de photographies sur la campagne et le métier de médecin de campagne. L’un d’entre eux s’appelait « Un métier idéal » et représentait assez bien la pratique de la médecine à la campagne en Angleterre dans les années 50. Tous ces outils de travail m’ont aidé à filmer une campagne que je voulais belle mais pas spectaculaire ni trop pittoresque ou touristique. C’est une campagne à laquelle on accède facilement, où on ne part pas en vacances. Je voulais approcher le quotidien de millions de gens qui vivent dans ces endroits coincés entre des lieux très déserts et des villes assez proches finalement.

La musique est également très entrainante, notamment lors de cette scène du « bal de country ». Là aussi, que vouliez vous faire passer comme idée à travers vos choix musicaux ?

TL : J’adore la country, d’autant plus qu’il y a plein de bals de ce type en France. Je trouve qu’ils racontent une idée de la communauté et d’un certain vivre ensemble qui me sont très chers. Ces bals sont à la fois ludiques, chaleureux et agréables à filmer. Sinon je souhaitais utiliser surtout de la musique électro-pop pour les autres scènes. En tout cas, je ne voulais rien qui soit trop classique et qui aurait amené un coté désuet à la campagne alors que je tenais à en donner une vision moderne.

On ne peut pas ne pas parler de vos deux comédiens, Marianne Denicourt et François Cluzet qui sont absolument remarquables de justesse. Que pouvez vous me dire sur eux ?

TL : Je ne tenais pas à réaliser un « Hippocrate au féminin » avec une jeune femme qui s’initierait à la vie et à la médecine. Je souhaitais parler de ces individus qui ont une seconde vie et qui entament une nouvelle carrière en tournant une page pour mieux commencer autre chose. Et Marianne a incarné cela brillamment en apportant à la fois beaucoup de charisme, de force et de douceur à son personnage. Concernant François, je voulais un acteur populaire de sa génération pour jouer une sorte de héros populaire car c’est ce qu’est le médecin de campagne. Ça a été un vrai plaisir de travailler avec lui. Il est à la fois très humain et généreux mais possède aussi une certaine colère en lui. C’est quelqu’un qui peut être assez révolté quant à des questions sociales qui lui tiennent à coeur. Ce rôle a donc été très introspectif pour lui car il y a mis tous ces éléments.

Et enfin, pour conclure, ce que j’aime dans votre cinéma, c’est le fait que vous traitiez des sujets de société importants tout en faisant des vraies fictions avec des enjeux humains et émotionnels très forts… Comment concevez-vous votre raison et votre façon de faire des films ?

TL : Tu as très bien résumé. J’ai compris que ce qui est source d’inspiration pour moi c’est de faire un cinéma contemporain, engagé, qui parle de notre société et de ceux qui y vivent, avec nos problèmes de tout ordre. Ici, je traite des thèmes comme la désertification médicale, la disparition du médecin de campagne, la difficulté des accès aux soins, le droit à chacun de décider de mourir chez soi, mais j’ai aussi le souci de faire un divertissement où on va être ému, surpris et amusé. Tous ces éléments passent par le souffle romanesque qui permet de raconter une belle histoire qui dépasse le sujet social. Donc si après avoir vu un de mes films, le public a pu se questionner sur des sujets de société et s’interroger sur la réalité de notre monde actuel tout en ayant vécu des émotions et passé un bon moment de cinéma, c’est que j’ai réussi mon pari.

Voilà des paroles qui résument parfaitement l’esprit de ce beau film, courageux, fort, humain et engagé. Du grand cinéma populaire… et très intelligent, ce qui n’est pas incompatible. A ne pas rater.

Propos recueillis par Le Cinéphile Reporter.

