Festival de Cannes 2015

FESTIVAL ET SCANDALES – Acte III

cannes 2014 festival et scandales

 

Suite de la série « Festival et Scandales », avez-vous lu le chapitre précédent ?

Le Festival de Cannes. Douze jours de stars, de strass et de scandales. A chaque cérémonie ses polémiques, couacs et accidents en tout genre. Et en 2014, qu’est ce qui fera parler sur la Croisette ? En attendant la réponse, revenons sur douze scandales qui ont marqué l’histoire du Festival de Cannes.

4- Les chefs d’oeuvre d’Alain Resnais censurés
1956 et 1959

Alain Resnais est certainement l’un des plus grands cinéastes français. Son apport au septième art français équivaut largement celui de Jean Luc Godard, François Truffaut ou encore Jacques Tati. Seulement, Alain Resnais n’a pas la même reconnaissance que ces illustres cités précédemment. Peut-être Cannes y-est-il pour quelque chose ? La croisette ne l’a en tout cas pas aidé à lancer sa carrière, pourtant entamée par deux des plus grands chefs d’oeuvres de l’histoire du cinéma français.

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Il faut se replacer dans le contexte des années 50’s. Le monde vient de sortir d’une guerre atroce, qui a déchiré l’Europe et fragilisé l’équilibre international. La paix est certes là mais elle est un rameau fragile. Et Cannes en a bien conscience. Rare sont les événements qui réunissent toutes les nations de la planète en un seul lieu ; Cannes est de ceux-là. Et dans les années 50’s, les Etats, déterminés à contrôler leur image, ont encore le pouvoir d’influencer le déroulement de la cérémonie. Chaque gouvernement nomme un film, qui le représentera à Cannes. Rares sont donc les oeuvres audacieuses, taboues, scandaleuses. Et les oeuvres d’Alain Resnais sont de celle là. Nuit et Brouillard d’abord, en 1956. Le documentaire est l’un des premiers films à aborder le thème des camps de concentrations nazis. A la vue du film, l’Allemagne demande le retrait de l’oeuvre de la sélection cannoise, car le pays n’assume pas encore la Déportation. La France cède face aux réclamations allemandes, et ordonne la censure de Nuit et Brouillard – ce qui permettait adroitement de ne pas parler de la collaboration française dans le génocide juif. Trois ans plus tard, en 1959, la censure frappe encore le génie d’Alain Resnais. Cette fois, c’est Hiroshima mon amour qui suscite la polémique. L’oeuvre, qui traite à la fois de la guerre américano-japonaise et de la Libération, scandalise l’Oncle Sam. Les défenseurs de la liberté d’expression que sont les Américains font pression sur la France gaulliste qui, une nouvelle fois, ordonne la censure de l’oeuvre d’Alain Resnais – ce qui permettait de ne pas trop entacher le glorieux mythe de la Libération… Ces petits arrangements diplomatiques entre amis servirent bien les intérêts français, allemands et américains, au détriment des oeuvres d’Alain Resnais, qui furent privés de Croisette, à deux reprises.

 3- Une Palme d’Or contestée, huée et excommuniée
1960

Avant même sa sortie, des murmures et rumeurs sulfureuses couraient à propos de la nouvelle oeuvre de Federico Fellini, La Dolce Vita. L’aristocratie italienne et les hauts-dignitaires ecclésiastiques criaient d’avance au scandale profanateur, à l’outrage aux bonnes moeurs. Mais en mai 1960, la direction du Festival de Cannes confirme la nomination de La Dolce Vita dans la sélection officielle. Ce n’est que le début d’un scandale qui marquera la Croisette, le monde du cinéma et l’art de manière plus générale.

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La cérémonie de clôture de la treizième édition du Festival de Cannes touche à sa fin. La Palme d’Or va être remise d’un instant à l’autre. La salle est impatiente de connaître le nom du lauréat, d’autant plus que le choix de celui s’est fait à l’unanimité – fait relativement rare. Georges Simenon, président du jury, s’avance et annonce que La Dolce Vita remporte la Palme d’Or. Les spectateurs huent, sifflent, hurlent à l’annonce du vainqueur. « Un film dégoutant », « une honte », sont des mots qui reviennent souvent dans les travers du Palais des Festivals. On crache à la figure de Fellini, on l’insulte. Certains demandent la destruction du film, d’autres l’excommunication du réalisateur. Ils n’obtiendront que quelques mots du Vatican, qui juge le film pornographique et blasphématoire. Les néo-facistes italiens profitent du scandale pour revenir sur le devant de la scène politique et dénoncent des atteintes à la vertu. La Dolce Vita n’est pourtant pas une oeuvre si scandaleuse que cela. Certes il y a une scène de suicide, certes le personnage principal est un peu dévergondé. Ce qui dérange le plus, c’est la vision de l’Eglise et de la bourgeoisie italienne que renvoie l’oeuvre de Fellini. L’oeuvre fait débat : a-t-on le droit, en 1960, d’ordonner l’excommunication d’un artiste ? Une oeuvre peut-elle à ce point diviser une société (d’un côté une droite catholique, résolument anti-Fellini, et de l’autre une gauche intellectuelle qui soutient le cinéaste) ? L’art peut-il encore être censuré ? Finalement, l’oeuvre restera une Palme d’Or, et la scène mythique de la Fontaine de Trevi deviendra l’une des scènes les plus cultes du septième art.

