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GÉRARDMER 2016 : Le compte-rendu de la rédaction

Les Cinéphiles Alchimiste et Intrépide ont participé à l’édition 2016 du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, et vous ont préparé un compte-rendu.

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BONE TOMAHAWK (Long-métrage en compétition)

Réalisé par Craig Zahler, avec Kurt Russell, Richard Jenkins, Matthew Fox

Le grand gagnant de cette 23ème édition, c’est bien sûr Bone Tomahawk, première réalisation prometteuse de l’américain Craig Zahler. Porté par un superbe casting (Kurt Russell, Richard Jenkins, Matthew Fox, Patrick Wilson), le film suit l’aventure éprouvante de quatre hommes lancés à la recherche de deux otages en territoire hostile. A mi-chemin entre le western classique (le pitch rappelant immanquablement celui de La Prisonnière du désert) et la série B italienne des années 70-80, Bone Tomahawk trouve l’équilibre idéal entre ces deux extrêmes, les confrontant habilement par des ruptures de ton osées et toujours payantes. Zahler parvient ainsi à conjuguer l’essence mélancolique du western et la sauvagerie jouissive du film de cannibales tout en n’oubliant pas de développer des personnages attachants. Sans pour autant être un grand film (faute à une mise en scène trop plate par instants), Bone Tomahawk est un premier long-métrage intègre et enthousiasmant, qui incarne bien l’esprit du festival de Gérardmer. Et c’est déjà très bien !

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LOST SOUL (Long-métrage hors-compétition)

Réalisé par David Gregory.

Autre belle surprise du festival, le documentaire Lost Soul : the doomed journey of Richard Stanley’s Island of Dr. Moreau, consacré au désastre total que fut le tournage de L’île du Docteur Moreau à la fin des années 1990. 20 ans après la sortie du film, Richard Stanley revient avec beaucoup d’humour, de lucidité mais aussi d’amertume sur ce projet maudit dont il fut renvoyé en plein tournage au profit de John Frankenheimer. A la fois hilarant, tragique, riche de mille anecdotes proprement hallucinantes sur l’enfer du tournage, ce documentaire retrace de manière fascinante la conception d’un fiasco. Au fil des entretiens, on assiste, impuissant, au dérapage d’un projet qui avait tout pour s’imposer comme un monument du cinéma fantastique. L’île du docteur Moreau par Richard Stanley restera comme l’un des plus gros fantasmes de l’histoire du cinéma, ou comment un potentiel chef-d’œuvre s’est transformé en pantalonnade difforme.

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THE WITCH (Long-métrage en Compétition)

Réalisé par Robert Eggers, avec Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie

Robert Eggers nous arrive avec un premier film épatant, à la fois conte horrifique et drame d’époque, où une famille se heurte à ses propres croyances et implose à mesure que le Démon la prive un à un de ses membres. D’une trame en huis-clos, dans une ferme et ses bois environnants, le jeune cinéaste dresse un portrait fascinant du fondamentalisme religieux en le confrontant aux mythes anciens. A l’instar des personnages qui s’entredéchirent et questionnent leur foi, le spectateur est en proie aux mêmes incertitudes et ne sait comment interpréter les signes pour démêler le vrai du faux. Philippe le Noir, ce bouc vaguement inquiétant, parle-t-il réellement aux enfants ? La soeur aînée (Anya Taylor-Joy, véritable révélation) est-elle aussi innocente qu’elle le prétend ? Rien n’est moins sûr. Si le dénouement, ballet aérien en forme d’apothéose cauchemardesque, se garde de nous donner toutes les réponses, il sonne néanmoins le glas d’un certain puritanisme, censé protéger les gens de bien des forces du Mal.

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SOUTHBOUND (Long-métrage en Compétition)

Réalisé par Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath, avec Anessa Ramsey, Kate Beahan, Matt Bettinelli-Olpin

Le film à sketchs a le vent en poupe ces derniers temps, surtout dans le cinéma fantastique. Après V/H/S ou The Theatre Bizarre, nous voici en présence d’une nouvelle anthologie composée de cinq segments, tous reliés par leur décor (une route désertique des Etats-Unis) et leur sujet (la quête de rédemption). Cette cohérence de fond et de forme est sans doute le principal atout du projet, qui évite par là même un trop grand déséquilibre qualitatif entre les différents sketchs. Si l’intrigue qui se situe dans un hôpital constitue la meilleure partie du film, les autres péripéties ne sont pas en reste et permettent de maintenir l’intérêt de bout en bout. Les effets spéciaux sont par ailleurs très réussis, surtout lorsqu’il s’agit de mettre en scène les débordements gores du long-métrage. La structure narrative surprend également, tant les trajectoires des personnages ne cessent de se faire écho pour mieux rappeler en toute fin le caractère cyclique et immuable de la Mort.

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JERUZALEM (Long-métrage en Compétition)

Réalisé par Doron et Yoav Paz, avec Yael Grobglas, Danielle Jadelyn, Yon Tumarkin

Sortie prévue en DVD le 6 Avril 2016.

