Dossier

Pourquoi STAR WARS est l’une des plus grandes sagas de tous les temps ?

« Yes, adiposity we felt it ! » pourrions-nous répondre à cette voix mystérieuse qui nous parlait d’un « éveil » dans un célèbre teaser. Dix ans après La Revanche des Sith et trente-deux ans après la fin de la trilogie originale, sale la mythique saga Star Wars revient envahir nos écrans avec une nouvelle génération de cinéastes et de personnages, viagra dosage débutant par un septième volet titré Le Réveil de la Force. Mais qu’attendons-nous encore de cette franchise ?

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« Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… » Ce carton, connu de tous, est entré dans la légende il y a trente-huit ans, en 1977, à la sortie de ce qui deviendra l’une des pierres angulaires du cinéma de science-fiction, voire du cinéma tout court : La Guerre des étoiles. Le succès fracassant de cette œuvre novatrice a ainsi propulsé son réalisateur George Lucas dans les hautes sphères de l’industrie hollywoodienne, lui offrant l’opportunité de livrer, au travers de six films, l’un des univers cinématographiques les plus riches, reconnus, et populaires de l’histoire. Pourtant, la franchise Star Wars, tout comme son créateur, ont souvent été sujets à controverses. La vente de la société Lucasfilm à Walt Disney en octobre 2012 en est un des meilleurs exemples, même si la majorité des râleurs sont aujourd’hui extatiques à l’idée que cette transaction leur permette de découvrir un septième épisode immensément attendu, coup d’envoi d’une nouvelle trilogie. Certes, le monde de Lucas a fait rêver des millions (des milliards même) de personnes, et s’est toujours rapporté à des thèmes universels, mais il lui a fallu plus pour conserver son aspect culte malgré la longue remise en question de son public, le plus généralement exprimé par une détestation des éditions spéciales de 1997 et de la prélogie réalisée à partir de 1999. Dès lors, pour quelles raisons la saga Star Wars est-elle encore considérée comme l’une des plus importantes de tous les temps ?

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Bien évidemment, le succès de La Guerre des étoiles est dû en premier lieu à son contexte historique. Nous sommes alors dans le Nouvel Hollywood, période durant laquelle la production de films plus auteuristes et moins chers s’est démocratisée. Mais depuis quelques années, ce modèle économique montre ses limites. Si son bien-fondé est indéniable (plus de diversité dans les sujets, plus de liberté aux cinéastes, un peu moins de censure, etc.), il est bon de rappeler qu’il s’agit du taux de fréquentation le plus bas de l’histoire du cinéma américain, que l’on peut entre autres attribuer à un grand public qui ne se reconnaît pas et/ou ne comprend pas ces œuvres. Malgré quelques grands succès à la fin des années 60 et au début des années 70 (Easy Rider notamment), le Nouvel Hollywood accumule les échecs commerciaux, mis à part quelques exceptions, à commencer par le American Graffiti de Lucas. En 1975, l’immense succès des Dents de la mer s’affirme comme un catalyseur de cette situation, bien qu’il étonne sur le moment de nombreux producteurs, sans parler du jeune Steven Spielberg. Son sujet spectaculaire et sa narration en apparence classique (mais compensée par son high-concept et l’originalité de la réalisation) rendent curieux un public massif durant l’été, faisant du long-métrage le premier élément de définition de ce qu’on appellera bientôt le « blockbuster » (on considère souvent Star Wars comme le deuxième). Son principal atout : s’adresser à tous les publics, le plus souvent par des univers de l’imaginaire et dans les meilleurs cas au travers d’une mise en scène qui tend à rendre son propos clair et universel (ce qui ne l’empêche pas d’être ingénieuse). Et c’est le chemin que suivra Star Wars, même involontairement. En effet, la richesse de sa réalisation, bien qu’un peu datée et fixe aujourd’hui, est avant tout due à son économie de moyens, cherchant à chaque réplique, à chaque cadre, de nous suggérer plus.

