Critique Film

LE HOBBIT : LA BATAILLE DES CINQ ARMÉES, le voyage s’achève ★★★★☆

Pour son dernier voyage en Terre du Milieu, Peter Jackson a bien décidé de nous embarquer dans une nouvelle fresque dantesque dont il a le secret. Accrochez-vous !

THE HOBBIT: THE BATTLE OF THE FIVE ARMIES

Les magnifiques notes d’Howard Shore débutent, accompagnant le traditionnel générique à la police d’écriture bien connue. Pour la dernière fois. En regardant La Bataille des Cinq Armées, ultime volet au triptyque du Hobbit, il est impossible de ne pas penser au fait que Peter Jackson ne nous invitera plus à voyager en sa compagnie dans cette chère Terre du Milieu. Dès lors, il n’est plus simplement question d’assister à une simple séance de cinéma, mais d’en profiter au maximum (on oubliera ici les cyniques qui ne voient en cette saga qu’une façon pour la Warner de faire déborder les tiroirs-caisses). L’auteur de Braindead, passé maître dans l’art d’emporter le spectateur avec lui, a bien compris l’enjeu d’un tel adieu. Plus encore qu’avec ses précédents films, il ne nous ménage pas, débutant sans crier gare sur la suite directe du cliffhanger (un poil putassier) de La Désolation de Smaug, où le dragon en question, après avoir été réveillé par Bilbon et la compagnie des nains dans le royaume d’Erebor, s’apprêtait à attaquer les innocents de la cité voisine, Lacville.

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Finalement assez courte par rapport à l’enjeu narratif que représente le reptile volant, cette introduction (qui aurait mieux fait de servir de final au précédent volet, avouons-le) nous plonge ainsi en quelques minutes dans les flammes et ténèbres naissantes, annonciatrices du chaos commis en Terre du Milieu dans Le Seigneur des Anneaux. Comme une réponse au « Qu’avons-nous fait ? » de Bilbon à la fin du dernier opus, La Bataille des Cinq Armées se veut le film de l’explicitation, de la vision de l’horreur. Jackson a eu le génie de construire la mythologie de sa trilogie par la suggestion et le hors-champ, lui permettant une réflexion sur le sens de l’heroic-fantasy (ce qu’il faut montrer et ce qui doit rester de l’ordre de l’imaginaire) et sur des concepts invisibles, tels que les frontières. L’émerveillement aveugle envers ce si beau monde est définitivement banni. Le naïf Hobbit est enfin témoin de la façon dont les êtres doués de conscience, qu’ils soient humains, Elfes, Nains ou Orques, sont capables de le souiller et de le détruire. Plus que jamais, l’image est au centre du dispositif, délaissant la magie de l’univers pour sa violence.

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Le Hobbit 3 est donc un pur film de guerre, ayant presque pour unique décor la Montagne Solitaire. Si le talent de mise en scène du réalisateur du Retour du Roi n’est plus à démontrer, il semble s’être dépassé pour le bouquet final. Pendant plus d’une heure de bataille, il fait s’entrechoquer les corps et les matières en dépassant la simple notion de spectaculaire. En ressort une drôle de poésie, un questionnement sur le rapport entre la chair et le numérique, sur la manière de mêler dans un même plan des acteurs à de purs personnages et décors fantasmés. Il n’est pas étonnant que ces créations de vies artificielles fascinent autant l’un des pionniers de cette imagerie (tout particulièrement dans le cadre de la performance capture). Grâce à elle, il peut magnifier un morceau de chorégraphie ou hyperboliser une action héroïque. Cette idée est même épaulée par des mouvements de caméra souvent démentiels (notamment les travellings fonçant sur les armées) et une 3D efficace. En bref, Jackson fausse la réalité pour décrire la légende, donnant toute sa raison d’être à un film qui se définit comme un pont entre deux parties distinctes d’une même mythologie, à l’instar de ce que La Revanche des Sith valait pour Star Wars. L’histoire doit absolument être racontée, mais pas de n’importe quelle manière. On peut d’ailleurs comprendre cette ambition du réalisateur à travers les mots de Gandalf à Bilbon dans Un voyage inattendu, quand il lui raconte en affabulant les exploits du Hobbit Taureau Rugissant : « Toute histoire mérite d’être embellie. »