Julien Rappeneau, more about scénariste et fils du grand cinéaste français Jean-Paul Rappeneau, nous offre un premier film réjouissant, plein de charme et de finesse en portant à l’écran l’univers graphique de Camille Jourdy. On y suit le personnage de Vincent (Kyan Khojandi), un modeste coiffeur provincial qui voit sa vie bouleversée lorsqu’il rencontre Rosalie (Noémie Lvovsky), une épicière solitaire qu’il est persuadé d’avoir déjà rencontrée, sans être capable de se rappeler ni où ni comment. Il commence alors à suivre cette femme mystérieuse sans se douter que cette dernière l’a remarqué et le fait également suivre par sa nièce, Aude (Alice Isaaz). Ces trois là ne vont pas tarder à voir leur vie complètement chamboulée. Cette première œuvre s’annonce d’ors et déjà comme la révélation d’un cinéaste et la confirmation du talent singulier de la jeune Alice Isaaz. Notre Cinéphile Reporter a eu la chance de pouvoir interviewer ces deux artistes prometteurs.

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Julien, vous êtes un scénariste reconnu en France. Qu’est ce qui vous a donné envie de vous essayer à présent à la mise en scène ?

JR : J’ai eu un coup de cœur pour le roman graphique de Camille Jourdy et ses personnages que je trouvais tous particulièrement attachants. Et puis le ton que j’y ai décelé me correspondait également et m’a donné envie d’adapter cet univers dans un film. J’aime les fêlures de ces personnages ainsi que leur fragilité et le fait qu’ils soient un peu à côté de leur vie ou à un moment un peu figé de leur existence. Cela apporte de la gravité au récit mais sans nuire à l’humour et à la dérision.

Le film « ludique », c’est nouveau, car il embarque le spectateur dans une sorte de grand jeu de piste ?

JR : J’avais envie de jouer avec le public en apportant un aspect ludique en effet et jubilatoire au film, ce qui a demandé une construction très précise lors de l’écriture du scénario afin de laisser beaucoup d’espace aux personnages pour qu’on s’y attache. Toute cette histoire est conçue comme un grand puzzle qui se révèle peu à peu afin de surprendre le spectateur et de le tenir en haleine.

Justement, Alice, j’ai le sentiment qu’il s’agit de votre film le plus surprenant au niveau de sa structure… Vous êtes d’accord avec moi ?

AI : Complètement… Ce qui est amusant c’est que j’ai reçu le scénario pendant que je tournais En mai, fais ce qu’il te plait de Christian Carion. Je l’ai lu pendant les moments où j’étais dans ma loge en attendant qu’on vienne me chercher pour tourner mes scènes. Je n’arrivais pas à décrocher de ce que je lisais au point que j’espérais que l’équipe prenne du retard sur le plateau pour que je puisse continuer à dévorer le script (Rires). Je n’avais jamais vu ou lu une histoire avec une telle structure et c’est effectivement ce qui m’a attiré.

Ce qui est également plaisant, c’est l’épaisseur psychologique et émotionnelle apportée à ces personnages qui s’avèrent être des anonymes dans une petite ville de province et pas des super-héros.

JR : Je pense que c’est justement cela qui peut amener le public à se retrouver dans ses personnages car leurs émotions, leurs fêlures, leurs aspirations parlent à chacun d’entre nous. Après tout, n’importe qui dans n’importe quel milieu social peut éprouver ce sentiment d’être à côté de sa vie et de ne plus avoir l’espoir qu’il puisse lui arriver quelque chose de positif. On en vient alors à se dire qu’il est trop tard et que l’on n’a pas suivi le bon chemin. Ce sont des personnages qui souffrent également de solitude et c’est en recréant du lien entre eux qu’ils vont sortir de cette spirale.

Puisque nous parlons de personnage, Alice, que pouvez-vous me dire sur le vôtre, dans le film bien entendu ?

AI : On pourrait penser que c’est une fille fainéante qui se laisse vivre alors qu’en réalité, elle n’a pas encore trouvé ce qui la fait vraiment vibrer. Du coup, quand le film commence, elle est un peu à coté de sa vie, comme les personnages de Vincent et de Rosalie d’ailleurs. Mais cette histoire de filature qui est au cœur du film va remettre, de manière imprévue et surprenante, du mouvement dans la vie de chacun.

