Dossier

Quand le cinéma de genre entame sa révolution !

Retour sur le regain d’inventivité qui caractérise le cinéma de genre depuis une dizaine voire quinzaine d’années, entre hommage et expérimentation, minimalisme et performance, « fauchitude » et polyvalence. 

Brenton Thwaites stars as Nic Eastman in Will Eubank's new film THE SIGNAL, a Focus Features release.

Curieuse appellation que celle de « cinéma de genre » qui, encore aujourd’hui, sème la confusion. Pour beaucoup, il s’agirait simplement de regrouper sous une même dénomination tous ces films qui valorisent le ou les genres auxquels ils appartiennent. Seulement, avec cette définition somme toute rudimentaire, qu’importe le genre exploré tant qu’il est solidement représenté. Or, en théorie, le cinéma de genre a mauvais genre. Quand on évoque ce cinéma-là, on s’en tient exclusivement, et à tort, aux films de série B ou Z, des oeuvres considérées comme mal-élevées voire « dégénérées » par l’intelligentsia critique. Sauf qu’il ne faut pas oublier que les plus grands cinéastes contemporains (Martin Scorsese avec Taxi Driver, Steven Spielberg avec Les Dents de la Mer, William Friedkin avec L’Exorciste etc.) ont fait leurs preuves aux commandes de films de genre encensés à l’époque et devenus des classiques instantanés.

Depuis qu’il évolue à la marge du cinéma traditionnel, le cinéma de genre s’est toujours employé à défigurer le réel, à contrarier l’ordinaire pour mieux nous projeter dans un monde alternatif ou fantasmagorique. Cet espace fictionnel, nourri aux mythes et à l’imaginaire, prend vie par contraste avec notre réalité. Ce cinéma-là se joue du réel mais s’en sert pour construire sa propre grammaire. De fait, le film de genre a essentiellement à voir avec une forme de surréalisme, que ce soit d’un point de vue esthétique et/ou scénaristique. Ainsi, quand on parle de film de genre, on fait souvent référence au fantastique, à l’horreur, au polar, au western ou encore à la science-fiction qui ont vocation à sur-naturaliser le monde et ses conventions. Les années 70-80 ont été incroyablement fertiles à ce niveau-là, mais depuis quelques années, il semble qu’un nouveau cinéma de genre, plus indépendant que jamais, émerge peu à peu, révélant de jeunes auteurs particulièrement doués.

LE STYLE « RÉTRO-MODERNE »

Conscients de l’héritage à porter, laissé par leurs illustres modèles, ces cinéastes en herbe se distinguent d’abord par une parfaite compréhension du ou des genres auxquels ils s’attaquent. Au gré d’un jeu référentiel qui participe d’une esthétique de l’hommage, ils reprennent à leur compte les codes des films de genre qui ont marqué leur temps et en profitent pour les détourner de façon à les renouveler. Ainsi, ils accordent à leurs oeuvres une singularité, une modernité, en confrontant passé et présent. À ce titre, It Follows de David Robert Mitchell, sous forte influence de John Carpenter, récupère certains motifs stylistiques ou narratifs du maître (la menace dans le flou en arrière-plan, la peur de la contamination) tout en s’attachant à une jeunesse foncièrement contemporaine, moins frivole qu’auparavant, désormais en proie au spleen et en perte de repères. C’est cette hybridation d’une forme vintage avec un contexte tout à fait actuel qui constitue un des principaux intérêts de ce nouveau cinéma de genre.

It-Follows-Tall-Man

Il faut également compter sur des films visant de plus en plus le trip immersif et l’extase sensorielle. Ouvrant des perspectives inédites en terme d’expérimentation formelle, l’outil numérique radicalise l’usage de certains procédés afin d’en optimiser les effets. Si la tendance du found-footage en est issue, et a su révéler de jeunes auteurs prometteurs (Neill Blomkamp avec District 9 ou Josh Trank avec Chronicle), c’est une autre mouvance, plus proche de la transe, qui éclate, en festivals ou ailleurs. Citons par exemple Amer du duo Hélène Cattet/Bruno Forzani qui, renouant avec l’esprit des giallos de l’époque, trouve le moyen de réactiver un genre moribond en exaltant les couleurs et le montage. En réduisant considérablement la narration, les dialogues, ces films recherchent l’état hypnotique, créent leur propre langage esthétique. Le risque étant bien sûr celui de la complaisance « arty ». Un film comme Under the Skin de Jonathan Glazer réussit habilement à le contourner, multipliant les visions abstraites sans jamais perdre de vue le parcours psychologique et émotionnel de son héroïne.