Encore un énième found-footage ? Oui et non. On retrouve effectivement les fonctions habituelles du format, avec le point de vue subjectif, le jeu sur le hors-champ, le sentiment d’immersion dans l’action. Entre de mauvaises mains, l’exercice peut vite devenir irritant ou dénué de tout sens artistique. Sans crier au génie, loin de là, JeruZalem propose une alternative réjouissante en remplaçant d’emblée la traditionnelle caméra embarquée par une paire de lunettes « connectées » que l’héroïne porte constamment. Bien plus qu’un simple gadget, le dispositif traduit parfaitement l’instantanéité du regard, lui confère une réelle dramaturgie. Puis, il y a cette belle idée de décor, la ville de Jérusalem, qui implique tout un contexte biblique propice au chaos le plus apocalyptique. La dernière demi-heure, attendue mais plutôt intense, révèle alors une menace suffisamment originale pour offrir au film l’occasion de se démarquer.

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EVOLUTION (Long-métrage en Compétition)

Réalisé par Lucile Hadzihalilovic, avec Max Brebant, Julie-Marie Parmentier, Roxane Duran

Sortie prévue le 16 Mars 2016.

Nous aurions tort de rejeter en bloc une oeuvre aussi accomplie et exigeante. Pourtant, difficile de se sentir concerné ou ému par l’approche profondément expérimentale du film, qui aborde chaque scène comme autant de stases extatiques. L’impression de flottement est tenace et empêche hélas notre capacité à l’empathie. De fait, Evolution gagne en beauté plastique ce qu’il perd en tension dramatique. Les prises de vue sous-marines, vibrantes, colorées, tranchent symboliquement avec les plans d’intérieur, froids, cliniques, austères. Dès lors, cette dualité des images appuie subtilement le message philosophique du long-métrage sur la relation à jamais ambivalente que l’Homme entretient avec la Nature. Le cadre science-fictionnel métaphorise et poétise ainsi les dérives liées à notre soif de progrès, qui s’apparente à une démence : celle de se prendre pour Dieu. En cela, l’oeuvre a sans conteste de quoi passionner, mais la fascination cède trop rapidement la place à l’ennui.

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THE DEVIL’S CANDY (Long-métrage en compétition)

Réalisé par Sean Byrne, avec Ethan Embry, Shiri Appleby, Kiara Glasco

Le festival de Gérardmer, c’est aussi l’occasion de découvrir des petites perles inattendues. The Devil’s Candy, deuxième film de Sean Byrne après The Loved Ones, en est l’exemple parfait. En partant d’un pitch de base somme toute classique (un psychopathe tueur d’enfants qui traque une famille), Byrne parvient à le transcender uniquement par sa mise en scène. The Devil’s Candy incarne en cela le slasher idéal, embrassant les conventions du genre pour mieux les détourner, jouant constamment avec les attentes de son spectateur à la manière d’un John Carpenter sur Halloween. Les festivaliers et le jury ont visiblement été séduits eux aussi puisque le film est reparti des Vosges avec le prix du public et le prix de la meilleure musique originale. Un jeune réalisateur définitivement à suivre.

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HOWL (Long-métrage en compétition)

Réalisé par Paul Hyett, avec Ed Speleers, Holly Weston, Shauna Macdonald

Deuxième film du britannique Paul Hyett après The Seasoning House, Howl réveille un genre quasiment disparu : le film de loups-garous. Remarqué pour ses effets-spéciaux sur The Descent de Neil Marshal, Hyett fait une nouvelle fois parler son savoir-faire avec des maquillages et des effets gores très réussis. Malheureusement, la figure du loup-garou n’est pas exploitée et n’est ici qu’un simple prétexte pour un survival bas de gamme, prévisible et miné par des personnages caricaturaux. Sans être déplaisant à regarder, Howl est un petit film honnête mais anecdotique, sans fulgurances ni idées neuves.

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WE ARE STILL HERE (Long-métrage hors-compétition)

Réalisé par Ted Geoghegan, avec Barbara Crampton, Andrew Sensenig

Triomphalement accueilli par la critique américaine, We are still here était probablement la plus grosse attente parmi les films présentés hors-compétition. Le film relate l’histoire d’un couple qui emménage dans une nouvelle maison après le décès de leur fils. Les choses vont rapidement se compliquer avec la manifestation de forces surnaturelles dans l’habitation. Une nouvelle fois, on se retrouve malheureusement avec un cas symptomatique du cinéma fantastique actuel, à savoir un film de petit malin, qui tente de subvertir les codes du genre avant même de les maîtriser. Pour faire simple, We are still here est au film de maison hantée ce que You’re next est au slasher : un film paresseux et désincarné, qui ne comprend pas la tradition (à la fois visuelle et thématique) dans laquelle il est censé s’inscrire.