Vous avez également des partenaires de jeu avec lesquels vous semblez partager une grande complicité ?

AI : Bien sûr. Que ce soit avec Kyan, Sara et Noémie, avec laquelle j’ai beaucoup appris, d’autant plus que je craignais qu’elle soit assez directive avec moi du fait qu’elle est également réalisatrice alors que pas du tout. Au contraire, elle m’a accompagné avec beaucoup de bienveillance. Et puis elle est tellement généreuse dans son interprétation qu’on en oublierait presque que l’on est en train de jouer. Je pense que si l’alchimie fonctionne aussi bien entre tous les personnages, c’est grâce à Julien qui a eu une audace incroyable au moment du casting.

Julien, à l’instar de votre père, tous vos personnages sont extrêmement travaillés, même ceux qui ont une présence modeste à l’écran ?

JR : Je n’ai pas cherché à me comparer à mon père mais c’est vrai que je voulais travailler tous les personnages avec une certaine densité pour qu’on s’y attache et que les acteurs puissent leur apporter une profondeur de jeu. Je tenais à choisir des acteurs et des actrices de grands talents même pour des rôles qui ont peu de présence à l’écran. J’accorde autant d’importance à tous les rôles même à celui qui n’a qu’une phrase à dire car cela joue beaucoup sur la musique générale d’un film, il ne faut donc négliger aucune partition…

Comment avez vous conçu l’aspect visuel et musical du film, à partir d’une BD ?

JR : Je ne voulais pas placer cette histoire dans une réalité naturaliste trop brute. J’ai donc tenu à travailler l’univers visuel du film avec beaucoup de délicatesse et de douceur pour en faire une sorte de « conte réaliste ». Pour la musique j’ai fait appel à mon frère, Martin, qui connaît très bien mes goûts, mes envies et ce projet dont je lui ai parlé bien en amont du tournage, ce qui lui a permis d’infuser l’esprit général du film et ce que j’avais en tête. Donc la collaboration s’est très bien passée même si pendant un moment je m’étais dis « merde et si je n’aime pas ce qu’il compose, qu’est ce que je fais ? » (rires). Mais je ne m’inquiétais pas vraiment car je suis très admiratif de ses talents de musicien et c’est pour cela que je l’ai choisi.

Où se trouve cette petite ville assez charmante que vous filmez et où se déroule cette histoire ?

JR : On a tourné à Nevers en Bourgogne. Je ne voulais pas d’une ville qui soit trop pittoresque ou trop « régionaliste ». Dans la BD, l’histoire se déroule à Dole mais cette ville ne m’inspirait pas du tout. Je me suis donc rendu en Bourgogne où j’allais souvent étant enfant, chez ma grand-mère. Je me suis baladé tout seul en amont des repérages dans plusieurs petites villes et c’est à Nevers que j’ai eu un coup de cœur. J’ai aimé la lumière qui s’y dégageait puis j’y ai vu des lieux qui correspondaient aux décors que je m’imaginais pour le film. Ce qui est amusant, c’est que j’ai toujours été attiré par les petites villes de province alors que j’ai grandi à Paris. Parfois, je pars écrire pendant plusieurs jours dans des petites villes que je ne connais pas. C’est quelque chose qui m’inspire et c’est aussi ça qui m’attirait dans ce projet, l’idée de tourner dans cet univers provincial où je n’ai pas grandi.

Voilà un film plein de couleurs, de fantaisie, de poésie et de légèreté, doté d’un casting irréprochable et d’un scénario habilement construit et qui s’avère très joueur vis à vis du public…

Propos recueillis pas Le Cinéphile Reporter (Eurojournaliste)

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ROSALIE BLUM : Rencontre avec Julien Rappeneau et Alice Isaaz
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