Rencontre

FIVE : Rencontre avec Pierre Niney et Igor Gotesman

Julien Rappeneau, more about scénariste et fils du grand cinéaste français Jean-Paul Rappeneau, prostate nous offre un premier film réjouissant, plein de charme et de finesse en portant à l’écran l’univers graphique de Camille Jourdy. On y suit le personnage de Vincent (Kyan Khojandi), un modeste coiffeur provincial qui voit sa vie bouleversée lorsqu’il rencontre Rosalie (Noémie Lvovsky), une épicière solitaire qu’il est persuadé d’avoir déjà rencontrée, sans être capable de se rappeler ni où ni comment. Il commence alors à suivre cette femme mystérieuse sans se douter que cette dernière l’a remarqué et le fait également suivre par sa nièce, Aude (Alice Isaaz). Ces trois là ne vont pas tarder à voir leur vie complètement chamboulée. Cette première œuvre s’annonce d’ors et déjà comme la révélation d’un cinéaste et la confirmation du talent singulier de la jeune Alice Isaaz. Notre Cinéphile Reporter a eu la chance de pouvoir interviewer ces deux artistes prometteurs.

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Julien, vous êtes un scénariste reconnu en France. Qu’est ce qui vous a donné envie de vous essayer à présent à la mise en scène ?

JR : J’ai eu un coup de cœur pour le roman graphique de Camille Jourdy et ses personnages que je trouvais tous particulièrement attachants. Et puis le ton que j’y ai décelé me correspondait également et m’a donné envie d’adapter cet univers dans un film. J’aime les fêlures de ces personnages ainsi que leur fragilité et le fait qu’ils soient un peu à côté de leur vie ou à un moment un peu figé de leur existence. Cela apporte de la gravité au récit mais sans nuire à l’humour et à la dérision.

Le film « ludique », c’est nouveau, car il embarque le spectateur dans une sorte de grand jeu de piste ?

JR : J’avais envie de jouer avec le public en apportant un aspect ludique en effet et jubilatoire au film, ce qui a demandé une construction très précise lors de l’écriture du scénario afin de laisser beaucoup d’espace aux personnages pour qu’on s’y attache. Toute cette histoire est conçue comme un grand puzzle qui se révèle peu à peu afin de surprendre le spectateur et de le tenir en haleine.

Justement, Alice, j’ai le sentiment qu’il s’agit de votre film le plus surprenant au niveau de sa structure… Vous êtes d’accord avec moi ?

AI : Complètement… Ce qui est amusant c’est que j’ai reçu le scénario pendant que je tournais En mai, fais ce qu’il te plait de Christian Carion. Je l’ai lu pendant les moments où j’étais dans ma loge en attendant qu’on vienne me chercher pour tourner mes scènes. Je n’arrivais pas à décrocher de ce que je lisais au point que j’espérais que l’équipe prenne du retard sur le plateau pour que je puisse continuer à dévorer le script (Rires). Je n’avais jamais vu ou lu une histoire avec une telle structure et c’est effectivement ce qui m’a attiré.

Ce qui est également plaisant, c’est l’épaisseur psychologique et émotionnelle apportée à ces personnages qui s’avèrent être des anonymes dans une petite ville de province et pas des super-héros.

JR : Je pense que c’est justement cela qui peut amener le public à se retrouver dans ses personnages car leurs émotions, leurs fêlures, leurs aspirations parlent à chacun d’entre nous. Après tout, n’importe qui dans n’importe quel milieu social peut éprouver ce sentiment d’être à côté de sa vie et de ne plus avoir l’espoir qu’il puisse lui arriver quelque chose de positif. On en vient alors à se dire qu’il est trop tard et que l’on n’a pas suivi le bon chemin. Ce sont des personnages qui souffrent également de solitude et c’est en recréant du lien entre eux qu’ils vont sortir de cette spirale.

Puisque nous parlons de personnage, Alice, que pouvez-vous me dire sur le vôtre, dans le film bien entendu ?

AI : On pourrait penser que c’est une fille fainéante qui se laisse vivre alors qu’en réalité, elle n’a pas encore trouvé ce qui la fait vraiment vibrer. Du coup, quand le film commence, elle est un peu à coté de sa vie, comme les personnages de Vincent et de Rosalie d’ailleurs. Mais cette histoire de filature qui est au cœur du film va remettre, de manière imprévue et surprenante, du mouvement dans la vie de chacun.

Vous avez également des partenaires de jeu avec lesquels vous semblez partager une grande complicité ?

