Les Petites Histoires du Cinéma

Georges Méliès, magicien de l’image

Avant de voyager dans la Lune, d’être mélomane ou d’escamoter une dame au théâtre Robert-Houdin, Georges Méliès fut magicien, réparateur d’automates et passionné de photographie. Son histoire, comme celle de tout inventeur de génie, commence par une journée…

Le 28 décembre 1895, une petite dizaine de personnes assiste au Salon Indien du Grand Café, boulevard des Capucines à Paris, à la première projection du fameux Cinématographe des frères Louis et Auguste LumièreLors de cette projection, certains films qui marqueront l’Histoire sont présentés : La sortie des usines Lumière à Lyon, Le jardinier (plus connu sous le nom de L’arroseur arrosé) ou encore Le débarquement du congrès de photographie à Lyon.

Photographie prise lors d’une des projections des frères Lumière

À cette occasion, leur papa, Antoine Lumière, un des précurseurs du photo-portrait dans le domaine domestique, a invité le propriétaire du local qu’il loue. Cet homme est un illusionniste célèbre, possesseur du fameux théâtre Robert-Houdin, dans lequel il donne des représentations de magie et d’illusions. Cet homme, cet illustre prestidigitateur se prit de passion à la première vue de l’image animée des frères Lumière. Cet homme essaya à son tour de créer une machine à image et deviendra l’un des plus grands précurseurs du cinéma. Cet homme, il s’agit de Georges Méliès.

Il était une fois…

Georges Méliès est né en décembre 1861, de parents cordonniers qui veulent son bien et donc qu’il soit cordonnier aussi. Mais notre cher Georges n’est pas de cet avis. Lui, il aime l’aventure, l’inconnu et les trucs nouveaux. C’est pour cela que très jeune, son papa lui propose de partir faire un petit voyage en Angleterre, pour qu’il apprenne l’anglais – visionnaire ce papa, il avait compris qu’Erasmus ça servirait à quelque chose !

Mais Georges est plus futé que ça. Il ne va pas juste travailler dans l’entreprise où son paternel l’a mis, il va aussi se balader et découvrir le patrimoine londonien. C’est ainsi qu’il se retrouve un jour devant l’Egyptain Hall, un immense théâtre dirigé par le grand illusionniste John Maskelyne. Il assiste à un spectacle et oh, magie !, il tombe littéralement amoureux de la prestidigitation. Enfin un domaine intéressant pour un homme intelligent et curieux comme lui !

Il se retrouve ainsi apprenti de l’illusionniste, autant en magie qu’en gestion du théâtre.

Et c’est avec toutes ces nouvelles connaissances que Georges Méliès rentre chez lui quelques mois plus tard. Bon, évidemment, papa n’est pas trop content que son fils chéri décide de devenir une sorte de Merlin l’enchanteur : qui prendra la succession de son entreprise de chaussures ? Heureusement, Georges est diplomate, il arrive ainsi à convaincre son père que les chaussures, c’est pas son truc.

Une chose pas très reconnue de Georges, c’est qu’il a toujours été passionné par la politique, au point qu’il participa au journal anti-boulangiste La Griffe en tant que caricaturiste, travail pour lequel il avait un vrai don. À la même époque, il se marie avec une pianiste, Eugénie Genin et commence à donner des représentations de magie au Musée Grévin. Au fur et à mesure, le jeune Georges s’améliore nettement dans ce domaine. Si bien qu’il rachète en 1888 le théâtre Robert-Houdin (c’est de lui qu’Houdini tire son nom, si si) à la veuve de ce dernier. Ainsi commença la vie de magicien et tenancier de théâtre de Georges Méliès.

Affiche de l’un des spectacles au théâtre Robert-Houdin

Il se constitue alors une programmation digne de lui, avec des magiciens, mais aussi des artistes de tout genre, des automates et des séances de projections photographiques. Dans cette troupe, on retrouve aussi Jeanne D’Alcy, qui deviendra plus tard la deuxième femme du magicien. Méliès se sent tellement investi dans ce domaine merveilleux qu’il crée moult syndicats de magie et d’illusionnistes en France, dont il sera évidemment le directeur à chaque fois.

