Critique Film

NIGHT CALL : La cité des anges déchus ★★★★★

Jake Gyllenhaal magistralement flippant dans un thriller d’exception.

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Un titre français évocateur, information pills une voiture de sport, healing un personnage (quasi-)sociopathe, un Los Angeles noctambule éclairé aux néons et accompagné de sonorités électros acides… Night Call serait-il juste un pâle copier/coller de Drive, vendu par les mêmes producteurs ? Non, et c’est d’ailleurs par le peu de ressemblance qu’il partage avec le film de Nicolas Winding Refn qu’il parvient à se démarquer de la majorité des thrillers urbains actuels. Ou comment un soir, l’inquiétant Lou Bloom (Jake Gyllenhaal, magistral) découvre sa vocation. En assistant à un sauvetage d’une voiture en feu, il se fascine pour une troupe de pigistes s’abattant comme des rapaces sur le lieu de l’accident, afin d’en tirer des images, et de les vendre ensuite aux journaux télévisés locaux. Il parvient à s’acheter un caméscope et se branche sur les fréquences de la police, pour partir lui aussi en quête de vidéos chocs.

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Dès son générique et ses plans fixes de la Cité des Anges, on comprend que Night Call a quelque chose de malsain. Rien ne fait vrai. La métropole ressemble à un sapin de Noël, reflétant par toutes ses lumières la modernité métallisée et stylisée des États-Unis actuels, le tout lissé par l’emploi de caméras numériques. On sent l’ombre de Michael Mann dans cette manière de faire du décor un personnage à part entière, sauf que Dan Gilroy (dont c’est la première réalisation) s’avère beaucoup plus frontal et direct quand il s’agit de montrer son vrai visage. En attendant la nuit pour filmer les crimes les plus sordides, Lou se fait le spectateur d’une société folle et pourrie jusqu’à l’os. Il visite les différents quartiers de L.A., comme pour laisser la ville exprimer ses différentes émotions. Indirectement, il nous ouvre les yeux quant aux disparités causées par le système, qui quadrille les populations prisonnières d’un territoire et de préjugés. Le cadre (dans les deux sens du terme) lui est donné. Il n’a plus qu’à appuyer sur le bouton.

Jake Gyllenhaal plays an unscrupulous news cameraman in the thriller Nightcrawler

Dès lors, Night Call devient dérangeant. Avec son regard vide et effrayant, Lou voit le rendu de son travail comme une réalité alternative, qu’il peut « sublimer ». Quand il en a le temps, il cherche les meilleurs cadres, déplace des éléments (dont des corps) comme de simples accessoires de plateau de cinéma. Il fictionnalise des évènements dramatiques pour les rendre plus spectaculaires, s’engouffrant dans les travers d’une télévision qu’il trouve « si réel », mais qui ne repose que sur des artifices. Lui reste insensible, sachant qu’il est soutenu par Nina (Rene Russo), journaliste prête à tout pour augmenter le taux d’audience de son émission, et stimulée par l’immoralité de plus en plus grandissante du pigiste. Cependant, bien plus qu’une énième critique du voyeurisme morbide de la télévision actuelle, Night Call est avant tout un miroir (pas si) déformant du rêve américain. Le personnage de Lou se révèle fascinant parce qu’il sait improviser, mais surtout parce qu’il a souvent un coup d’avance. Sa vie entière est pensée, régie par son plan de carrière. Sa philosophie se résume à des phrases toutes faites sorties de cours d’économie. Il se crée des œillères, ne moquant éperdument des conséquences de ses actions sur les autres. A moins qu’il ne s’en rende pas compte…

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Au final, la prouesse de Dan Gilroy est, malgré l’inquiétante étrangeté qui se dégage de son anti-héros en permanence, de rendre son film extrêmement divertissant et grisant. La tension a beau être omniprésente, on est avant tout happés par la frénésie de l’histoire, magnifiquement accentuée par les scènes en voiture. Extrêmement bien filmées, elles captent avec merveille la vitesse de la Chevy de Lou, filant à travers la nuit. Le long-métrage aime jouer de cette rapidité et de l’accumulation de certaines situations pour montrer le véritable point fort du personnage : il semble ne pas avoir de limites, ou alors il n’hésite pas à constamment les repousser. Sa volonté est infinie, mue par une volonté de progression qui écrase tout sur son passage. Là encore, le réalisateur rend terrifiant les dérives d’un système qui prône le dépassement de soi, quitte à tomber, ici, dans l’illégalité. Nous coupant le souffle au fur et à mesure jusqu’à son incroyable final, Night Call paraît ne jamais vouloir s’arrêter, reposant ainsi sur un effet crescendo qui le rend d’autant plus choquant. Rarement un thriller récent n’a su aussi bien détruire le mythe de la réussite à l’américaine. Un mythe qui s’allégorise en monstre, que ce soit devant la caméra de Gilroy, ou derrière celle de Lou.

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