AI : Bien sûr. Que ce soit avec Kyan, Sara et Noémie, avec laquelle j’ai beaucoup appris, d’autant plus que je craignais qu’elle soit assez directive avec moi du fait qu’elle est également réalisatrice alors que pas du tout. Au contraire, elle m’a accompagné avec beaucoup de bienveillance. Et puis elle est tellement généreuse dans son interprétation qu’on en oublierait presque que l’on est en train de jouer. Je pense que si l’alchimie fonctionne aussi bien entre tous les personnages, c’est grâce à Julien qui a eu une audace incroyable au moment du casting.

Julien, à l’instar de votre père, tous vos personnages sont extrêmement travaillés, même ceux qui ont une présence modeste à l’écran ?

JR : Je n’ai pas cherché à me comparer à mon père mais c’est vrai que je voulais travailler tous les personnages avec une certaine densité pour qu’on s’y attache et que les acteurs puissent leur apporter une profondeur de jeu. Je tenais à choisir des acteurs et des actrices de grands talents même pour des rôles qui ont peu de présence à l’écran. J’accorde autant d’importance à tous les rôles même à celui qui n’a qu’une phrase à dire car cela joue beaucoup sur la musique générale d’un film, il ne faut donc négliger aucune partition…

Comment avez vous conçu l’aspect visuel et musical du film, à partir d’une BD ?

JR : Je ne voulais pas placer cette histoire dans une réalité naturaliste trop brute. J’ai donc tenu à travailler l’univers visuel du film avec beaucoup de délicatesse et de douceur pour en faire une sorte de « conte réaliste ». Pour la musique j’ai fait appel à mon frère, Martin, qui connaît très bien mes goûts, mes envies et ce projet dont je lui ai parlé bien en amont du tournage, ce qui lui a permis d’infuser l’esprit général du film et ce que j’avais en tête. Donc la collaboration s’est très bien passée même si pendant un moment je m’étais dis « merde et si je n’aime pas ce qu’il compose, qu’est ce que je fais ? » (rires). Mais je ne m’inquiétais pas vraiment car je suis très admiratif de ses talents de musicien et c’est pour cela que je l’ai choisi.

Où se trouve cette petite ville assez charmante que vous filmez et où se déroule cette histoire ?

JR : On a tourné à Nevers en Bourgogne. Je ne voulais pas d’une ville qui soit trop pittoresque ou trop « régionaliste ». Dans la BD, l’histoire se déroule à Dole mais cette ville ne m’inspirait pas du tout. Je me suis donc rendu en Bourgogne où j’allais souvent étant enfant, chez ma grand-mère. Je me suis baladé tout seul en amont des repérages dans plusieurs petites villes et c’est à Nevers que j’ai eu un coup de cœur. J’ai aimé la lumière qui s’y dégageait puis j’y ai vu des lieux qui correspondaient aux décors que je m’imaginais pour le film. Ce qui est amusant, c’est que j’ai toujours été attiré par les petites villes de province alors que j’ai grandi à Paris. Parfois, je pars écrire pendant plusieurs jours dans des petites villes que je ne connais pas. C’est quelque chose qui m’inspire et c’est aussi ça qui m’attirait dans ce projet, l’idée de tourner dans cet univers provincial où je n’ai pas grandi.

Voilà un film plein de couleurs, de fantaisie, de poésie et de légèreté, doté d’un casting irréprochable et d’un scénario habilement construit et qui s’avère très joueur vis à vis du public…

Propos recueillis pas Le Cinéphile Reporter.

C’est un vent de jeunesse et de fraicheur qui souffle sur le cinéma français avec la sortie de Five. Une comédie jubilatoire où cinq potes inséparables vont voir leur amitié mise à rude épreuve au cours de péripéties totalement délirantes. Notre Cinéphile Reporter a rencontré le jeune réalisateur-acteur Igor Gotesman ainsi que la star de ce premier film et du cinéma français actuel, click drugs Pierre Niney.

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Voilà une oeuvre qui parle d’amitié… Une notion chère à beaucoup de gens donc je ne peux m’empêcher de vous demander quel regard vous portez tous les deux sur ce type de relation.

Igor Gotesman : Je pense que le film pose un regard sur une bande de jeunes qui sont tous à un âge où on peut se sentir un peu perdu mais où nos amis de longues dates peuvent être des repères. Quand on se cherche, view on a besoin de gens qui nous soutiennent et qui nous servent de guide spirituel. Les amis peuvent jouer ce rôle là et nous aider à trouver notre chemin.

Pierre Niney : Personnellement, j’ai envie de citer une phrase de La Fontaine qui précise bien la rareté et la préciosité d’avoir auprès de soi un ami qu’on aime vraiment : « Chacun se dit ami mais fou qui s’y repose, rien n’est plus commun que le nom, rien n’est plus rare que la chose… ».

