Critique Film

MESSAGE FROM THE KING : Un Belge dans la ville ★★☆☆☆

Pour son premier film américain, patient Fabrice du Welz cherche à retrouver le goût des revenge movies d’antan, mais peine à aller au bout de ses envies.

Appartenant à la mince vague de réalisateurs défendeurs d’un cinéma de genre francophone burné et droit dans ses bottes, Fabrice du Welz ne pouvait qu’attiser notre curiosité avec sa première incursion américaine. Cette dernière répond d’ailleurs à un pur fantasme pour tous les cinéphiles qui se mettent deux doigts dans la bouche à la vue d’un drame bourgeois en huis clos dans un appartement parisien, puisqu’elle correspond à l’envie régulière des producteurs d’Outre-Atlantique de piocher dans un réservoir de cinéastes étrangers, afin de leur confier des projets au genre ultra-codifié qu’ils pourront – en théorie – approcher avec une vision particulière. Si ces occasions saisies se s’avèrent pas toujours satisfaisantes (le Hitman de Xavier Gens ou plus récemment Bloodfather de Jean-François Richet), elles ont au moins le mérite de permettre à des artistes de s’essayer à des exercices de style au travers d’un scénario à la forme contraignante, les obligeant à mettre à l’épreuve leur créativité. Message from the King entre parfaitement dans cette logique grâce à son concept de revenge movie épuré à l’extrême : Jacob King (Chadwick Boseman, très convaincant) débarque à Los Angeles à la recherche de sa sœur disparue, avant qu’il ne retrouve son cadavre. S’ensuit alors une traque vers ses meurtriers, qui le plongent dans les diverses facettes de la ville.

Jouissant à la fois des références de son auteur et de sa découverte d’une pure ville de cinéma, le film s’inscrit autant dans un retour à la blacksploitation que dans une ode à Los Angeles, personnage cosmopolite dans lequel se mêlent villas de rêve et quartiers poisseux, régulièrement bien servis par la photographie de Monika Lenczewska. Si elle s’amuse à citer ouvertement Blade Runner dans une scène de poursuite avec des policiers sous la pluie (la meilleure du métrage), ou encore Michael Mann dans ses lumières nocturnes (qui d’ailleurs a été attaché au projet pendant un temps), elle aide Message from the King à déployer toute la variété de tons et d’inspirations que désire son réalisateur, et qui parviennent à faire mouche dans une première partie à l’atmosphère rugueuse, témoin d’une Amérique abandonnée et pervertie par son système. Tout en restant vague sur un quelconque contexte politique ou économique, du Welz nous renvoie surtout au cinéma des années 70 auquel il se réfère, qui se montre toujours autant d’actualité. Malheureusement, le réalisateur peine à conserver la spécificité presque aride de son film en cédant à une programmation trop évidente de l’intrigue. Message from the King sombre alors dans la série B tellement fière de se prendre au premier degré (ce qui reste tout à son honneur, à l’heure où le cynisme gangrène ce type de productions) qu’elle ne cherche pas à démarquer ses passages obligés, que l’on a l’impression d’avoir déjà vus mille fois ailleurs, avec une plus grande implication et une plus grande recherche d’émotion.

Le cinéaste a beau tenter de développer un pur film de genre par des caractérisations absolues de personnages et par des visuels singuliers, à l’instar de cette chaîne de vélo transformée en arme ou encore cet homme de main affichant un masque maintenant sa mâchoire que le héros lui a disloqué, le long-métrage ne réussit pas à graver des images, principalement par ses difficultés à construire un crescendo émotionnel, nous laissant ainsi de marbre lors d’un dernier acte précipité, qui conclut en eau de boudin nombreuses de ses sous-intrigues. Si cet échec incombe en partie aux choix des producteurs, Fabrice du Welz affirmant sans langue de bois avoir été en désaccord avec eux (une réalité souvent fréquente quand les frenchies partent pour les États-Unis), celui-ci est néanmoins responsable de la distanciation qu’il engendre entre le spectateur et ses protagonistes, filmés avec une caméra épaule d’abord déférente à l’ambiance qu’il cherche à retranscrire, avant de devenir l’éternel cache-misère utilisé pour contrer les failles d’une scénographie faible, surtout lors de scènes d’action proprement illisibles, qui nous empêchent de ressentir quoi que ce soit à la mort de personnages, même les plus importants. C’est d’autant plus dommage que Message from the King partait avec une profession de foi respectueuse et respectable de son sujet, satisfaisante pour les amoureux de polars énervés et de quêtes de justice qui ne s’embarrassent pas de bien-pensance. L’ensemble propose ainsi quelques belles fulgurances quand il peut s’accrocher à cette envie (notamment dans sa géniale fin qui retourne nos perspectives sur le récit), mais cela ne suffit pas à combler nos carences en actioners bruts, quand bien même nos attentes ont déjà fortement baissé par leur disparition progressive.

Réalisé par Fabrice du Welz, avec Chadwick Boseman, Teresa Palmer, Luke Evans

Sortie le 10 mai 2017.

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