2- Révolution sur la Croisette
1968

Mai 1968 : la France fait face à l’un des plus grands mouvements contestataires de son histoire. Etudiants, travailleurs, opposants au gaullisme… Des millions de personnes, issues de tout bord, luttent ensemble contre le gouvernement et le système. Mai 1968 : la vingt et unième édition du Festival de Cannes est sur le point de commencer. Véritable havre de paix isolée d’un pays en proie à une sorte de guerre civile, la Croisette veut croire que son Festival va bel et bien se dérouler, comme chaque année. Sauf que 1968 n’était pas une année comme les autres.

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Certains ont vu dans le choix du film projeté en cérémonie d’ouverture un signe annonciateur des événements à venir. Le titre de l’œuvre de Victor Flemming, Autant en emporte le vent, semble en effet prémonitoire quant on voit aujourd’hui la façon dont s’est déroulé le Festival… C’est le dit scandale de la Cinémathèque Française qui va mettre le feu aux poudres. André Malraux, ministre de la culture, avait fait renvoyé Henri Langlois, le directeur de la puissante institution cinématographique, provoquant ainsi le mécontentement de nombreux cinéastes, cinéphiles et autres personnes du monde du cinéma. Parmi eux François Truffaut ou encore Jean Luc Godard ; deux hommes influents et présents sur la Croisette. Ajouter à leur opposition à la décision d’André Malraux une sympathie avec les mouvements intellectuels qui agitent la capitale au même moment et vous obtiendrez un cocktail explosif, encore jamais bu sur les plages cannoises.

Les deux cinéastes vont mener des manifestations sur la Croisette et tenter de rallier un maximum de personnes à leur cause. « Il s’agit de manifester la solidarité du cinéma avec les mouvements étudiants et ouvriers » déclare Jean Luc Godard. Mais comment manifester de telles idées dans un lieu aussi codifié que Cannes durant le Festival ? « La seule manière de manifester est d’arrêter immédiatement toute projection » propose alors Jean Luc Godard. Plusieurs personnalités se joignent à la cause des deux cinéastes. Parmi eux : Claude Berri, Macha Meril ou encore Roman Polanski, alors membre du jury. Les manifestants font tout pour empêcher les projections : on bouscule le personnel et les spectateurs, on insulte, on frappe, on s’accroche aux rideaux… Le dimanche 19 mai, Cannes 1968 s’arrête officiellement, avant même d’avoir récompensé les films sélectionnés. Cette vingt-et-unième édition devait devenir celle de la majorité ; elle aura finalement été le symbole d’une jeunesse révoltée.

1-Du mariage princier à l’adaptation hollywoodienne
1955

Propos politiquement incorrects, comportements vulgaires, caprices de stars, photos osées, censures… Le Festival de Cannes ne reposerait-il que sur ses innombrables scandales ? Même si ces derniers ont fortement contribué à la légende de la Croisette, il est nécessaire de relativiser : Cannes n’est pas que scandales. La preuve avec l’une des histoires d’amour les plus glamour des temps modernes : celle du Prince Rainier III et de Grace Kelly, qui a débutée près des plages cannoises. Après ces onze affaires plus scandaleuses les unes que les autres, il semblait évident de conclure sur un happy-end à l’américaine.

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L’histoire commence en 1955. Grace Kelly débarque pour la première fois de sa vie à Cannes. Sa carrière vient à peine de décoller. En 1952, elle jouait dans Le Train sifflera trois fois, l’année suivante, elle occupait l’un des rôles principaux de Mogambo de John Ford, et enfin, en 1954, elle tourne à deux reprises pour Alfred Hitchcock.C’est donc en starlette plus qu’en star que Grace arrive sur la Croisette. Et pourtant, le 6 mai 1955, grâce au journal Paris Match, l’actrice américaine va rencontrer l’un des hommes les plus puissants de la planète : le Prince Rainier III de Monaco. Et pour faire court : coup de foudre sur la Croisette, mariage ultra-médiatisé en 1956, trois enfants et une mort tragique en 1982. Une histoire digne des meilleurs blockbusters hollywoodiens avec le Festival de Cannes en scène d’ouverture. Et en 2014, c’est le biopic Grace de Monaco qui faisait office de scène d’ouverture au Festival de Cannes. Une sorte de mise en abyme pour boucler la boucle et finir en beauté, en strass et en paillettes cette compilation de scandales cannois.

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« Cannes est tout ce que le cinéma est: glamour et rigueur, bêtise et sérieux, sexuel et cérébral, excessif et raffiné, art et business, le ridicule et le sublime. »

 Todd McCarthy, journaliste cinéphile américain

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