Festival de Cannes 2015

FESTIVAL ET SCANDALES – Acte II

festivals et scandales - acte 2 tarantino

Suite de la série « Festival et Scandales », avez-vous lu le chapitre précédent ?

ACTE I

Le Festival de Cannes. Douze jours de stars, de strass et de scandales. A chaque cérémonie ses polémiques, couacs et accidents en tout genre. Et en 2014, qu’est ce qui fera parler sur la Croisette ? En attendant la réponse, revenons sur douze scandales qui ont marqué l’histoire du Festival de Cannes.

8- « Fuck you ! »
1994

Quentin Tarantino excelle dans l’art fin et subtil du dialogue. Surtout en ce qui concerne les insultes, qu’il parvient à placer près de fois par minutes dans le seul Pulp Fiction. 265 : c’est le nombre de « fuck » recensés dans le chef d’oeuvre du cinéaste, primé à Cannes en 1994. On peut en compter 266, si on rajoute celui prononcé lors de la remise de la Palme.

Ca y est. Deux ans après le succès de Reservoir Dogs, qui avait séduit le tout-Cannes en 1992, Quentin Tarantino est à nouveau célébré par la Croisette. Clint Eastwood, président du jury, vient d’annoncer la Palme d’Or 1994 : Pulp Fiction. Tarantino et ses producteurs exultent, le public est debout et le jury applaudit. L’oeuvre de Tarantino, son originalité, sa modernité, semblent avoir toute la salle. Enfin non, pas vraiment. Il reste cette femme, qui hurle depuis son siège, manifestant ainsi son désaccord avec le choix du jury et empêchant le cinéaste de prendre la parole. Tarantino en rit dans un premier temps. Puis il glisse un discret, mais néanmoins remarqué, doigt d’honneur, qui aura le mérite de stopper instantanément la contestation. Geste cool pour certains, attitude scandaleuse pour d’autres : peu importe au fond. Cet énième fuck a lancé la carrière de Tarantino et indéfiniment marqué la Croisette.

7- Couvrez ce sein que je ne saurais voir
1954

Soixante ans nous séparent de ce scandale, qu’on pourrait assurément présenter aujourd’hui comme un scandale people. En 2014, cela ne choque presque plus personne qu’une star laisse échapper un sein par ci ou une culotte par là. Mais en 1954, moeurs différentes obligent, c’était une autre affaire. Un sein par ci, et c’était votre place à Cannes, puis votre carrière d’actrice qui était remise en question. La preuve avec l’histoire de la jeune et belle Simone Silva, dont le destin bascula suite à un scandale made in Cannes.

Interesting Photographs of Celebrities' Life at the Cannes Film Festival in The Past (24)

Simone Silva avait tout pour elle. Un début de carrière d’actrice prometteur au Royaume-Uni et un statut de sex-symbol – pour faire court, une sorte de Marilyn Monroe version british. Elle sera d’ailleurs élue Miss Festival lors de l’édition 1954 du Festival de Cannes. Peut-être que cette notoriété naissante lui fit croire qu’elle pouvait tout se permettre ? Peu importe, au fond. Au cours de l’édition 1954 du Festival donc, elle donne rendez-vous aux photographes cannois pour une séance spéciale en compagnie de l’acteur Robert Mitchum, une petite star américaine nommée il y a quelques années de cela pour un Oscar du meilleur second rôle. Visiblement éméchés, les deux amis arrivent sur la plage où les attendent les photographes. Mais la séance ne se passe pas comme prévue. L’actrice lève son haut, laissant apparaître sa poitrine et faisant sourire un Robert Mitchum visiblement aux anges. Les photos prises sont publiées dès le lendemain et les réactions sont immédiates. Robert Mitchum et Simone Silva sont priés de rentrer chez eux, suites aux demandes des délégations anglaises et américaines, appuyées par la direction du Festival de Cannes. Cette « outrage aux bonnes moeurs » coutera cher à l’actrice, dont la carrière s’arrêta brusquement suite à la réputation sulfureuse qu’elle s’était elle-même taillée. Simone Silva se suicidera trois ans plus tard, en 1957. De quoi s’interroger sur la nature du véritable scandale…

6- « On m’a d’mandé y’a trois jours de r’mettre la Palme d’Or… »
1999

Aborder les bons thèmes et en parler en employant les bons mots. Voilà une composante essentielle de ce qu’on appelle l’art du discours. Savoir discourir (oui, ce verbe existe) est très utile en société, et même fortement recommandé lors des cérémonie. Surtout lorsque celle-ci est la cérémonie de clôture du plus grand Festival cinématographique au monde. Surtout lorsque votre discours est le plus important de toute cette cérémonie. Surtout lorsque vous vous appelez Sophie Marceau et que vous êtes alors sur le point de lancer une carrière internationale, grâce à votre nouveau statut de James Bond Girl.