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Ensuite, il est clair que Star Wars fut récompensé pour sa « prise de risques » : celle de vouloir décrire le plus sérieusement du monde une science-fiction grandement inspirée des récits pulp du type Flash Gordon, que Lucas a toujours admirés. Le premier public à avoir véritablement défendu le film n’est alors que celui des « nerds », jusque là considéré comme marginal et absent de la ligne de mire des studios hollywoodiens. Si Star Trek a déjà fait son chemin à la télévision, Star Wars a énormément contribué à légitimer ce type d’univers et la communauté qui y est rattachée. La saga a même démocratisé le sous-genre du space opera, avant que d’autres ne le suivent. Si la critique de l’époque n’est pas totalement conquise sur l’instant, beaucoup voient déjà dans le premier volet des pistes de réflexion intéressantes, qui permettent enfin à la science-fiction d’être prise au sérieux en dehors des interrogations existentielles d’un Kubrick (2001) ou d’un Tarkovski (Solaris). De cette façon, alors que le succès commence à se médiatiser, ce sont les familles américaines qui se sont ruées en masse dans les salles, découvrant, au-delà de la qualité du divertissement, l’universalité d’un récit et de son propos.

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Il est désormais inconcevable de ne pas voir en Star Wars sa force d’évocation sans pareil, due à un agglomérat de trouvailles et d’accidents qui firent de l’œuvre ce qu’elle est aujourd’hui. Et pour cela, il faut commencer par sa production, assez complexe, qui confirme que la saga (du moins la trilogie originale) n’est pas que l’affaire d’un seul homme. Ce n’est désormais plus un secret : les premiers jets du script étaient très mauvais. Lucas avait inventé trop de personnages, trop de situations, trop d’éléments politiques. En bref, un univers bien trop riche pour le décrire sur un format de long-métrage, n’offrant aucune accroche pour les êtres qui le composent. C’est donc une grande partie de l’entourage du cinéaste, à commencer par sa femme Marcia (par ailleurs monteuse du film) et son producteur Gary Kurtz, qui l’a encouragé à resserrer son intrigue sur ses personnages pour intéresser son spectateur, mais aussi de suggérer son monde, plutôt que de le montrer. Et au vu de son budget serré par rapport à ses ambitions, et de ses nombreux problèmes de tournage (dont une tempête en Tunisie qui ravagea une partie du décor de Mos Eisley), c’est le crédo qu’a suivi Lucas durant tout le processus créatif. Si R2-D2 et C-3PO, les deux droïdes sidekicks de la saga, sont majoritairement filmés dans le premier film avec des plans rapprochés, voire moyens, leur arrivée sur Tatooine par une capsule de sauvetage du Tantive IV les plonge au travers de plans d’ensemble dans l’immensité du désert, qui paraît lui-même minuscule face à l’infini de l’espace qui nous a été présenté juste avant. Il en va de même pour la diversité des espèces extra-terrestres, qui nous est suggérée par le simple panel non-exhaustif de la cantina de Mos Eisley.

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Mieux encore, les multiples réécritures du scénario ont mené Lucas vers une découverte décisive : Le Héros aux mille et un visages. Il s’agit d’une thèse écrite en 1949 par le mythologue et spécialiste en mythologie comparée Joseph Campbell. Pour résumer, son livre expose la théorie du monomythe, constatant que tous les mythes, quelles que soient leur époque ou leur civilisation, se basent sur un même schéma archétypal, un voyage du héros qui trouve comme fondement certaines étapes importantes de la vie, allant de « l’appel du héros » (Luke qui intercepte le message de Leïa par le biais de R2-D2), à son « retour » (où Lucas a fini par dévier ; Luke aurait dû revenir en ermite sur Tatooine, comme Obi-Wan), en passant par diverses épreuves, comprenant la fameuse « confrontation au père » (la révélation de Dark Vador). Le cinéaste y a alors vu une forme de guide du scénario, comme un calque général à reproduire et à adapter à son univers. Et à vrai dire, c’est sans nul doute l’élément le plus important dans le succès de la saga Star Wars, car il a permis à tous les publics de s’identifier à son histoire, que ce soit les yeux émerveillés d’un enfant où ceux plus avertis, et parfois conscients de ce schéma, d’un adulte. Ainsi, cette réflexion sur l’envers des mythes a permis à Lucas de remettre son monde en question, sans pour autant arrêter de le traiter au premier degré. Son œuvre répond donc parfaitement à la définition du post-modernisme, et offre l’opportunité au spectateur de réfléchir (s’il le souhaite) à la construction des divertissements dont il se délecte, tandis que de nombreux cinéastes décident de suivre cette voie en exploitant parfois eux-mêmes le livre de Campbell.

