Critique Film

LE REDOUTABLE : Désacraliser n’est pas déconstruire ★★★★☆

Hilarant et passionné, viagra le nouveau film de Michel Hazanavicius remet en question le mythe Godard avec intelligence et panache.

Si Le Redoutable peut à première vue étonner dans la filmographie de Michel Hazanavicius, sales il est en réalité totalement cohérent avec le reste de son œuvre. En s’attaquant au monument Jean-Luc Godard, price et plus précisément à sa période de doute artistique et politique en plein mai 68, le cinéaste s’amuse tout d’abord à mêler la vie du réalisateur phare de la Nouvelle Vague à son style, dans un pastiche réjouissant, qui prouve avant tout sa faculté de jongler avec des esthétiques pour en reprendre l’essence et la force au sein de leur contexte créatif, à l’instar de The Artist et son respect du drame muet à l’heure de l’arrivée du parlant.

Cependant, Hazanavicius a surtout le mérite de ne jamais sacraliser ses inspirations, d’en révéler les limites, aussi bien d’un point de vue technique que dans l’idéologie qu’elles sous-tendent, et ainsi apporter un décalage humoristique par un recul qui a tendance à mettre en rogne les ayatollahs de la culture française. Que cette intelligence se prête à l’exercice du mashup, de façon à lui offrir l’un de ses meilleurs représentants (Le Grand Détournement), ou cherche à mettre à mal les valeurs arriérées d’une France dont notre société porte encore les stigmates (les OSS 117), le succès populaire de ses métrages révèle surtout le besoin plus ou moins conscient du public de remettre en question ses certitudes avec lesquelles on le force à penser, plutôt qu’à les entretenir. Ce simple fait, aisément conjugable avec ce soulèvement de plus en plus marqué des peuples face à leurs médias et leurs dogmes instaurés en vérités générales, prouve à lui seul l’actualité dans laquelle flotte Le Redoutable, malgré l’incompréhension d’une partie de la presse, qui n’y voit là qu’un objet doucement désuet, ou pire, un blasphème.

Pourtant, son créateur n’est pas là pour tirer à boulets rouges sur le réalisateur du Mépris, même si le film joue régulièrement avec la personnalité fantasque de l’artiste, que Godard a d’ailleurs toujours assumé. Fasciné par ce produit de cinéma qui a su faire de sa vie un film, Hazanavicius lui rend sa place d’électron libre aussi insupportable que touchant dans ses maladresses. Car si la carrière du célèbre Suisse, et son impact sur le septième art français méritent aujourd’hui d’être interrogés, cela n’impose pas de déconstruire son œuvre. Au contraire, Le Redoutable souligne avec un respect évident la révolution qu’a constitué le cinéaste, non pas par sa réflexion mais par l’acte même de réfléchir sur le cinéma, de ne jamais être satisfait de ce qui lui semble acquis et de constamment rejouer sa mise. Jean-Luc Godard a fondé son mythe sur ses contradictions, sur ses coups de gueule que le métrage embrasse avec humour, sans pour autant oublier la hargne qui habite l’homme les exclamant. Michel Hazanavicius sait porter sa caméra avec humilité, de façon à ce que le personnage prenne le contrôle de son propre film, alors qu’il perd pourtant pied à force de vouloir s’accorder à un temps qui lui échappe. Voulant se fondre dans la masse des manifestants, il ne parvient qu’à mieux se détacher de la foule par sa grandiloquence, que Louis Garrel incarne avec une présence exceptionnelle, tout en jouant sur les subtilités d’un tel rôle.

Hazanavicius propose alors une mise en scène adaptée à son protagoniste : haute en couleurs, limite pop par instants, mais surtout toujours au service de l’émotion, notamment lorsqu’il s’agit de déployer des dialogues ciselés et la gestuelle corporelle de ses acteurs faisant face à un homme aussi génial qu’asocial. On pensera tout particulièrement à un plan-séquence fixe absolument hilarant dans une voiture bondée, où le silence gêné n’attend que l’explosion des griefs de chacun. Pour sûr, le cinéaste n’a pas oublié son propre style, sa gestion d’un humour dans lequel se déploie un « cringe » appuyant par un rythme millimétré l’action et la réaction face à un propos déplacé. C’est en partie pour cela que Le Redoutable est aussi hilarant que tragique, tant il montre la manière dont les doutes et les obsessions d’un être le poussent à s’éloigner de ceux qu’il aime. Le film prend dès lors le point de vue d’Anne Wiazemsky, la femme du réalisateur (Stacy Martin, éblouissante), que ce dernier ne peut qu’irrémédiablement perdre. Il est clair que Godard a toujours eu un sens de l’ironie assez mordant, et Hazanavicius ne se prive pas pour le partager dans un running gag du film, dans lequel l’artiste casse plusieurs fois ses lunettes. En se fourvoyant dans la façon de changer son regard sur le septième art, il en perd littéralement la vue, et en oublie les plus belles images qui se trouvent pourtant juste à côté de lui. Mais c’est aussi dans cette répétition de l’erreur, dans cet acharnement à se renouveler, que Michel Hazanavicius capte l’essence de Jean-Luc Godard.

Réalisé par Michel Hazanavicius, avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Béjo

Sortie le 13 septembre 2017.

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