Critique Film

LOST RIVER : Il était une fois Ryan Gosling ★★★☆☆

Ryan Gosling passe derrière la caméra pour un manifeste imparfait mais prenant.

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En tant qu’acteur, Ryan Gosling gère sa carrière par le brio d’un tiraillement entre ses images de sex-symbol hollywoodien et de défenseur d’un cinéma indépendant exigeant. Des débuts au Mickey Mouse Club aux derniers chefs-d’œuvre dérangeants de Nicolas Winding Refn, ces pôles à priori contradictoires sont en réalité les deux facettes complémentaires d’un univers artistique varié, trouvant un terrain d’expression encore plus fertile maintenant que le comédien passe derrière la caméra. Ainsi, la force et la faiblesse de Lost River n’est autre que sa dimension de manifeste, voire d’autobiographie. Dans les rues désertées d’un Detroit en ruines, la vie s’est transformée en survie pour Billy (Christina Hendricks), son fils Bones (Iain De Caestecker) et sa jeune voisine (Saoirse Ronan). Rêvant de fuite, ces êtres perdus ne font pourtant que stagner, errer dans les souvenirs d’une vie passée, aussi fantomatique que l’ancienne ville engloutie par un barrage.

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Par ses histoires de malédiction et ses personnages archétypaux, Lost River prend la forme d’un conte macabre, dont les teintes fantastiques proviennent d’un quotidien devenu malsain. Ces vestiges d’une société ont fait disparaître avec elle toute humanité, piteusement dissimulée derrière des mises en scène censées libérer les pulsions des habitants. Entre le muscle-car décapotable de la brute du coin (Matt Smith, méconnaissable) et l’étrange cabaret à tête de dragon, l’esthétisation au cœur du récit s’accorde à celle du film, et mène inexorablement à la violence et à la désolation. Sublimé par la lumière de Benoît Debie, chaque plan affirme une volonté de contemplation, faisant se dilater le temps alors que les protagonistes ne souhaitent qu’aller de l’avant et faire avancer l’intrigue. Gosling joue alors des codes de la narration pour nous manipuler et nous sortir de la zone de confort que l’on croyait acquise par ce mélange de genres stéréotypés.

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Lost River est donc à voir comme une pure expérimentation, un exercice de style rendu plaisant par la passion de son réalisateur pour l’univers qu’il dépeint, suite d’inspirations et de références explorées avec talent dans une forme de fantasme pour tout cinéaste en herbe. Si le mimétisme de figures comme Lynch, Malick ou Cianfrance s’avère parfois trop pesant, il se traduit non pas par une absence de regard propre mais par une vision de cinéphile. Cela n’empêche cependant pas le film de souffrir d’un rythme irrégulier et d’un manque de développement de certains éléments du scénario. Probablement trop ambitieux pour un premier long-métrage, Lost River échoue par moments à être aussi marquant qu’il le voudrait, la faute à un aspect bordélique qui contribue pourtant à son charme. Ce paradoxe confirme sa principale portée, celle de définir son auteur tout aussi tiraillé dans cette première pierre d’un édifice prometteur. Malgré ses imperfections, le pari est réussi. Désormais, on attendra aussi Ryan Gosling derrière la caméra.

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