On peut également dire qu’il a beaucoup d’amis. Que ce soit des magiciens ou des inventeurs, tout le monde veut travailler avec Méliès. Et lorsque qu’un certain Antoine Lumière lui demande s’il peut louer l’atelier au-dessus du théâtre, Georges se doute bien évidemment qu’un jour, Antoine saura le remercier comme il se doit.

La découverte du cinéma

Et nous revoilà à ce fameux 28 décembre 1895. Une fois la séance terminée, Georges a des étoiles pleins les yeux. Il aimait déjà les photographies, la magie de l’image et les voici dorénavant mêlés l’un à l’autre.

Sans introduction, il fonce vers son copain Antoine Lumière et le presse de lui vendre cette machine fabuleuse. Mais, réplique bien connue, le père Lumière annonce qu’il ne cèdera pas le cinématographe de ses fils car, dit-il (en résumé), « cette machine n’a aucun avenir » . Mais qu’est-ce qu’il faut pas dire des fois ? Antoine et ses fils ont pas eu la science infuse sur ce coup-ci !

Bref, Georges ne perd pas espoir. Il est futé, ce jeune illusionniste, si bien que par d’habiles tours de force et de nombreux contacts, il met la main sur un modèle et l’agrémente à sa manière. Il dépose un brevet et initie la première société de production : la Star Film

Logo de la société Star Film

Maintenant débute son travail de cinéaste. Bon, quand on ne connaît pas, on copie, c’est plus simple. Donc on fait ce qu’on appelle des vues, on filme la vie, tout simplement.

C’est grâce à ça que Méliès créa le premier effet spécial. Un jour qu’il filmait place de l’Opéra à Paris, le mécanisme de sa caméra se bloque quelques secondes. Sauf que, pile à ce moment-là passait l’omnibus Madeleine-Bastille. Et en visionnant la pellicule par la suite, Méliès se rendit compte que l’omnibus s’était allongé pour former une sorte de corbillard-bus et les têtes des passants se sont changées. Là, il comprit qu’il tenait quelque chose.

Se jetant à corps perdu dans cette nouvelle entreprise, Georges crée également de grands studios d’enregistrement à Montreuil, où ses plus grands chef-d’oeuvres seront réalisés.

Le cinémagicien, conteur d’histoires merveilleuses

Après cette (longue) partie d’Histoire, parlons de Méliès le réalisateur, celui qui créa ce qu’on appelle le « spectacle cinématographique », la véritable entrée de la fiction au cinéma.

La fiction implique une histoire, des actions, des situations et des personnages. Pour cela, il fallait un sujet. Quoi de plus simple que de prendre des histoires pré-existantes, comme des livres. Mais des beaux livres, attention : Vingt mille lieux sous les mers, Faust, Cendrillon, etc. Évidemment, Méliès a une imagination sans bornes, il crée aussi ses propres histoires. Et c’est là que tout devient intéressant. Je vais vous raconter une histoire…

Le Voyage dans la Lune, le chef-d’œuvre d’un siècle

Le voyage dans la Lune, c’est l’histoire d’une troupe de scientifiques qui trouve le moyen d’aller sur la Lune grâce à une fusée. Mais une fois arrivée là-haut, les astronautes sont fait prisonniers par les autochtones Sélénites. Ils finissent finalement par s’enfuir et retomber sur Terre sain et sauf. Voilà un très BREF résumé. Je vous invite à regarder le film, restauré à l’occasion du Festival de Cannes en 2011.

Maintenant, parlons de la magie de ce film. Inspiré très librement du livre De la Terre à la Lune de Jules Verne, Méliès a voulu présenter sa vision de la technologie et du plus grand désir de l’Homme : visiter l’espace. Bien sûr, la technologie est montrée comme accessible et simple, avec ces grands schémas de papier-carton. Pour propulser le vaisseau spatial qui peut contenir un grand nombre d’individus (et leur barbe), c’est un canon gigantesque, comme ceux utilisés pour les hommes-volants des cirques.

