Critique Film

MISSION : IMPOSSIBLE – ROGUE NATION : A corps perdu ★★★★☆

Tom Cruise revient plus en forme que jamais pour l’un des meilleurs volets de la saga.

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Peu de stars hollywoodiennes peuvent se vanter de faire des films qui ont été pensés pour elles. Mais indéniablement, Tom Cruise appartient à cette catégorie, si bien qu’il est désormais plus facile de qualifier chacun de ses nouveaux volets de « Tom Cruise movie » plutôt que de chercher à les étiqueter au rayon cinéma d’action, d’espionnage, ou même de SF. Acteur mais aussi producteur, il gère depuis quelques années sa carrière avec un rare génie, pourtant loin des performances à Oscars. Il s’agit ici d’un jeu toujours subtil mis au service d’un corps, d’une présence physique, et d’une réflexion sur cette présence physique. Capable de la sublimer mais aussi de la remettre en question, Cruise l’exploite comme pur outil cinématographique. La force du septième art peut alors le multiplier (Oblivion), le faire mourir à l’envie (Edge of Tomorrow) ou lui permettre de réaliser les cascades les plus insensées (Mission : Impossible – Protocole Fantôme). Ce corps, bien présent à l’écran semble cependant irréel, au point d’abstraire le comédien et ses personnages. Pour cela, il a su s’entourer des meilleurs, toujours en traque d’une plus-value artistique dans des blockbusters qui n’avaient à première vue pas grand-chose à offrir. Rien d’étonnant donc à ce que Christopher McQuarrie (scénariste de Walkyrie, de Protocole Fantôme et réalisateur de Jack Reacher), spécialiste dans la mise en valeur de l’acteur et artiste confirmé, prenne enfin les rênes de la saga Mission : Impossible.

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Rogue Nation semble même avoir pour principal but d’aller encore plus loin que Jack Reacher dans la sublimation de Cruise. Celui « qu’on ne trouvait que s’il le voulait » s’apparente plus que jamais à Ethan Hunt, traqué par la CIA après que la Force Mission Impossible ait été dissoute. Invisible, à priori omniscient, il apparaît toujours au bon moment, improvise dans les pires situations et s’en sort à chaque fois. Présenter l’acteur comme l’un des derniers représentants des action heroes des années 80-90, voilà le programme de Rogue Nation, qui l’exprime dès sa gigantesque scène d’ouverture. Alors qu’ils sont en pleine mission, les collègues d’Ethan ne parviennent pas à savoir où ce dernier se trouve. Après s’être fait désirer pendant quelques minutes, le personnage débarque dans le cadre avant de s’accrocher à un avion en plein décollage. Il s’agit sans doute de la meilleure idée de McQuarrie : ouvrir le film par la fameuse cascade « made in Tom Cruise » désormais nécessaire à la promotion d’un nouveau volet. Comme pour se donner un plafond qualitatif, le défi du long-métrage sera par la suite de savoir le dépasser. Rogue Nation se montre dès lors comme un travail d’orfèvre en matière d’écriture et de mise en scène, dévoilant une quête précise de l’équilibre entre l’action, la tension et l’humour, mais aussi entre les tics des blockbusters de la fin du siècle dernier et ceux d’aujourd’hui.

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En effet, le cinéaste ne cherche pas ici que la simple efficacité. Il est avant tout question d’élégance. Le découpage, d’une incroyable beauté, en est le meilleur exemple, oscillant entre le dynamisme d’un Jason Bourne et l’esthétisme plus posé d’un James Bond. Il en va de même pour le scénario, qui place intelligemment ses scènes d’action au sein d’un récit prenant par ses multiples tiroirs, que McQuarrie parvient à synthétiser. Et c’est sans doute le verbe qui sied le mieux à ce Rogue Nation. En piquant par-ci par-là quelques idées venant d’autres films d’espionnage, et tout particulièrement aux précédents épisodes de la saga, le réalisateur crée son propre style, rappelant par la même occasion la véritable force de la franchise Mission : Impossible : celle de se baser sur des codes, pour ensuite les ouvrir à différents cinéastes, chacun avec une vision propre. Au-delà de cette élégance qui le caractérise, McQuarrie se distingue également par son profond respect envers ses prédécesseurs, à commencer par Brian De Palma, dont il exploite volontiers les intrigues paranoïaques (Ethan Hunt poursuit une organisation dissidente, le Syndicat, prête à tout pour mettre en place un nouvel ordre mondial) et les inspirations hitchcockiennes, trouvant son paroxysme dans la plus belle scène du film : une infiltration dans les coulisses de l’Opéra de Vienne, où un meurtre se prépare façon L’Homme qui en savait trop.

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Sans être nostalgique, Rogue Nation aime malgré tout son aspect joliment rétro (la mission de Hunt lui est livrée sur un vinyle) et son côté espionnage à l’ancienne, constitué de secrets, de trahisons et de faux-semblants. La grammaire cinématographique de McQuarrie use alors à merveille du hors-champ et du montage alterné pour rendre sa menace crédible et inquiétante. Mieux encore, elle permet au réalisateur de complexifier le personnage de Tom Cruise, appuyant sa suprématie sur l’univers du film pour mieux la remettre en question. Cette sur-puissance qu’il représente, sorte d’allégorie du rôle de l’espion de fiction, au même titre que James Bond, est mise à mal par une intrigue qui lui échappe, et quelques instants de faiblesse qui le renvoient à son statut d’être humain. McQuarrie en profite d’ailleurs pour calmer l’ego trip de l’acteur en lui créant un double féminin : Ilsa Faust (Rebecca Ferguson, la révélation du métrage), une agent au jeu trouble, mystérieuse et fascinante, qui semble toujours avoir un temps d’avance sur Hunt. Face à cette incompréhension de l’ennemi, le héros a plus que jamais besoin de son équipe, offrant l’opportunité à cette dernière d’être plus présente que dans les volets précédents. L’humour de Benji (Simon Pegg), l’inquiétude de Brandt (Jeremy Renner) et le charisme naturel de Luther (Ving Rhames) font merveilles et donnent de l’épaisseur à l’ensemble. A l’heure où la majorité des blockbusters se contente d’empiler les plans numériques, il est clair que Tom Cruise a compris ce qui demeurait essentiel : des corps, des vrais, cachés derrière un écran pour livrer de vraies émotions, aussi bien durant une phase de dialogue que pendant une course-poursuite. Le divertissement provient de ce réel goût du risque, comme s’il cherchait une plus grande proximité avec son spectateur. Quand il doit retenir sa respiration trois minutes (six sur le plateau selon les dires de la production!) pour les besoins d’une magnifique scène sous-marine, notre souffle se coupe avec le sien. Et c’est pour ce rapprochement, ce partage de sensations et cette compréhension du pouvoir du cinéma qu’on continue de l’adorer.

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