Dossier

LA GRANDE AVENTURE LEGO est-il un film anti-copyright ?

LEGO

Un hommage au brick-film

Mais plus précisément, La Grande aventure Lego défend la liberté du web par un plan formel qui appuie son propos. En effet, depuis la démocratisation des caméras vidéo, mais aussi de plateformes telles que Youtube, les utilisateurs amateurs se sont lancés en masse dans la création de films en stop-motion, appelés brick-films. Modélisant leurs décors à partir des briques de Lego et bougeant image par image leurs personnages, les adeptes de cette pratique ont vu leur nombre accroître avec l’avènement de la révolution numérique, leur permettant de montrer leur travail au reste du monde. On considère souvent que cette expérimentation serait née d’une honte de certains adultes amoureux du Lego, même si cette forme particulière de fan-film est désormais approchée par les enfants, voire même les professionnels. En tout cas, c’est à cet aspect plus ou moins conscient de déclaration d’amour à la marque que La Grande aventure Lego s’attache. Stylistiquement, le métrage tient à rendre hommage à ces fan-films en donnant une esthétique stop-motion à un projet ayant pourtant un budget suffisamment élevé pour proposer un rendu lisse. A vrai dire, l’animation en images de synthèse photoréaliste en vient à créer une ambiguïté sur sa nature, tant le résultat est impressionnant. La production a numérisé les textures de certaines pièces de la marque, mais a surtout construit tous les décors en assemblant les briques sur ordinateur comme on le ferait physiquement. Les réalisateurs l’ont déclaré plusieurs fois en interview, ils voulaient que chaque élément soit fait de Lego, pour donner l’impression que n’importe qui puisse le faire dans son garage. Il est vrai que même le feu et l’eau ont été modélisés à partir de briques, comme le montre notamment ce travelling passant du fond de la mer à une surface où la moindre vague est modélisée, même si cela oblige à un nombre d’images par seconde réduit.

D’ailleurs, les fans ont directement participé au long-métrage, puisque les réalisateurs ont lancé un concours sur ReBrick, la plateforme officielle du réseau social Lego. Le principe était de livrer un brick-film entre 15 et 30 secondes sur le sujet d’une transformation d’environnement (comme à la fin du film, quand la population se rebelle), offrant au gagnant la possibilité d’apparaître dans La Grande aventure Lego. On peut voir quelques-uns de ces courts-métrages dans les bonus du DVD, qui nous rappelle que le vainqueur, intitulé Gorgy veut un cheval (Gorgy wants a horse, voir ci-dessus), est visible symboliquement sur un écran en arrière-plan, qui diffuse comme tant d’autres la révolution du peuple contre Lord Business. Au premier plan se trouve Emmet, qui se lance dans une tirade pour résonner le dictateur, en commençant par dire : « Regarde tout ce que les gens ont construit ». Une phrase qui semble être une défense plus générale de la création de fan, et de la beauté de cet acte. Mais le film ne se limite pas à une critique distancée envers Hollywood ; il soutient le fan-film en s’assumant lui-même comme tel. En tant que crossover fourre-tout, il réalise tous ses fantasmes pour montrer son amour de la pop-culture, quand bien même la démarche force parfois le scénario à des invraisemblances dont il se moque justement. Par exemple, Phil Lord et Chris Miller développent avant l’assaut de la tour Octan une sous-intrigue volontairement inutile : la nécessité de trouver un hyperdrive pour la construction d’un vaisseau. En réalité, ce point n’est qu’un prétexte pour faire apparaître le Faucon Millenium de Star Wars, qui arrive pile au bon endroit au bon moment. Et comme Batman parvient à leur voler leur hyperdrive, les cinéastes se sont amusés à mettre en valeur l’un des intérêts de la fan-fiction : la réécriture. Ils reprennent ainsi la célèbre scène du ver géant de L’Empire contre-attaque, avec le même plan, sauf que Han Solo et ses amis se font cette fois-ci manger par le ver en question à cause de l’absence de l’hyperdrive (voir l’extrait ci-dessous).

A maintes reprises, La Grande aventure Lego évoque donc la difficulté de reprendre ouvertement les univers que l’on aime, et critique plus ou moins explicitement le copyright, notamment en montrant le ridicule qu’il peut atteindre. Pour cela, il manipule plusieurs fois des répliques célèbres tirées d’autres films dont il change certains mots ou qu’il périphrase, pour faire semblant de contourner les questions de droit d’auteur, qui en soi ne le concernent pas (puisqu’un gros studio le soutient). Cette modification de la phrase mythique a pour effet de forcer le trait de la référence, et de marquer son détournement faussement forcé qui lui alloue un rendu comique. On peut notamment citer Cool-Tag au moment où elle libère Emmet du laser activé pour le tuer : « Viens avec moi si tu ne veux pas mourir », renvoyant au « Viens avec moi si tu veux vivre » de la saga Terminator. Il y a aussi la réplique de Méchant Flic « Descendez de mon train », qui évoque la one-liner d’Harrison Ford à la fin d’Air Force One : « Descendez de mon avion » (la référence étant d’autant plus drôle en anglais que les mots « train » et « plane » finissent par la même sonorité), ou encore le discours que Cool-Tag diffuse à la télévision, qui prend la même forme que celui de Bill Pullman dans Independence Day. Mais s’il ne fallait en retenir qu’une, il s’agirait sans doute du fait d’avoir appelé l’outil de destruction du monde le Kragle, car il pousse évidemment Lord Business à crier : « Relâchez le Kragle », en référence au célèbre « Relâchez le Kraken » du Choc des Titans.

? Page précédentePage suivante ?

N'hésite pas à me laisser un commentaire !


Pages : 1 2 3 4 5

LA GRANDE AVENTURE LEGO est-il un film anti-copyright ?
Comments

Ta dose de ciné quotidienne !

Les nouveaux YouTubeurs à regarder !

L’INFAUX CINÉ, LA VRAIE !

Copyright © 2015 The Mag Theme. Theme by MVP Themes, powered by Wordpress.

To Top