Critique Film

PAULINA : Strong independent woman ★★★☆☆

Un portrait de femme troublant et volontairement incertain.

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L’étymologie même du cinéma incite à « écrire avec du mouvement », d’où le rejet du parlant à son arrivée par de nombreux cinéastes. En effet, ceux-ci craignaient que le dialogue entraîne le septième art dans une fixité qui le dénaturerait. Une réalité partiellement juste quand on constate à quel point le didactisme a pu faire perdre au cinéma de sa puissance d’évocation, malgré le génie de scénaristes et réalisateurs comme Aaron Sorkin ou Quentin Tarantino pour transcender l’utilité de la voix. L’art cinématographique offre probablement ces plus beaux moments lorsqu’il laisse une part de mystère, que l’image ne permet pas de déceler sans ambiguïté l’émotion sur le visage d’un personnage. C’est dans cette quête du doute que se lance Santiago Mitre avec son nouveau long-métrage Paulina, récit d’une jeune femme décidée à enseigner dans une région défavorisée et dangereuse d’Argentine. La première scène place d’emblée les intentions de son réalisateur, en filmant en plan-séquence une dispute entre l’héroïne et un père incapable de comprendre sa décision, lui qui l’a promise à une grande carrière d’avocate. Le parti-pris de découpage (ou plutôt d’absence de découpage) étire au maximum un dialogue vain, où les mots n’ont aucun impact sur l’interlocuteur. La caméra s’attarde alors plus sur les hésitations de chacun, sur leurs tics qui les définissent bien plus que leur voix, dont Mitre rejette l’utilité.

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Paulina pourrait donc se résumer à une histoire d’émancipation de la femme dans une société paternaliste, aspect par ailleurs réussi grâce à l’interprétation concernée de Dolores Fonzi, qui facilite la focalisation du cinéaste sur son personnage. On comprend dès lors que son voyage est moins motivé par l’exotisme que par une volonté d’isolement. Paulina cherche à s’éloigner des circuits balisés qui emprisonnent la gente féminine, la famille en particulier. Si elle peut paraître en premier lieu antipathique, Mitre joue justement de sa complexité, de sa pensée impossible à déchiffrer, surtout à partir du moment où le film opère un choix dramatique fort. Une nuit, elle est sexuellement agressée par une bande de jeunes, comprenant certains de ses élèves. Pourtant, elle refuse de les dénoncer, à la grande surprise de ses proches, mais aussi du spectateur. L’événement, assez surprenant, marque une véritable scission dans le métrage, qui crée une distance immédiate avec le public. Au-delà des questions d’éthique, voire de conventions face au désir idéaliste de Paulina de préserver ces êtres perdus qu’elle tente d’aider, le réalisateur a la bonne idée de ne jamais trancher. Nous ne comprenons pas les choix d’un personnage qui ne les comprend pas elle-même. Nous nous retrouvons dans l’impossibilité de juger, malgré une gêne évidente marquant notre propre acceptation des codes d’une société sur lesquels nous ne réfléchissons plus.

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De cette façon, Santiago Mitre rappelle à plusieurs reprises la démarche de François Ozon sur son merveilleux Jeune et Jolie, film conscient du pouvoir des images et nous invitant à la modération de nos interprétations sur celles-ci. Paulina interroge à sa manière le besoin d’une distance, d’un contrepoint sur ce que nous voyons, contrairement aux personnages qui précipitent leurs opinions pour tomber dans des préjugés. Mais là où Ozon parvenait à subtilement développer des bribes de psychologie à son héroïne sans jamais les appuyer, Mitre se complaît un peu trop dans le mysticisme d’une mise en scène qui finit alors de montrer ses limites. Son protagoniste a beau avoir un fort caractère, le flou qui l’entoure rend difficile l’identification, et alourdit l’ensemble, sauvé par un dernier acte tendu au tragique cornélien. La fin du long-métrage se construit d’ailleurs comme une boucle avec son ouverture. Le dialogue est toujours inutile, tandis que l’image préfère observer la marche de son héroïne. Le déplacement du corps est à lui seul vecteur de sens, car Paulina transforme le sien en étendard de sa liberté. Elle veut en disposer comme elle l’entend, ne plus être soumise aux lois et aux idées préconçues qui écrivent l’avenir avant même que ce dernier nous offre le choix. En cela, Mitre gère avec talent son montage et l’épure de sa narration pour suggérer l’inattendu, voire une quasi-improvisation qui relèverait du documentaire. Ce style et les parti-pris qui en découlent sont bien évidemment à discuter, mais ils n’enlèvent en rien la qualité fondatrice de Paulina : celle d’être un portrait de femme puissant et fascinant.

Réalisé par Santiago Mitre, avec Dolores Fonzi, Oscar Martinez, Esteban Lamothe

Sortie le 13 avril 2016.

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PAULINA : Strong independent woman ★★★☆☆
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