LA FORMULE « HIGH-CONCEPT »

Afin de susciter la curiosité du plus grand nombre, le film de genre devient principalement conceptuel, fondant son récit sur un postulat de départ immédiatement accrocheur et intelligible. Rappelons cette phrase attribuée à Spielberg : « Si quelqu’un peut me vendre une idée de film en moins de 25 mots, ça peut faire un sacré bon film ». Le cinéma de genre est friand de ces « films-appâts », qui, sur la base de leur prémisse ou de leurs secrets de fabrication, résistent à l’appel du conformisme et impliquent une véritable performance artistique. Si l’on prend le cas de Rubber de Quentin Dupieux, qui suit les pérégrinations sanglantes d’un pneu tueur, le spectateur s’interroge non seulement sur la viabilité d’un tel concept mais aussi sur son incarnation à l’écran. Là réside l’un des objectifs fondateurs du film « high-concept », dont le dispositif théorique doit pouvoir s’accorder aux enjeux thématiques.

Pour autant, le film « high-concept » s’est peu à peu changé en « low-concept », inaugurant une nouvelle ère, celle du minimalisme. La simplification logistique (le nombre réduit des décors, des comédiens, des membres de l’équipe technique) et l’épure narrative (une unité de temps, de lieu et d’action qui confine à une forme de théâtralité) ajoutent à l’attrait des films de genre conceptuels. Des oeuvres à huis-clos pour la plupart, qui brillent grâce à des astuces imparables de mise en scène faisant fi des contraintes spatio-temporelles, matérielles, ou à une interprétation sans faille d’un acteur, seul ou donnant la réplique à des partenaires de jeu plus en retrait. Buried de Rodrigo Cortes s’inscrit avec succès dans cette démarche, tant le défi technique sert le climat claustrophobique du récit. Alors qu’il s’agit d’un survival à priori classique, l’acuité du regard caméra, qui scrute sans relâche le visage et le corps de l’acteur, redéfinit et aiguise notre propre regard de spectateur.

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LA SOLUTION « LOW-COST »

Enfin, contre toute attente, le cinéma de genre actuel se réinvente en tirant profit de budgets ridiculement faibles, loin des dépenses faramineuses du système de production des majors. Cette précarité financière existe depuis longtemps et touche en premier lieu les projets risqués et/ou politiquement incorrects. George Romero avait dû solliciter en son temps le concours de ses proches pour mettre en scène La Nuit des Morts-Vivants, rassemblant tout juste 114 000 de dollars. Alors que cette pratique s’est largement démocratisée aujourd’hui, entre l’auto-production ou le crowdfunding, on reconnaît surtout de grands auteurs en devenir par leur faculté à transformer les difficultés pécuniaires en qualités artistiques. Ben Wheatley et Gareth Edwards, qui ont respectivement réalisé Kill List et Monsters pour 500 000 dollars, ne s’y sont pas trompés, en particulier Edwards, qui signe un premier film de genre extrêmement ambitieux, sur fond d’invasion extraterrestre. Le cinéaste se félicitera d’ailleurs en interview d’être parvenu à auto-produire son projet : « J’ai pu créer plus librement sur le tournage, si j’avais une idée, je pouvais la réaliser en une seconde, par exemple je pouvais me permettre de bouger la caméra sans avoir à en parler à des milliers de personnes (…) ».

Une autre problématique qui se pose est celle de la polyvalence. Beaucoup de jeunes réalisateurs ne se contentent plus d’une seule casquette. La popularisation fulgurante des logiciels vidéo professionnels explique cette démarche de plus en plus répandue, favorisant l’acquisition de nouvelles compétences autrefois acquises au terme de nombreuses années d’études. Une façon de réduire d’une part la masse salariale que représente l’embauche de membres supplémentaires au sein de l’équipe et d’autre part, les coûts de production. C’est notamment ce qu’a entrepris Mike Cahill, réalisateur, scénariste, chef opérateur et monteur sur Another Earth. Qu’importe leur mode de financement en définitive, les films de genre actuels sont pour leur grande majorité des « films-courage », qui scandent haut et fort : « Donnez-vous les moyens d’y arriver, quoi qu’il en coûte ! ». De fait, et pour toutes les raisons évoquées précédemment, ce nouveau cinéma de genre n’a pas son pareil pour créer l’engouement et révéler de jeunes prodiges, ayant à coeur de proposer des oeuvres respectueuses de celles de leurs aînés mais également capables de les moderniser.

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