Igor, pourquoi avoir choisi la thématique du trafic de cannabis comme l’élément déclencheur de la folie vers laquelle tend le film ?

IG : En fait, ce thème devait surtout me servir de support pour mieux parler de l’amitié. C’est un film sur une bande de potes qui vit ensemble mais je ne voulais pas simplement faire une chronique sur une colocation où les gens s’engueulent parce qu’il y a des poils pubiens dans la baignoire. Pour qu’il y ait un enjeu fort et de la folie comme tu viens de le dire, il fallait montrer ce qui peut se passer dans un groupe d’amis qui se retrouve confronté à une histoire qui les dépasse. Ça permet de tirer sur l’élastique de l’amitié et de voir jusqu’où elle peut tenir. Après tout, la question « Jusqu’où peut on aller par amitié ? » est une question que pose le film et à laquelle j’essaie de répondre.

Comment t’y es-tu pris pour donner de la consistance à chacun des cinq personnages ? Même si certains d’entre eux sont plus développés que d’autres… Comme le tien, Pierre…

IG : Je ne me suis jamais caché qu’il y aurait des rôles principaux et des rôles plus secondaires comme le mien ou celui d’Idrissa. Ce n’est pas parce que le film s’appelle Five qu’il fallait que les cinq personnages existent tous exactement de la même manière. Après tout, dans les films de Cédric Klapisch comme Le Péril jeune ou L’Auberge espagnole, il est également question d’une bande de potes et ils n’ont pas tous la même présence à l’écran. A l’écriture du scénario, il y avait vraiment quelque chose de très fort qui se construisait autour des personnages de Samuel (Pierre Niney) et de Timothée (François Civil), c’est donc leur relation à tous les deux que j’ai davantage mise en avant car elle faisait avancer le récit.

Puisque tu parles de Cédric Klapisch, quelles ont été tes influences ?

IG : C’est vrai qu’en France, le travail de Klapisch me plait beaucoup, de même que la comédie d’Outre-Atlantique où il y a ce plaisir de mettre en avant des sujets un peu tabous de manière très crue que l’on retrouve dans le cinéma de Judd Apatow ou de Paul Feig. C’est un univers qui n’est pas très bien considéré en France mais que nous revendiquons, mes comédiens et moi-même. Nous sommes très heureux d’avoir fait un film qui parle d’amitié avec des scènes sensibles et touchantes et d’autres plus crues mais que les jeunes peuvent vivre dans leur vie de tous les jours quand ils ne sont pas filmés… Alors pourquoi se priver de les filmer ?

Très bien, maintenant si tu veux bien Pierre, je me tourne vers toi… J’aimerais savoir comment tu expliques que ton personnage puisse avoir une telle folie des grandeurs dans sa relation avec ses amis ?

PN : Je pense que dans son contrat d’amitié, il a envie de leur donner de grandes choses car même si ce film est une comédie avec beaucoup de fraicheur et de légèreté, il y a néanmoins de la gravité. Notamment à travers l’idée que Samuel puisse avoir une sorte de déséquilibre qui lui fait perdre toute notion de la réalité. Il est dans une forme d’optimisme chronique qui est assez souvent propre à celle des mythomanes. Mais c’est quelque chose de très plaisant à jouer.

Récemment on t’a vu dans des rôles assez sombres où tu brillais de mille feux. Et ici, même s’il s’agit d’une comédie, je retrouve la même intensité dans ton jeu…

PN : J’essaie toujours de mettre quelque chose de très sincère et de très premier degré dans mon interprétation. Même si c’est de la comédie et qu’il y a des choses qui sont totalement absurdes et complètement fantaisistes, je suis toujours très sincère dans ma démarche. Je te donne un exemple précis… Pour la scène où Samuel s’engueule avec son père et que celui-ci décide de lui couper les vivres, ce qui marque le début de l’engrenage dans lequel plonge mon personnage, il fallait qu’on y croie vraiment. Je l’ai donc jouée comme un jeune homme passionné par le théâtre, qui a envie de croire en ses rêves et qui, en même temps, s’y est pris très maladroitement et a menti à son père car il n’a pas su lui dire ce qu’il avait vraiment envie de faire. C’est quelque chose qui parle à beaucoup de jeunes d’aujourd’hui qui ne font pas exactement ce qu’ils auraient voulu faire car les métiers artistiques font peur à leurs parents. Personnellement, j’ai eu la chance d’être soutenu mais je pense que ça doit être très difficile à vivre pour ceux qui n’ont pas eu cette chance. Donc je tenais à aborder tout ça très sérieusement. D’ailleurs, le rire est bien plus fort quand il est abordé avec sérieux.