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Avec l’arrivée de la prélogie, Lucas va encore plus loin. Puisqu’elle se déroule avant les événements de la trilogie originale, le public sait déjà pour une grande partie les passages obligés des épisodes I, II et III. Il ne lui reste donc plus qu’à assister à un hors-champ qu’on lui cachait jusque là, à découvrir les causes des conséquences qu’il connaît. Tout le principe de la prélogie, qui en a déçu certains, repose sur ce jeu de suppositions et de fantasmes, où le spectateur peut encore une fois interroger la fiction qu’il a sous les yeux par le biais de l’ironie dramatique. Le problème, c’est que la vision de ces moments tant imaginés par les fans de la première heure sont nécessairement décevants, car souvent non-correspondants à l’idée qu’ils s’en faisaient. Il est vrai que donner à celui qui deviendra Dark Vador les traits d’un enfant blondinet tête à claques, puis d’un ado en pleine crise, à de quoi tuer le rêve (et au passage l’aura du personnage). Mais quoique l’on pense de cette deuxième moitié, on ne peut pas reprocher à Lucas d’avoir constamment cherché une interaction avec son public, même par les remontrances de ce dernier. « L’art est comme une fenêtre ouverte sur le monde » disait Alberti, et le réalisateur l’a très bien compris en pensant à la fonction de l’écran et de la salle de cinéma dans le rapport à son spectateur. Dans Star Wars, le cadre est une limite qui empêche de montrer toute la richesse de son monde. Mais c’est par sa technique qu’il arrive à le transcender, et à pousser celui qui audio-visionne son film à songer au-delà de ce qu’on lui présente. Les limites de l’image deviennent un allié. Concrètement, il suffit de se référer au générique d’introduction. Le titre plonge dans le fond du champ, vers l’immensité des étoiles que nous sommes conviés de rejoindre, avant que le déroulant ne fasse de même en défilant de façon oblique. Le thème de John Williams emplit nos oreilles, tel un appel à nous immerger plus profondément. Puis, nous arrivons en plein milieu d’une course-poursuite, alors que le Tantive IV s’apprête à se faire amarrer par un destroyer impérial. Ces vaisseaux ne viennent pas vers nous, mais passent au-dessus de nos têtes en pourfendant le cadre. Par cette direction choisie, vers la profondeur, Star Wars nous incombe de pénétrer quasi-littéralement dans son univers, comme si nous devions traverser l’écran.

La puissance de la franchise est alors un savant équilibre entre la complexité de son univers et la simplicité de ses enjeux, qui frôle même l’abstraction. Là encore, le fait d’avoir réalisé la trilogie originale puis la prélogie a permis à Lucas de développer plus aisément la dimension politique de Star Wars, s’inspirant au gré des exemples de l’histoire de la chute d’une démocratie pour la montée d’une dictature. Sauf qu’en découvrant l’Ancienne République de La Menace Fantôme et de ses suites, nous savons déjà le sort qui lui est réservée, et nous décortiquons plus facilement les détails qui annoncent sa fin. Néanmoins, certains aspects de l’intrigue sont volontairement sous-développés, pour toucher à une forme de vérité atomique, à laquelle tout le monde peut y ajouter ses pensées et ses interprétations. Par exemple, dans son livre Star Wars, anatomie d’une saga, Laurent Jullier pose cette question pertinente : « Pourquoi l’Empereur tient-il tant à jouer les dictateurs ? » Il est vrai que mis à part sa volonté de voir triompher le côté obscur (la Force est par ailleurs elle aussi une puissance mystique, résumée par son simple rapport entre le Bien et le Mal), ses motivations s’avèrent assez floues, afin que le spectateur, quel que soit son âge ou sa génération, puisse lui raccorder les figures de tyrans qui lui viennent en tête. Et c’est précisément par ce traitement du scénario et de la mise en scène que Star Wars touche à son universalité. Il ne nous donne que des bribes de son monde et de son idéologie, que nous avons à compléter et à interpréter. Nous pouvons même nous rapporter à un cas précis et caractéristique : le langage imaginaire. Jamais les films ne nous traduisent les rugissements de Chewbacca, les bips-bips de R2-D2 ou le dialecte des Ewoks. Cela ne nous empêche pas pour autant d’éprouver de l’affection pour eux, car selon le ton qu’ils emploient, nous nous faisons une idée de ce qu’ils doivent dire. De cette façon, la généralité du propos de la saga fait face aux spécificités de l’univers qui s’en retrouvent sublimées et c’est pour cette raison qu’elle comporte tant de symboles cultes, aussi bien visuels (le design des Stormtroopers, le Faucon Millenium, les X-Wings, les oreilles de Yoda, les macarons de Leïa, les tatouages de Dark Maul…) que sonores (les bruits de blasters, la respiration de Dark Vador, ou encore le son majestueux d’un sabre-laser…).

