Critique Film

MIA MADRE : Un grand Nanni Moretti ! ★★★★☆

Un savant mélange de gravité et d’humour bien placé au service d’une excellente mise en scène.

Shots from "Mia Madre"

Un long générique, passé dans le noir, nous laisse savourer la pièce pour piano Für Alina (Arvo Pärt), entendue récemment dans Foxcatcher. Les accords résonnent et poussent déjà à l’introspection. Dès ces premières notes, le ton est donné et plonge le spectateur dans l’attente d’un sujet grave, lent et méditatif.

On retrouve dans Mia Madre tout ce que l’on avait aimé du Nanni Moretti acteur mais aussi réalisateur de La Chambre du fils : une retenue pudique, un contenu fort et puissant, un thème universel. Le cinéaste italien, tout en retrait dans le film, met en scène l’histoire de Margherita, réalisatrice de son état, dont la mère est à l’hôpital, en fin de vie. Malgré la situation, elle s’escrime à tourner un film engagé, dont la vedette américaine, Barry (John Turturro) la met à rude épreuve. Lors des visites quotidiennes à sa mère, elle croise souvent son frère Giovanni (Nanni Moretti) qui l’aide à accepter le prochain décès de leur mère.

Shots from "Mia Madre"

La mise en abyme de son histoire personnelle a poussé Nanni Moretti dans ses retranchements, l’obligeant à traiter de ce sujet avec sensibilité et une immense finesse. En adoptant le point de vue d’une femme, il transmet toutes ses émotions et dialogue avec lui-même, par le biais du personnage de Giovanni. Comme si ces deux personnages symbolisaient l’opposition farouche qui se joue en nous lorsqu’un être cher va mourir : Margherita ne peut s’y résoudre, tandis que Giovanni accepte davantage l’inéluctable, y voit une sorte de libération. Le regard constamment bienveillant que pose Nanni Moretti sur ses personnages crée une forte empathie chez le spectateur. Nous vivons la schizophrénie de Margherita qui la pousse vers la vie, vers son quotidien de réalisatrice… jusqu’à ce que la réalité la rattrape, nous rattrape, nous bouleverse. Le personnage de la mère, particulièrement solaire et bien écrit, nous force à percevoir la vérité de la fin de vie. Plutôt mourir chez soi que plus tard, entouré de tuyaux et d’infirmiers. Le choix de finir ses jours dignement nous transperce et ne peut que nous convaincre, tant la mise en scène, les silences et les regards sont précis dans chaque scène « de famille ». L’analyse des sentiments contradictoires dans cette situation, les mots employés : tout sonne juste. La lenteur du film gênera peut-être quelques spectateurs, mais force est de constater que Moretti maîtrise la forme, le rythme et ses images.

Shots from "Mia Madre"

A cette maîtrise grave et solennelle s’ajoutent de délicieuses et rafraîchissantes bulles de comédie, qui portent un regard très acide sur le monde du cinéma, celui de Nanni Moretti. John Turturro déjanté et sans complexe, retrouve la folie entrevue dans The Big Lebowsky. Lorsqu’il fait le pitre ou se prend trop au sérieux, il verse dans une caricature très maîtrisée des plus burlesques. Incontrôlable, son personnage entre en total opposition avec Margherita, créant ainsi quelques scènes drôles et décalées, voire hystériques, notamment dans une séquence de danse totalement improbable ! Ce mélange de sobriété et de comédie fait de Mia Madre un film complet, dont le sujet touche profondément. Il restera comme un grand film du cinéaste italien.

La Cinéphile Éclectique (http://carnetscritiques.over-blog.com/)

Réalisé par Nanni Moretti avec Margherita Buy, Nanni Moretti, John Turturro

Sortie le 2 décembre 2015.

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