J’imagine que lorsque l’on décide de faire un film qui parle de la jeunesse, on cherche à éviter les clichés… Comment s’y prendre pour échapper à cet écueil ?

IG : Je pense que le plus important c’est de mettre de la sincérité dans ce que l’on fait. J’ai écrit ce film en pensant à des amis qui me sont chers et avec lesquels j’ai grandi. A partir de là, je pense qu’il y a une certaine authenticité chez mes personnages dans la mesure où ils m’ont été inspirés par des gens proches de moi. Je n’ai pas voulu décrire une jeunesse qui soit celle d’un microcosme. Je voulais parler de ma jeunesse comme de la tienne… La jeunesse de notre génération…

PN : Igor me parlait beaucoup de cette authenticité à laquelle il tenait. Je pense que si Five est un film à la fois moderne et rafraichissant, c’est parce qu’il a été écrit et réalisé par un jeune de 25 ans, interprété par des jeunes de 25 ans pour des jeunes de 25 ans. Cela permet de toucher du doigt une réalité et une vérité plus authentique que celle que l’on peut trouver dans des scénarios sur la jeunesse écrit par des scénaristes de cinquante ans, où de nombreux éléments sonnent faux.

C’est un film qui met en avant tout le talent des valeurs montantes du cinéma français mais tu t’entoures également d’une actrice TRÈS confirmée en la personne de Fanny Ardant…

IG : J’étais très excité à l’idée de diriger une comédienne de la trempe de Fanny Ardant pour mon premier film. Je lui ai simplement fait part de mon envie et de mon enthousiasme à faire ce film et, par bonheur, elle a très vite accepté. Elle n’est venue que deux jours sur le plateau mais elle s’est montrée très douce vis à vis de nous tous. Elle s’est parfaitement prêtée au jeu car elle a suffisamment d’humour pour jouer une version un peu excentrique d’elle même. Je pense que quand on est un jeune cinéaste, c’est en prenant le temps de rencontrer les gens et de leur parler de nos références, de nos envies et de notre vision, que l’on parvient à les convaincre de se prêter au jeu de l’autodérision… Pour peu que le scénario leur plaise un minimum… Évidemment…

Tu accordes également un grand soin à l’esthétique du film ainsi qu’à la musique ?

IG : Je tenais à réaliser une comédie car ce genre est vraiment mon domaine de prédilection mais je ne voulais pas pour autant délaisser des aspects aussi essentiels que la technique, la mise en scène et la direction d’acteurs. Je n’ai jamais cherché à réinventer le cinéma mais j’ai tout de même insisté auprès de mes producteurs pour pouvoir filmer des choses assez complexes comme le plan dans l’escalier où la caméra monte sur plusieurs mètres en même temps que Pierre et François grimpent dans les étages. C’est un plan qui a une valeur symbolique car ils viennent de consommer de l’ecstasy et ils montent ces escaliers en même temps que la drogue leur monte à la tête. Je souhaitais également que le film baigne dans une ambiance qui soit proche de celle des pays du nord avec des lumières très diffuses et des tons pales proches du bleu qui est une couleur que l’on retrouve plutôt dans les thrillers. Pour la musique, je tenais à ce qu’elle soit à l’image de notre jeunesse, à savoir assez plurielle. A l’instar de beaucoup de jeunes, j’ai une culture musicale assez éclectique qui va aussi bien du Rap français et américain qu’à Alain Souchon. Le film devait refléter cette idée là.

Parfait… Et pour conclure, Pierre, tu seras bientôt à l’affiche de deux films que j’attends particulièrement, Frantz de François Ozon ainsi que l’adaptation de la vie du Commandant Cousteau, L’Odyssée où tu interprètes le fils de ce personnage emblématique qui est, lui, joué par Lambert Wilson… Que peux-tu me dire sur ces deux projets ?

PN : J’ai tourné Frantz juste après avoir fini le tournage de Five. C’est un film dont je suis très fier, qui raconte une histoire d’amour impossible dans l’après-première guerre mondiale, mais qui parle aussi du fantasme et du mensonge. Le film doit sortir le 14 septembre prochain. Quant à L’Odyssée, ça a vraiment été une aventure hors normes. On a tourné en Méditerranée, en Antarctique et en Afrique du Sud. La sortie en salle est programmée pour le 12 octobre et je pense que ce sera un film vraiment épique… Le Revenant du cinéma français en quelque sorte. On a plus qu’à aller aux Oscars (rires).

Propos recueillis par Le Cinéphile Reporter (Eurojournaliste)

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