23 mai 1999. La cérémonie de clôture du Festival de Cannes touche à sa fin. Kristin Scott Thomas, la maîtresse de cérémonie, cède sa place à Sophie Marceau, le temps de la remise de la Palme d’Or, la récompense suprême de la compétition. On ne demande pas grand chose à la jeune actrice française : juste le bla-bla habituel des cérémonies. Eventuellement, si l’envie vous prend et que vous en avez le talent, vous pouvez improviser un discours ou vous tentez à l’exercice difficile de l’originalité. Mais non, Sophie Marceau ne semble pas de cet avis et invente un nouveau type de discours, qu’on a encore du mal à définir aujourd’hui : prise de parole confuse, mots qui s’embrouillent, regard perdu… Chacun ses qualificatifs pour décrire le discours incompréhensible de Sophie Marceau, qui finit, heureusement pour tout le monde, par être interrompu par la maîtresse de cérémonie, Kristin Scott Thomas. L’actrice française s’excusera pour son attitude auprès du Président du Festival quelques jours plus tard. Mais trop tard : le scandale est déjà là. Suite au discours, la carrière de Sophie Marceau subit un brusque cout d’arrêt dont elle du mal à se remettre. Mais ce discours mémorable eut au moins le mérite de mettre en garde les futurs discoureurs de la Croisette…

5- Narcisse à la tête du jury
1991

Roman Polanski est un personnage aussi controversé que talentueux. Le cinéaste franco-polonais compte probablement parmi les plus grands de notre temps ; c’est à lui qu’on doit des chefs d’oeuvres tels que Le Pianiste, Chinatown ou Oliver Twist, pour ne citer que ses longs-métrages les plus connus. Cependant, plusieurs zones d’ombres survolent le génie de Roman Polanski. Sa vie privée, et notamment l’affaire Gailey (on accuse le cinéaste d’avoir violé une mineure de 13 ans dans les années 70’s), ou encore sa façon d’être, son comportement font débat. Le Polanskigate, qui eut lieu durant l’édition 1991 du Festival de Cannes, illustre bien les travers d’un réalisateur aussi doué que sulfureux.

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En 1991, Roman Polanski est nommé président du jury pour la 44ème édition du Festival de Cannes. Cinéaste reconnu et adoré du monde entier, sa nomination à un poste  si prestigieux ne surprend personne et ne soulève aucune contestation. Sauf qu’au bout de quelques jours sur la Croisette, un gros problème apparaît en interne : le président du jury déclare « n’aimer aucun des films présentés. » La sélection n’est pourtant pas plus mauvaise qu’une autre, on y retrouve les oeuvres de jeunes réalisateurs ambitieux (Lars Von Trier, Spike Lee…) et de cinéastes confirmés (Maurice Pialat, Theo Angelopoulos…). Mais rien n’y fait. Roman Polanski boude tous les films, les uns après les autres, jour après jour. Jusque-là projection de Barton Fink, des frères Coen, qui séduit le cinéaste franco-polonais et en fait son favori pour la Palme d’Or. Or deux problèmes se pose. Le premier est d’ordre « éthique ». Barton Fink est un hommage évident au cinéma de Roman Polanski ; le président ne devait-il pas en faire abstraction et rendre un jugement objectif ? Le second problème est plus concret. La majorité des membres du jury ne sont pas spécialement emballés par l’oeuvre des frères Coen ; ce qui empêche Barton Fink d’accéder à la récompense suprême. Mais Roman Polanski, qui n’accorde ses yeux qu’à Barton Fink, est déterminé à imposer son choix. La veille des délibérations, il fait boire les membres du jury et les convainc de voter l’attribution de plusieurs récompenses, dont la Palme d’Or, au film des frères Coen. L’opération n’est qu’un demi-succès, seuls les trophées de la Mise en scène, du Meilleur acteur et la Palme d’Or seront remis le lendemain aux Frères Coen, alors que Polanski souhaitait leur faire gagner toutes les récompenses du palmarès… Barton Fink devient néanmoins le film le plus primé de l’histoire du Festival. Dès l’année suivante, Gilles Jacob, choqué par l’attitude de Roman Polanski, annonça qu’un seul film ne pourrait plus remporter autant de récompenses.

A SUIVRE… (LIRE L’ACTE III)

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