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Pour encore citer Laurent Jullier, il décrit le pouvoir de Star Wars par le terme anglais de relatability, que l’on pourrait traduire en français par « concernabilité ». Il s’agit de la capacité d’une œuvre à être mise en relation avec la vie quotidienne ou les préoccupations des spectateurs. Sur un plan purement pratique, cela s’affirme à l’écran par la simple répartition des deux trilogies sur le temps, faisant grandir et vieillir leurs personnages en même temps que leur public. L’identification en est simplifiée, au point que les plus grandes sagas générationnelles, de Toy Story à Harry Potter, ont suivi cette progression. Mais plus encore que les autres, et notamment à cause de toutes les raisons précédemment citées, l’œuvre de George Lucas est devenue un cas particulier de l’histoire du cinéma, tellement proche des gens que ceux-ci en ont dépossédé son auteur. Si certains n’y voient que des films, d’autres s’accrochent à cet univers en rappelant inconsciemment la raison première de la création de la fiction par l’humanité : l’évasion. Contrairement à ce cliché persistant du « nerd » asocial qui fuit les difficultés de la réalité, l’imaginaire auquel il se rattache devient un garde-fou, un moyen de s’exprimer, de s’identifier. Il n’est donc pas étonnant que Star Wars inspire parfois en toute simplicité une philosophie de vie fondée sur le parcours d’Anakin (celui à ne pas suivre) et de Luke (celui à suivre), voire dans des cas plus extrêmes, des religions. Après tout, le traitement de la Force et la morale qui l’entoure ne sont pas sans évoquer certains textes sacrés. La communauté des fans (dans laquelle l’auteur de ces lignes s’inscrit) fait exister l’objet de sa passion en dehors des longs-métrages, lui offrant une vie dans la réalité au-delà de la fiction. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il répond à cet autre cliché voulant le transformer en un être manipulable, dont l’amour excessif le mène à l’aveuglement, à commencer dans son rapport au marketing et aux produits dérivés.

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Comme le reflète l’amusant Fanboys (Kyle Newman, 2011), le fan est actif dans son dialogue avec l’œuvre. Le groupe d’amis que nous suivons est capable d’avoir du recul, et s’engueule même à longueur de film sur des détails de l’univers que ses membres remettent en question, sur des incohérences, sur des défauts évidents, sur des manques d’objectivité. Ce que l’on oublie bien souvent, c’est que si Star Wars s’inscrit dans le post-modernisme, son public aussi. Il peut rire de lui et du monde qu’il affectionne, vérité qu’Internet met en évidence chaque jour par le fleurissement toujours plus impressionnant de parodies de diverses formes. Au bout du compte, celles-ci sont le reflet d’une réelle sincérité, raillant de temps à autre la saga pour mieux la remercier du cadeau qu’elle représente. Malgré ses imperfections, Fanboys l’exprime merveilleusement bien en faisant appel au rêve de ses héros-losers : celui de voler une copie de La Menace Fantôme avant sa sortie. Mais ils ne vont pas se lancer dans la réalisation de ce fantasme par la simple force de leur fan-attitude. Au contraire, c’est un violent retour à la réalité qui les pousse à agir, alors que l’un des personnages est atteint d’un cancer qui l’emportera avant la sortie officielle du premier volet de la prélogie. La beauté de Star Wars est là : le fictif et le réel se font perpétuellement écho, jusque dans le scénario de Fanboys. En effet, Internet s’est récemment ému pour l’histoire de Daniel Fleetwood, fan lui aussi atteint d’un cancer en phase terminale, et qui pensait ne plus être de ce monde quand Le Réveil de la Force sortirait. Il a donc demandé du soutien sur les réseaux sociaux, qui lui ont répondu favorablement en relayant l’information jusqu’aux oreilles de Disney et de J.J. Abrams. Le cinéaste l’a alors personnellement accueilli chez lui pour une projection privée. Daniel Fleetwood a ainsi pu partager un dernier souvenir de fan avec cette saga qui a occupé une place importante dans sa vie. Il est décédé le 10 novembre 2015.

