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RADIN ! : Rencontre avec Fred Cavayé et Dany Boon

Après avoir réalisé des thrillers d’action de qualité, Fred Cavayé se prête à l’exercice de la comédie. Il signe un film doux et grinçant à la fois, medicine tout en offrant à Dany Boon l’un de ses rôles les plus complets : un radin névrosé, troche contraint de remettre en question sa vie et ses angoisses le jour où il se découvre une fille de dix-sept ans qu’il ne connaît pas. Rencontre avec l’un des rares cinéastes français dit « de genre », ainsi qu’avec l’une des figures incontournables de la comédie humoristique française de ces dernières années.

Fred, quel plaisir inattendu de vous voir aux manettes d’une comédie. Un genre très éloigné de vos précédents longs-métrages…

Fred Cavayé : C’est vrai oui. Et pourtant, il faut savoir qu’à l’origine, j’étais plutôt orienté vers la comédie. Avant d’être cinéaste, je dirigeais un café théâtre à Rennes où j’ai pu côtoyer de nombreux artistes de « one man show ». D’ailleurs, mes premiers courts- métrages étaient des comédies. Quand mon producteur m’a parlé du scénario de Radin !, il pensait que je ne serais pas intéressé puisque je n’avais fait que des thrillers. Mais je me suis laissé tenter car il y a très peu de films sur les radins, alors que c’est un sujet universel qui se prête parfaitement à la comédie. On peut rire de cette névrose tout en démontrant à quel point c’est une horreur, qui plombe toutes vos relations. Quand on ne sait pas donner, on ne sait pas aimer non plus. La plupart des radins ont une telle peur de la vie et/ou de la mort qu’ils se réfugient dans cette névrose.

Vous dites que c’est votre producteur qui vous a proposé de mettre en scène un scénario qui existait déjà… Vous vous êtes donc emparé d’un projet qui, initialement, n’était pas le vôtre. Pourtant, quand on réalise un film, il faut qu’il vous corresponde, non ?

FC : En effet, il a donc fallu que je m’approprie le scénario afin qu’en terme de couleurs de film, il devienne vraiment le mien. J’ai beaucoup retravaillé les dialogues, j’ai changé la structure, j’y ai même ajouté de l’émotion mais je l’ai tout de même axé davantage sur la comédie afin de mieux renforcer les scènes émouvantes quand elles arrivent. En tant que spectateur, c’est quand les choses peuvent me cueillir que je suis le plus ému. Et c’est ce que j’ai essayé de faire avec ce film. Dès qu’il y a de l’émotion, on coupe avec de l’humour et dès qu’on est dans l’humour, on amène de l’émotion sans prévenir.

Dany, je crois savoir que lorsque Fred vous a proposé ce rôle, vous étiez prêt à le refuser car vous étiez d’ores et déjà en train de préparer le tournage de votre cinquième long métrage Raide Dingue. Et pourtant, vous avez craqué…

Dany Boon : C’est toute la magie à la fois d’un scénario, d’une écriture et d’une rencontre avec un metteur en scène avec lequel on établit très vite une confiance mutuelle. J’ai été assez bouleversé par l’histoire, par le personnage et la profondeur du propos. Tout ça rend la comédie d’une plus grande qualité car le fait de rire et d’être ému au cours d’un même film, donne au rire un aspect plus profond et plus humain.

Bien que radin, vous jouez tout de même un artiste musicien de talent. Cela peut paraître incompatible sauf quand il se découvre une fille. Ce qui constitue d’ailleurs le cœur du film…

DB : La musique, c’est vraiment l’endroit coloré de sa vie. C’est ce talent là qui le fait entrer en contact avec l’amour. Ça a été du travail car j’ai dû prendre des cours de violon pendant trois mois. Après, il y a plein d’histoires en parallèle. Que ce soit dans sa rencontre amoureuse ou dans l’éveil de sa fibre paternelle lorsqu’il rencontre sa fille. Ce qui est d’ailleurs très joliment amené car leur relation apporte une certaine modernité à la radinerie de mon personnage puisqu’elle le prend pour un écologiste qui ne veut rien s’acheter pour préserver la planète.

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Crédit photo : Clélia Scopel

L’aspect graphique est également très stylisé. On est plus ou moins dans un univers qui évoque la bande dessinée à travers certains décors et ou costumes…

FC : Le personnage est à l’image du film que je voulais empreint à la fois d’une légère fantaisie mais aussi ancré dans la réalité. Le costume unique de Dany fait écho à l’univers de Mr Bean ou à celui de Jacques Tati. Le décor de la maison évoque l’ambiance des films de Tim Burton. J’ai vraiment poussé certains aspects vers la caricature afin de faire rire mais je tenais à conserver un fond de sincérité car la réussite d’une comédie passe par là. Ça a été notre ligne de conduite sur tous les aspects du film, y compris au niveau de la direction d’acteurs. Tous mes personnages sont sincères, même dans les situations les plus irréelles. Quand Dany essaye des chaussures cinq tailles en dessous de la sienne, il faut qu’on sente qu’il souffre vraiment.