Une fois arrivés, quelle chance, c’est tout une assemblée de monstres autochtones, les Sélénites, qui accueillent nos scientifiques (ndlr, vous pouvez retrouver un costume de Sélénite dans le Musée du Cinéma de la Cinémathèque française, ça vaut vraiment le coup). Mais comme ils sont trop forts ces humains, ils pulvérisent les méchants rapidement et s’échappent fissa, en traversant une jungle remplie de champignons géants. Autant dire que le monde de Méliès est fantaisiste et fascinant.

Évidemment, tout est simple et tout est beau. Quand les scientifiques rejoignent leur vaisseau, ils n’ont qu’à le pousser pour qu’il retombe sur Terre et plonge dans la mer (vous ne  connaissez pas les VIGV (Voyages Interstellaires à Grande Vitesse) ?) comme si de rien n’était. Ah si, ils arrivent sans faire exprès à embarquer un Sélénite, qui tombe lui aussi dans l’eau. Puis à la fin, tout le monde il est content et c’est la fête dans les chaumières.

Mille et un contes de fées

Méliès aime raconter des histoires rapides mais rocambolesques. En l’espace de 10 minutes, il fait vivre à ses personnages une aventure qui n’arrivera que 67 ans plus tard – les créatures autochtones en moins. À l’instar de Jules Verne, ce jeune magicien de l’image français est un visionnaire.

Dans Le Raid Paris-Monte-Carlo, deux compères aventureux décident de parcourir la France dans une automobile de course et cela, en seulement deux heures ! Mais l’humour mélièsque n’est jamais très loin, puisque les chauffards créeront de nombreux accidents sur leur route et même sur la ligne d’arrivée – sans oublier le policier qu’il faudra regonfler à la pompe.

Dans un autre genre, nous avons Le Mélomane, étant connu comme un des premiers films à effets spéciaux. Dans ce film « musical », Méliès dessine une musique sur une portée en jetant sa tête, qui repousse à  chaque lancée, pour former les notes. Le procédé utilisé est celui de l’arrêt de caméra, principe permettant de stopper le fonctionnement de l’appareil et de modifier un détail sur l’image, pour qu’il apparaisse ou disparaisse comme par magie. Ensuite, il crée une surimpression, qui consistait à rembobiner la pellicule et filmer de nouveau dessus. Pour l’époque, et encore aujourd’hui, ce sont de vrais révolutions ! Tout de même, seul un magicien pouvait avoir ce type d’idées !

Extrait du Mélomane (1903)

 

Méliès sur les écrans

Je ne parlerai pas ici des apparitions du cinéaste dans ses propres films, mais de son histoire lorsqu’elle est contée par d’autres. Ainsi, vous pouvez découvrir une part de sa vie dans Hugo Cabret de Martin Scorsese. MAIS ATTENTION ! Ce film, issu d’un livre pour enfants racontant l’histoire du jeune Hugo Cabret dans le Paris de 1930, a bien sûr embelli plusieurs faits de la vie du cinémagicien. Par exemple, Jeanne D’Alcy, la femme de Méliès dans le film, est montrée comme l’actrice jouant une des femmes rêvées par les astronautes du Voyage dans la Lune. Cependant, ils n’étaient pas encore ensemble à l’époque (1902), il s’agit en réalité d’une certaine Bluette Bernon. De plus, il n’était pas aussi grincheux (ceci est une remarque personnelle, même si je trouve que Ben Kingsley fait un fantastique Méliès) !

À gauche : Ben Kingsley dans Hugo Cabret / À droite : photographie de Georges Méliès

On retrouve aussi le personnage dans La Mécanique du Cœur de Mathieu Malzieu, comme un ami du héros.

Fantastique et fantasmagorique, conteur d’histoire et amuseur de tous, Georges Méliès est le génie qui créa le spectacle cinématographique et les effets spéciaux. Amis cinéphiles, parmi les tablettes de la connaissance est écrit : « Méliès tu connaîtras et chériras, le Voyage dans la Lune tu verras et sa magie tu admireras ».

 

Bibliographie

Georges Méliès l’enchanteur, de Madeleine Malthête-Méliès (une biographie très agréable à lire)

La couleur retrouvée du Voyage dans la Lune, de Gilles Duval et Séverine Wemaere (qui nous apprend de nombreuses choses sur la restauration de cette merveille )

 

Sources : CadavrExquis, le blog culture qui te veut du bien (article de l’auteur)

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