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De cette façon, La Bataille des Cinq Armées joue clairement d’un aspect épique. Jackson n’hésite pas à enchaîner les affrontements, et surtout, à les étirer, parfois jusqu’à l’absurde (les nombreuses acrobaties de Legolas dans le dernier acte, ou encore le duel entre Thorïn et Azog), pour notre plus grand plaisir. Depuis le temps, le cinéaste connaît son public, et cet ultime épisode conforte dans l’idée qu’il cherche avant tout une générosité de divertissement, principale marque d’affection que l’on peut trouver au long-métrage. Néanmoins, ce trop plein d’amour et de passion marque parfois les limites du scénario, notamment à cause d’un montage final auquel il manque clairement des séquences (on attendra la version longue pour le confirmer). Certains personnages se retrouvent ainsi quasiment absents du troisième acte (Bard, Gandalf ou encore Thranduil), et certains choix artistiques peuvent irriter, à l’image de quelques touches d’humour malvenues, principalement dues à l’exaspérant Alfrid. Mais ces défauts mineurs n’entachent en rien le plaisir que l’on éprouve devant le récit de Jackson. On félicitera notamment sa volonté de conserver dans son histoire une part de mysticisme, à l’heure des blockbusters rationalisant constamment leur univers ; ce à quoi il aurait pu se laisser prendre en concluant sa trilogie. Cela ne fait pas simplement entrer La Bataille des Cinq Armées au panthéon des films d’heroic-fantasy (comme ses prédécesseurs d’ailleurs). Les enjeux n’en sont que plus inquiétants, et permettent même de définir les tourments du véritable héros du film : Thorïn. Souffrant de l’étrange « Mal du Dragon » depuis son arrivée à Erebor, sa soif de pouvoir, n’en est que plus grande, au point de le conduire aux portes de la folie. Au sein d’un monde où les actions physiques forgent les légendes, assister à une séquence aussi déroutante que celle du combat intérieur du nouveau roi de la Montagne Solitaire est un pur exploit, et l’un des plus beaux exemples d’héroïsme que le cinéaste ait pu décrire.

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Mais ce grand final est avant tout l’occasion pour Peter Jackson de remettre à leur place ses détracteurs en montrant l’incroyable cohérence de sa saga. Car au-delà du simple voyage cinématographique qui nous est offert, le réalisateur a définitivement assimilé l’œuvre de Tolkien pour parvenir à transcrire son sens, à savoir la description de l’évolution de civilisations. Il a bien compris la nécessité de faire de cette seconde trilogie un prequel de la première (même si Tolkien a écrit les aventures de Bilbon avant celles de Frodon), amenant au fil des épisodes ce conte léger, magique et coloré, vers la solennité grave et volontairement terne qui s’inscrira définitivement dans l’histoire de la Terre du Millieu soixante ans plus tard. Le Hobbit est donc à voir comme un miroir brillamment pensé du Seigneur des Anneaux, appuyant la maîtrise de Jackson sur cet univers complexe, qui aurait pu, comme pour ce cher Bilbon Sacquet, être trop grand pour lui. Sa force a toujours été d’accentuer les contrastes de manière hyperbolique (que ce soit par les décors ou les physionomies des différentes espèces) ; passer du macro au micro, de l’immensité d’une armée aux êtres qui la composent. Ainsi, les personnages ne se perdent jamais dans le récit, prenant toujours le temps d’exprimer leurs émotions pour que les nôtres en soient amplifiées.

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Car les seuls à être trop petits pour la Terre du Milieu, ce sont finalement les spectateurs, qui se retrouvent happés, voire submergés par ce monde, dont la puissance d’évocation et la richesse lui permettent de voir au-delà des limites du cadre. Le pouvoir de l’imaginaire et du cinéma font que le hors-champ, et plus généralement l’invisible est à notre portée, comme si nous enfilions d’un simple geste l’Anneau unique à notre doigt. Dès lors, la boule qui se crée dans notre gorge durant les dernières minutes de cet adieu n’est pas tant due à notre séparation d’un univers qui nous a tant fait rêver, mais plutôt de celle avec son créateur. En près de quinze ans, Peter Jackson est devenu plus qu’un cinéaste mythique. Il a réussi, à l’heure de productions hollywoodiennes de plus en plus cyniques, à simplement nous raconter des histoires, sans aucune arrière-pensée. Son plus beau talent est devenu le même que celui de Tolkien : être un grand conteur.

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