C’est une évidence : Star Wars existe grâce à son public. Mais celui-ci fait preuve d’une telle curiosité et d’une telle inventivité qu’il le complète comme aucune autre œuvre de fiction. Ce que l’on appelle l’Univers Étendu est même aujourd’hui rejeté officiellement par Lucasfilm au profit d’Univers Legends, un univers parallèle créé pour éviter les incohérences entre les créations des fans et les récits estampillés par la maison de Lucas. Pour résumer, le monde de Star Wars a été tellement enrichi qu’il en est devenu un multivers capable de s’exprimer sous toutes les formes (bandes-dessinées, livres, fan-films, encyclopédies…). Telle une sorte de pâte à modeler, la franchise se présente comme le stimuli d’une créativité qui ne demande qu’à se libérer. Tout le monde y va de son détail ou de son histoire. Un exemple parmi tant d’autres : durant la course de pods de La Menace Fantôme, on peut apercevoir sur un plan une spectatrice à la peau blanche et habillée de rouge, un long fusil dans le dos. Elle n’aurait pu rester qu’une figurante parmi d’autres mais a vite trouvé un nom : Aurra Sing, et les fans en sont venus jusqu’à lui créer un background très complet. Dès lors, ce besoin de raconter Star Wars, surtout à l’heure d’Internet, ne se décrit que comme le penchant moderne de la transmission orale des récits antiques, où chacun peut communiquer les histoires qu’on lui a raconté, en les modifiant à sa guise et selon ses souvenirs. La saga ne se prive pas d’ailleurs pour appuyer ce partage mythologique, qui n’est autre qu’un ancêtre du cinéma. Lors de l’une des plus belles scènes du Retour du Jedi, C-3PO relate les événements des précédents volets aux Ewoks. Nous ne comprenons pas ce qu’il dit puisqu’il s’exprime dans leur dialecte, mais face aux réactions de son public, et grâce aux bruitages du droïde, nous saisissons chacun des instants décrits, avec déjà le sentiment d’avoir vécu une grande épopée.

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Star Wars en tant que terreau commun devient alors une œuvre du partage, au point que la notion de transmission la concernant touche presque au sacré. La filiation, sujet central de la saga, n’est pas que l’expression d’un héritage intradiégétique. Les enfants de 1977 sont devenus des parents, impatients à l’idée de montrer à leur progéniture ces films qui les ont tant faits rêver. De l’innocence de Luke Skywalker, ils ont fini par acquérir l’expérience et la maturité de Dark Vador (ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils sont passés du côté obscur !). Fait intéressant, beaucoup d’entre eux s’amusent à filmer leurs enfants durant leur « dépucelage », comme s’ils désiraient retrouver et immortaliser chez leur descendance les sensations et émotions qu’ils ont eu par le passé, à commencer lors du twist de L’Empire contre-attaque (qui offre des séries de compilation souvent mignonnes et hilarantes). Il y a donc bien un passage de flambeau, mais celui-ci comprend tout de même sa part d’égoïsme. On se libère d’un poids pour mieux se remémorer sa valeur, dont l’habitude avait fini par en faire perdre la puissance et le sens. Il s’agit d’ailleurs du jeu délicat que semble jouer Le Réveil de la Force, ses trailers oscillant entre nostalgie et volonté de renouveau. Au travers d’un slogan, plusieurs spots TV appuient ce fonctionnement de l’histoire en cycles, afin de raviver la mémoire des fans de la première heure tout en conquérant un nouveau public : « Every generation has a story. » (« Chaque génération a son histoire »).

Et c’est là que George Lucas pose problème. S’il est vrai que Star Wars est un cas assez unique de dépossession quasi-totale d’une œuvre de cinéma, voire d’art en général, son réalisateur ne l’a jamais vraiment accepté, du moins jusqu’au rachat de Lucasfilm par Disney. En 1997, il n’imagine pas que le public puisse rejeter les éditions spéciales, ces versions de Star Wars « améliorées », celles qu’il a toujours voulu montrer à l’écran, alors que la technologie ne le permettait pas encore. Dès lors, le créateur de la franchise a eu beau soutenir l’argument du « c’est mon bébé, j’en fais ce que je veux », les fans ne l’ont plus soutenu, ayant le sentiment qu’on leur vole leur madeleine de Proust pour un délire mégalomane frôlant le suicide artistique. Aux yeux de ceux-là, la prélogie n’a pas amélioré les choses, délaissant un récit centré sur ses personnages pour un contexte politique inutilement compliqué (bien que beaucoup plus intéressant que le consensus veuille le prétendre) et des effets spéciaux numériques en rafales. Plutôt que d’écouter les critiques, Lucas va toujours plus loin dans ce qu’on lui reproche, au point de scinder Star Wars en deux sagas avec une moindre cohérence de production. Il faut croire qu’il n’a jamais compris la force de son univers et sa puissance cinématographique en refusant de faire confiance à son public. Car là où d’autres seraient tout simplement passés à autre chose, les fans de Star Wars ont continué à arguer, à débattre, à défendre leurs souvenirs en faisant fièrement virevolter leurs frondes, tel David face à Goliath, au point pour ce dernier d’être un peu dépassé par la situation.

