Critique Film

GHOST IN THE SHELL : Un problème d’âme ★★☆☆☆

Attendu au tournant, le remake de l’œuvre culte de Masamune Shirow propose quelques belles pistes avant de s’effondrer sous le poids de la tâche.

Projet ô combien casse-gueule avancé par beaucoup comme la preuve irréfutable que la crise d’imagination de la machine à rêves hollywoodienne la fait marcher sur la tête, le remake de Ghost in the Shell semblait avoir tout contre lui. Entre la crainte des fans de voir ce chef-d’œuvre de philosophie et de métaphysique, pionnier dans le domaine de la SF cyberpunk, aseptisé par des cravateux incompétents, ou encore les accusations de whitewashing dès lors que Scarlett Johansson a été choisie pour le rôle, il est évident que cet énième rituel de nécromancie en a laissé circonspect plus d’un, d’autant plus quand les trailers ont affiché pleinement le travail de décalcomanie assumé de ce nouveau long-métrage sur le film d’animation culte de Mamoru Oshii, lui-même adapté du manga de Masamune Shirow. Difficile donc de partir sans a priori, même si l’équipe technique et les prédispositions d’esthète de Rupert Sanders (Blanche-Neige et le chasseur) pouvaient légèrement rassurer. Et c’est d’ailleurs le cas, puisque tous les talents mis à contribution révèlent bien vite leur amour et leur respect pour l’œuvre d’origine, évitant ainsi à un cynisme nauséabond de prendre le contrôle de l’entreprise.

Pour même être honnête, Ghost in the Shell s’avère assez surprenant durant son premier tiers. A la fois spectaculaire et intime, et se permettant parfois d’aller plus loin que son aîné grâce à sa débauche de moyens, le long-métrage parvient à rendre tangible un univers de papier et d’encre par la méticulosité de sa production design et un sens du cadre souvent soigné (un grand bravo au chef opérateur Jess Hall pour son travail sur les textures). On s’étonne alors à constater que le film original manquait peut-être d’une interaction plus marquée entre les personnages et le monde qui les entoure, ce que Sanders et ses scénaristes ont ici mis en avant dans quelques jolies séquences sur le quotidien de héros en pleine crise identitaire, renforçant leur mal-être dans cette société qui leur échappe. Impossible de ne pas constater une vraie recherche d’adaptation, y compris dans les contraintes du projet, à l’instar de cette fameuse identité caucasienne du Major (subtilement jouée par Scarlett Johansson), qui se voit justifiée d’une bien belle manière par un scénario qui rappelle que Ghost in the Shell a toujours interrogé la nature de l’individu par son corps, et les problématiques liées à sa modification. Après le sublime Under the Skin, qui voyait Johansson jouer un extraterrestre à l’apparence humaine, admirer la star questionner à nouveau la place de son physique en l’augmentant et en l’épurant, devient le constat évident et fascinant d’une réflexion que l’actrice déploie avec pertinence au fil des ans. Par ailleurs, c’est bien dans le choix de ses comédiens que le passage de l’animation au live se montre le plus convaincant. Outre Takeshi Kitano, qui demeurerait charismatique même en jouant une larve à l’agonie, Pilou Asbæk s’avère plus qu’idéal dans le rôle de Batou, l’acolyte du Major dont il partage les traits originaux de façon bluffante.

Hélas, toute la bonne volonté de ce remake finit par se fracasser sur ses propres récifs, ceux cherchant à justifier par tous les moyens son existence. Il est presque ironique, pour un film traitant une licence où la question de la nature profonde de l’individu est centrale, de paraître aussi indécis sur son identité. A première vue, vouloir complètement changer la trame de base de l’œuvre d’origine pour l’adapter à un modèle narratif plus balisé et courant (l’héroïne découvre la vérité sur l’organisation qui l’a créée, et celle-ci se retourne contre elle) peut sembler pertinent, afin d’éviter toute comparaison forcément désavantageuse avec l’animé. Pourtant, le film ne peut s’empêcher d’y intégrer au forceps certaines scènes-clés (la course-poursuite avec l’éboueur, le tank-spider…), qui perdent immédiatement de leur impact en étant posées dans un contexte moins puissant. Dès lors, le scénario ne fait qu’enchaîner les poncifs raccordés par des tentatives de greffes vulgaires. Même la mise en scène de Sanders montre alors ses limites, notamment dans son montage pas toujours finaud, voire approximatif, raccordant parfois maladroitement des instants qui ne font que nous laisser froids. On assiste ainsi avec gêne à la chute inexorable de l’entreprise, tiraillée entre son envie de partir dans une direction propre sans trop savoir quoi raconter, et son besoin de rester vissée aux chevilles de son aîné.

C’est d’autant plus dommage que Ghost in the Shell rate son principal but en tant que remake, à savoir rappeler l’importance de la franchise sur la science-fiction cyberpunk et sur les questions qu’elle sous-tend – aujourd’hui beaucoup plus démocratisées– , ainsi que moderniser un univers et ses thématiques pour un nouveau public. Perdu dans ses impératifs et son cahier des charges typiquement hollywoodien, le long-métrage abandonne en cours de route les germes qu’il avait plantés dans sa première partie, laissant le spectateur sur sa faim par le manque de consistance de l’ensemble, coquille vide en pilotage automatique qui se restreint à une morne surface. D’aucuns pourront arguer que ce Ghost in the Shell, par son simple modèle, possède malgré tout quelques atouts par rapport à la majorité des blockbusters actuels, mais il faut être aveugle pour ne pas voir que le projet, comme le craignaient les fans, finit par entrer dans le rang et perdre sa singularité, rendant ainsi impossible la tâche de transcrire toute la complexité du monde de Masamune Shirow. Car le film n’est pas fondamentalement mauvais, il est juste sans âme, sans ghost malgré son shell fort stylisé.

Réalisé par Rupert Sanders, avec Scarlett Johansson, Pilou Asbæk, Takeshi Kitano

Sortie le 29 mars 2017.

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