Critique Film

JUPITER : LE DESTIN DE L’UNIVERS, méli-mélo spatial ★★★☆☆

Les Wachowski reviennent à une SF plus classique mais toujours aussi imaginative, malgré une narration inégale.

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Depuis les échecs de Speed Racer et de Cloud Atlas, la Warner marche sur des œufs quant aux nouvelles créations d’Andy et Lana Wachowski. Il faut dire que depuis les deux derniers Matrix, le public a délaissé ces cinéastes aux univers parfois foutraques, mais avant tout visionnaires. Jupiter Ascending (ne me demandez pas d’utiliser son titre français absolument merdique) repose dès lors sur un double défi. Tout d’abord, prouver au monde entier qu’ils sont encore capables de revenir à une SF plus classique, voire conventionnelle. Enfin, nous montrer, pour ceux qui en doutaient encore, les limites du système hollywoodien actuel, et son incapacité à proposer des œuvres alternatives, comme a pu l’illustrer, avant même tout visionnage du long-métrage, sa promo désastreuse. Dans les deux cas, les Wachows confirment leur thèse, pour le meilleur et pour le pire.

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En effet, cette nouvelle rêverie possède l’ambition d’un film-monde, mais surtout celle d’un blockbuster réflexif. Promise à un brillant avenir, Jupiter Jones (Mila Kunis, toujours aussi hypnotisante) ne gagne pourtant sa vie qu’en nettoyant des toilettes. Cette Cendrillon voit son prince charmant apparaître sous la forme de Caine (Channing Tatum, brillant), mercenaire de l’espace venu sur Terre dans le but de la sauver d’aliens voulant sa mort. Elle découvre alors que l’univers est bien plus peuplé qu’elle ne l’imaginait, et que son code génétique fait d’elle la réincarnation d’une reine. Jupiter Ascending prend très clairement la forme d’un conte de fées, puisant son inspiration d’histoires mythologiques et universelles, comme les films à grand budget le font depuis Star Wars. Cette étude anthropologique des blockbusters, toujours basée sur les thèses de Jospeh Campbell, prend ici d’autant plus de sens que les extraterrestres demeurent majoritairement des humains. Ils sont juste plus évolués, et disposent d’une autre culture. Les Wachowski libèrent ainsi toute leur puissance créatrice dans des design d’une absolue beauté, mélangeant les styles comme eux seuls savent le faire, parfois à la limite du kitsch tout en demeurant diablement cohérent.

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Mais c’est également cette majestueuse civilisation qui rend le film frustrant. En imaginant cet univers ambitieux de space opera, les réalisateurs ont probablement pensé à une trilogie, dont ils ont pourtant dû décliner la richesse en un seul long-métrage. De ce fait, la narration classique en trois actes paraît parfois un peu artificiel, même si Jupiter Ascending souffre surtout de son développement, réduit au minimum syndical. Ainsi, les personnages manquent de consistance et les enjeux sont précipités, trop didactiques pour prendre le temps de contempler les sublimes décors qui les accueillent. Cela lui permet néanmoins d’avoir un rythme effréné, à l’image de ses exaltantes scènes d’action. La mise en scène des Wachowski contraste plus que jamais gigantisme et nanisme, faisant s’affronter les éléments dans une sorte de combat homérique où l’organique rencontre le numérique. La notion du surhomme, qui fascine toujours autant les cinéastes, est ici aussi bien physique qu’intellectuelle. La technologie de ces humains d’un autre monde leur a permis d’appliquer des modifications génétiques. Caine renvoie dès lors à un pur objet mythologique, un Icare qu’on a privé de ses ailes (littéralement), devenant une sorte d’Hermès avec ses bottes antigravitationnelles (la plus belle idée du film).

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Et si cette esquisse d’un tel monde n’était finalement que le support du message de Jupiter Ascending ? Face aux coupures et aux raccourcis grossiers qu’ils ont dû opérer sur leur bébé, nul doute que les Wachowski ont voulu le transformer en exemple de l’uniformisation de l’imaginaire hollywoodien, et donc comme critique s’opposant, autant qu’il peut, à ce système. Après tout, son histoire elle-même repose sur les dérives d’un capitalisme touchant les peuples au-delà de notre chère Terre. Les diverses dynasties de l’univers s’opposent pour des raisons commerciales, tel un épisode de Game of Thrones où l’on se dispute des planètes, pour pouvoir en exploiter la population, dont les gènes permettent à quelques privilégiés de rajeunir. Ce libéralisme carnassier n’empêche cependant pas les deux réalisateurs de conserver une bonne partie de leur imaginaire, et tout particulièrement leur thème fétiche : l’amour. Pour contrer cette peur d’une SF standardisée, Jupiter Ascending est plus à voir comme un mélodrame que comme un film d’action aux relents politiques. Le métrage décrit l’espace de la même manière que Gravity ou Interstellar : une frontière infinie et inhumaine, dont l’immensité éloigne de son chez-soi et de ceux qu’on aime. Les fantasmes liés à la découverte de l’univers sont arriérés, car déjà réalisés par d’autres. De cette façon, Andy et Lana Wachowski montrent une nouvelle fois leur avance sur l’industrie, livrant un récit aussi sincère et passionné que la romance entre Jupiter et Caine, et illustrant de la plus belle des manières le vide intersidéral : un balcon gigantesque, sombre et scintillant d’étoiles, qui sépare Juliette de son Roméo.

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