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Néanmoins, le discours de Lucas et ses ambitions sur la prélogie sont pour beaucoup justifiables, bien qu’en contradiction avec ce que de nombreux spectateurs attendaient. Effectivement, il y a Jar Jar Binks, Jake Lloyd ou encore l’amourette en carton d’Anakin et Padmé, mais ne critiquons-nous pas ces films avant tout pour ce qu’ils ne sont pas ? Autrement dit, Star Wars pourrait bien souffrir d’une dictature des fans de la trilogie originale, parce que ce sont les premiers à avoir écrit en profondeur sur le sujet, jusqu’à devenir les voix de la raison. Du coup, il est parfois difficile d’être pris au sérieux en tant qu’aficionado quand on aime les épisodes I, II et III. Mais c’est oublier que la prélogie a été la porte d’entrée pour une nouvelle génération (notamment pour l’auteur de ces lignes), et dénigrer ce point de vue serait en quelque sorte dénigrer l’universalité de Star Wars. Mais cela est assez révélateur du pouvoir de la franchise, qui se rapporte aux souvenirs qu’elle procure, quitte à quelquefois rendre les fans de mauvaise foi. Il est vrai que La Menace Fantôme infantilise un peu l’univers pour le rendre accessible aux plus jeunes, mais que dire des Ewoks du Retour du Jedi ? Certains défauts évidents de Lucas étaient déjà visibles dans la trilogie originale. Mais la nostalgie qu’elle évoque, ainsi que ce moment charnière qu’elle représente souvent dans la jeunesse des fans les rendent plus indulgents. Et comment leur en vouloir…

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Et si, finalement, Star Wars était l’une des plus grandes sagas de tous les temps grâce à ses imperfections ? Comme le montre l’essai très complet de Rafik Djoumi George Lucas : L’homme derrière le mythe, la vie de l’artiste a été semée d’embûches et d’incompréhensions. De nombreux éléments ayant appuyé le génie de la franchise ne lui sont pas dus, qu’il s’agisse des designs de Ralph McQuarrie, du sound design de Ben Burtt ou de la musique de John Williams. Contrairement à un Tolkien/Jackson sur Le Seigneur des Anneaux ou une Rowling sur Harry Potter, le créateur n’est plus déifié, ce qui en vient à interroger la légitimité de sa paternité. Star Wars a été conçu par un être humain, un être perfectible qui touche directement son œuvre. Il est alors plus facile de constater les limites de cette dernière, de concevoir les bords du cadre pour justement les transcender. En fait, aimer Star Wars revient presque à un exercice de montage, où l’on imagine le contrechamp manquant, où l’on corrige une séquence qui ne nous plaît pas (voir cette fameuse réécriture réalisée par des fans d’une scène coupée de La Menace Fantôme faisant mourir Jar Jar Binks). C’est grâce à cela que l’univers continue de s’étendre et d’éveiller les passions. Star Wars n’est pas gravé dans le marbre, ce qui donnerait presque raison à Lucas de vouloir le modifier. Aujourd’hui, il a enfin accepté de couper le cordon ombilical avec cet enfant trop imposant pour lui. Il écoute enfin son public, représenté par ses nouveaux réalisateurs eux-mêmes biberonnés à la trilogie originale. Reste à savoir si Le Réveil de la Force ne sera qu’un fan-film de luxe ou une vraie proposition de cinéma, fidèle à l’esprit d’origine tout en trouvant sa propre voie. Mais dans tous les cas, nul doute que nos yeux de gosses seront conquis de retourner dans cette galaxie lointaine, très lointaine…

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