Critique Film

RED SPARROW : Besoin et pouvoir ★★★★☆

Après Hunger Games, Francis Lawrence nous propose de nouveau une œuvre cinématographique pertinente sur les tréfonds de l’âme humaine.

Avec Red Sparrow, Francis Lawrence parvient à redonner ses lettres de noblesse au genre de l’espionnage. Adapté du livre éponyme, nous suivons ici l’histoire de Dominicka Egorova (Jennifer Lawrence), une danseuse étoile, qui suite à un accident grave, est amenée à travailler pour les services secrets russes en tant que « moineau rouge », sous l’impulsion de son oncle Ivan Egorov (Matthias Schoenaerts) afin de subvenir à ses besoins et ceux de sa mère. La force première du long-métrage réside dans l’immersion proposée par la narration, particulièrement grâce aux choix de mise en scène très soignés de Francis Lawrence. En s’inspirant de la démarche d’Alfred Hitchcock dans les premières minutes de L’Inconnu du Nord-Express, le réalisateur parvient notamment à déployer un montage saisissant, privilégiant un retour au réalisme d’un genre de plus en plus tourné vers la surenchère pulp (avec des films comme Kingsman, par exemple). En effet, la plupart des scènes sont ici tournées en lumière naturelle et la prise de son est souvent directe, ce qui donne la sensation que certains sons sont diffusés de manière inégale dans certains décors. Cet aspect simple permet ainsi de rendre compte de la dure réalité du travail d’espion. Red Sparrow est, par conséquent, un film dur qui ne se gêne pas pour illustrer la cruauté et la violence d’un tel métier. Cela se traduit notamment par des séquences de torture (et de viols) qui ne sont pas épargnées au spectateur et qui peuvent être par moments insoutenables.

La seconde force du film réside principalement dans son personnage principal, Dominicka, jouée d’une main de maître par Jennifer Lawrence. En effet, dans ce film, l’actrice ne se repose pas sur ses acquis et parvient avec brio à rendre compte des dilemmes de son personnage qui doit gérer avec le milieu de l’espionnage russe, cherchant à la contrôler dans toutes ses dimensions, jusqu’à celle de son corps. La comédienne nous manipule de la même manière qu’un agent secret, ce qui renforce le caractère ambigu et déterminé de Dominicka. Elle arrive toujours à rester en contrôle des situations qui se présentent à elle, voire à riposter quand cela est nécessaire. Le spectateur se retrouve ainsi dans la même position que l’espion américain Nathaniel Nash (Joel Edgerton), cible du gouvernement russe, puisqu’il doute du rôle de la jeune femme en tant qu’alliée ou ennemie. C’est par cette relation toute particulière que ce film prend également toute sa dimension. Ici, nos deux personnages se trouvent dans une position où ils ont besoin l’un de l’autre, mais ils ne savent pas s’ils se doivent se faire confiance. Une certaine alchimie s’instaure, ce qui est parfaitement retranscrit par le jeu intense des deux acteurs.

Par conséquent, Red Sparrow est un film d’espionnage qui parvient avec brio à tromper le spectateur du fait de son ambiguïté constante. Cela s’accompagne particulièrement d’un travail de setup/payoff et de montage tout le long du film qui augmente la tension du spectateur jusqu’à la résolution finale de l’intrigue. En réalité, tout le propos réside dans les thématiques de contrôle, de besoin et de pouvoir. Elles sont au centre de tout l’entraînement et le travail de Dominicka. En effet, le long-métrage l’indique très clairement : le travail d’un moineau rouge est de rechercher les besoins de sa cible, qu’il s’agisse des besoins simples et matériels  que des besoins d’ordre sexuel. « Qu’est-ce qu’ils veulent ? » ou encore « Qu’est-ce que tu veux ? » sont les questions qui assaillent nos personnages tout le long du film et qui amènent le spectateur à se questionner aussi sur leurs nécessités. La volonté de contrôle et de prise de pouvoir constituent le coeur de Red Sparrow car tout le parcours de Dominicka se construit sur une tension entre son désir de pouvoir et celui des services secrets qui cherchent à la contrôler totalement pour qu’elle devienne un autre pion sur l’échiquier de l’état russe. Au final, Francis Lawrence réussit sans problème à rendre compte de toute la complexité de la réalité de ce milieu de l’ombre sans tomber dans la glamourisation ou le trash à outrance.

Réalisé par Francis Lawrence avec Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts,…

Sortie le 4 avril 2018.

 

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RED SPARROW : Besoin et pouvoir ★★★★☆

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