Même si vous changez radicalement de genre par rapport à vos films précédents, j’ai le sentiment que votre manière de travailler, elle, est plutôt restée la même. Après tout, dans un film d’action et une comédie, il est faut du rythme, de l’intensité, de l’efficacité…

FC : Vous avez complètement raison, je n’ai pas du tout été dépaysé en réalisant une comédie car c’est un genre qui s’aborde de la même manière qu’un film d’action. Tout se joue sur le rythme (qui vient surtout du scénario, si j’écris mou, je filme mou, quelque soit l’endroit où je place ma caméra) et sur le jeu. L’humour ne doit pas tant venir de ce que le personnage va dire mais plutôt du silence qu’il va mettre avant de le dire. J’ai réalisé ce film comme un thriller, aussi bien en terme de jeu, qu’en terme de rythme et d’esthétisme, qui est souvent le parent pauvre dans les comédies. Comme si l’important n’était pas là alors qu’au contraire, si l’image, les costumes et les décors sont conçus avec soin et attention, cela donne plus l’impression d’un bel artisanat. Et enfin, il y a un dernier paramètre important à mettre en place afin de rendre la comédie plus efficace, c’est de l’intégrer dans une problématique humaine pour mieux renforcer les enjeux. L’idée n’est pas de montrer quelqu’un qui ne dépense pas mais plutôt de confronter quelqu’un qui ne dépense pas à des situations qui sont plus liés à l’humain que sur le matériel. On a un personnage qui, le même jour, tombe amoureux et se retrouve avec une fille de 17 ans qu’il ne connaît pas. Cela pose la problématique de l’amour et de l’amour filial. Le rire ne doit pas être gratuit. On doit aussi s’émouvoir sincèrement. C’est ce qui donne de la chair aux personnages.

Personnellement, j’admire Noémie Schmidt depuis que je l’ai découverte dans L’étudiante et Monsieur Henri l’année dernière. Pouvez vous nous parler de votre rencontre et sur ce que dégage cette artiste aussi bien dans la vie que devant la caméra ?

FC : Le casting s’est déroulé d’une manière très étonnante car lors de la première audition, où j’ai vu près d’une centaine de jeunes filles, elle m’a dit qu’elle avait 17 ans. Suite à cela, j’ai demandé à la rencontrer car je la trouvais formidable dans son jeu. Au cours de notre entrevue, j’ai très vite compris qu’elle n’avait pas 17 ans. Elle m’a alors dit qu’elle en avait 20. Puis à la fin de notre entretien, avec un aplomb incroyable, elle m’a avoué qu’elle en avait 25 mais qu’elle avait préféré mentir car sans quoi, elle n’aurait jamais pu participer au casting. J’ai adoré sa spontanéité. C’est une comédienne absolument brillante qui peut aussi bien jouer des personnages enfantins, non sexués et au contraire, des rôles de femmes très affirmés et sexy comme dans la série Versailles. Elle possède un vrai sens de la comédie mais aussi de la gravité. Elle et Dany ont tous deux une épaisseur de jeu énorme. Ils sont naturels, ils ne fabriquent rien, on ne voit aucune ficelle.

DB : De mon côté, Fred tenait à ce que je fasse des essais avec elle afin de tester notre duo. On a alors répété certaines scènes émouvantes du film et elle était absolument bouleversante. Elle a quelque chose de très immédiat dans son jeu. Elle est très à fleur de peau. Elle a de l’écoute et de la générosité donc l’échange est là et il se fait tout de suite. Et pourtant, elle devait avoir le trac car c’est toujours intimidant de faire un premier essai avec un petit caméscope de film porno (rires). Elle était très étonnante. L’émotion qu’elle dégageait est montée crescendo aux essais, ce qui est assez rare.

Et pour conclure, la fin du film est plutôt optimiste mais néanmoins assez ouverte. Vous le voyez évoluer comment ce personnage ?

DB : Je pense que les gens ne changent jamais vraiment. Tout au plus, apprennent-ils à vivre avec leurs défauts. Mais ils les gardent. Néanmoins, la fibre paternelle qui s’éveille peu à peu en lui, va tout de même le sauver un peu et lui permettre de s’ouvrir davantage aux autres.

Propos recueillis par Le Cinéphile Reporter (Médiapart)

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