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FEBRUARY (Long-métrage en compétition)

Réalisé par Oz Perkins, avec Emma Roberts, Kiernan Shipka

Nous étions aussi très curieux de découvrir February, premier long-métrage d’Oz Perkins (fils d’Anthony, quand même). L’intrigue se situe dans un pensionnat pour filles, dont deux d’entre elles y sont retenues car leurs parents ne sont pas venus les chercher. Des visions étranges vont alors s’emparer d’elles… Malgré une mise en scène envoûtante et un jeune casting très convaincant, February se perd rapidement dans les méandres d’une narration maladroite qui entremêle deux récits sur deux époques. Sans véritablement donner un sens particulier au film, ce parti-pris narratif semble surtout vouloir camoufler la vacuité d’un scénario bancal et finalement très convenu. Mais pour son ambiance fascinante et quelques belles séquences, cette petite curiosité mérite le coup d’œil.

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SUMMER CAMP (Long-métrage hors-compétition)

Réalisé par Alberto Marini, avec Diego Boneta, Jocelin Donahue, Maiara Walsh

Parmi les grosses purges sélectionnées en hors-compétition, Summer Camp y occupe lui aussi une place de choix. Bien plus frustrant que We are still here cela dit, lorsque l’on connaît les responsables du projet : le grand Jaume Balaguero à la production et Alberto Marini, excellent scénariste de Malveillance, à la réalisation. Il serait vain de tenter de résumer le pitch de Summer Camp, tant ce foutoir à base de zombies et de moniteurs de colonie de vacances décérébrés n’a ni queue ni tête. Une série Z torchée en dépit du bon sens qui servira à grossir les catalogues de VOD.

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WHAT WE BECOME (Long-métrage en compétition)

Réalisé par Bo Mikkelsen, avec Mille Dinesen, Mikael Birkkjaer, Troels Lyby

Présenté en compétition officielle, What we become du danois Bo Mikkelsen s’est lui aussi attaqué au mythe du zombie. Un film bien moins honteux que Summer Camp mais hélas guère plus mémorable, qui pousse à se demander s’il est encore possible de renouveler la carte du mort-vivant. Visiblement, le cinéaste ne s’est pas posé la question tant son long-métrage empile tous les poncifs du genre sans jamais y apporter un regard neuf. Là où il aurait été intéressant de marier les codes du film de zombies à la culture danoise (comme avaient pu le faire Dahan et Rocher sur La Horde avec le polar français), What we become échoue à vouloir ressembler à ses modèles américains.

what we become

FRANKENSTEIN (Long-métrage en Compétition)

Réalisé par Bernard Rose, avec Xavier Samuel, Carrie-Anne Moss, Danny Huston

Sortie prévue en DVD le 8 Mars 2016.

Le retour de Bernard Rose aux commandes d’une nouvelle adaptation du célèbre roman de Mary Shelley ne pouvait qu’intriguer. Pour cause, son succès le plus retentissant, Candyman, considérait déjà une figure monstrueuse sous un versant étonnant, celui de la fable sociale. A l’arrivée, la déception est immense et incompréhensible. Malgré la récurrence des effets de style qui ont fait sa marque de fabrique, Bernard Rose sombre constamment dans le ridicule. Au lieu de moderniser le matériau original, il le ringardise de façon embarrassante en privilégiant une esthétique télévisuelle hideuse et des enjeux scénaristiques grotesques. Transformée en clochard et infantilisée, la créature ressemble à ces vagabonds inadaptés qui souffrent en silence. La charge subversive et politique d’un tel parti pris augurait donc du meilleur, et résultat, rien n’est exploité comme il faut. La conclusion, inutilement gore, nous achève par tant de bêtise.

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COURTS-METRAGES

Cinq courts-métrages en compétition cette année, tous d’un excellent niveau. Inventifs, troublants, drôles ou émouvants, chacun a su tirer son épingle du jeu. Au programme, Juliet et son futur dickien où les robots tiennent compagnie aux humains, Of Men and Mice où deux braqueurs se retrouvent piégés par un virus sur le lieu de leur méfait, L’Ours Noir qui suit un groupe de randonneurs aux prises avec un curieux prédateur, Quenottes qui métamorphose la petite souris en croque-mitaine terrifiant et Un ciel bleu presque parfait où deux frère et soeur attendent un miracle extra-terrestre pour échapper à leur détresse.

En bout de course, le prix du meilleur court-métrage a été décerné à Quenottes, et cette récompense est amplement méritée. Le tour de force est d’abord technique, tant cette boule de poils, appelée aussi « fée des dents », est merveilleusement animée et incarnée à l’écran. Puis le plaisir vient également de cet esprit mal-élevé cher aux séries B fantastiques des années 70-80. On pense forcément aux films de Joe Dante, les Gremlins en tête, lorsque le rongeur s’attaque aux personnages avec un sadisme grinçant. Nul doute que le réalisateur, Pascal Thiébaux, a un bel avenir devant lui. Gageons qu’un passage au long-métrage le propulse définitivement parmi les cinéastes de genre qui comptent.

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GÉRARDMER 2016 : Le compte-rendu de la rédaction
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