Critique Film

FAST AND FURIOUS 7 : Le deuil de la famille ★★★☆☆

James Wan prend les manettes pour l’un des meilleurs volets de la saga.

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Comment définir la saga Fast and Furious ? Si l’on regarde au-delà de la description d’un produit beauf, fait par des beaufs et pour des beaufs, la question s’avère plus difficile qu’il n’y paraît. A l’instar de leurs héros, simples benêts accros du volant et du tuning, la franchise a su bomber le torse face à un succès invraisemblable (notamment au vu de la qualité très relative des épisodes 2,3 et 4) qui lui permet d’atteindre aujourd’hui les 250 millions de dollars de budget (!) pour livrer de purs films d’action. Dominic Toretto et sa « famille » travaillent désormais pour le gouvernement, et les rentrées d’argent, aussi bien fictives que réelles, leur donnent droit aux cascades les plus folles, dont le paroxysme semblait (et semble toujours d’ailleurs) atteint par la course-poursuite démente du cinquième volet, incluant la traînée d’un immense coffre-fort. Justin Lin, estimant avoir fait le tour des possibilités du sujet, laisse ainsi place à James Wan ; choix étonnant, mais totalement pertinent.

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En effet, si le cinéaste s’est surtout illustré avec talent dans le genre de l’horreur (Saw, Insidious, Conjuring…), sa maîtrise de la mise en scène et ses remises en question des codes se révèle en osmose avec le tournant existentialiste de Fast and Furious. Soyons honnêtes, la saga n’a jamais eu la prétention de livrer une narration de qualité. Mais de ce constat, elle a su en puiser sa force, jouant de ses capacités de divertissement dans un exercice de style permanent. Certes, le cahier des charges implique toujours autant de belles pépées et de répliques philosophiques aussi polies que le crâne de Vin Diesel, mais Wan a réussi à en faire sa chose, en enlevant par-ci par-là quelques artifices maladroits. Ce travail d’épure fait même de FF7 un blockbuster expérimental. Il délaisse définitivement son scénario, qui ne fait qu’amener les personnages d’un point A à un point B, afin de renforcer une volonté d’abstraction, présentée pour nos yeux et nos oreilles comme un véritable challenge s’étalant sur deux heures quinze. Plus que jamais, Dom et ses potes oublient toute notion de réalisme et utilisent l’outil cinématographique pour défier les lois de la gravité et magnifier ce rapport à la vitesse, au mouvement. Wan repousse certaines limites avec des idées délirantes et jouissives, qu’il s’agisse de l’échappée d’O’Conner d’un bus blindé à moitié suspendu dans le vide ou de l’envolée d’un bolide au travers de trois buildings d’Abou Dabi.

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On sent ainsi de la part du réalisateur l’envie de toucher l’essence de Fast and Furious, de revenir à un plaisir instantané et primitif. Même le script explicite cette quête, faisant d’un programme informatique le MacGuffin du long-métrage. Il peut espionner n’importe qui à partir de n’importe quelle caméra à travers le monde. Cette menace, que l’équipe finira par affronter sous la forme d’un drone Predator, est pourtant aux antipodes des principes de la série. Il n’est pas ici question d’affrontement viril, d’un contact entre deux corps forgés par la fonte, mais d’un ennemi invisible voulant jouer à cache-cache. Les héros doivent interroger leurs méthodes, revenir à leurs origines pour appréhender ce danger, au final représentatif de celui traversant la franchise depuis ses débuts : la route elle-même. La mort guette à chaque coin de rue sans qu’ils puissent nécessairement la voir. Néanmoins, James Wan ne s’amuse pas qu’à priver Fast and Furious 7 de ses apparats. Au contraire, cette remise en perspective lui permet de constamment chercher à assouvir les fantasmes encore inassouvis de son public. Chaque acteur a droit à son moment de gloire et à sa punchline au sein de ce casting toujours plus démentiel, dont la puissance réside justement dans la réunion. Cette fois-ci, la saga accueille en bad-guy Jason Statham. Bien que son personnage (le frère du méchant du dernier volet) ne soit pas suffisamment présent, il nous fait l’honneur d’un combat contre Dwayne Johnson (notre chouchou depuis Fast 5) puis contre Vin Diesel himself, pour notre plus grand plaisir.

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Dès lors, on peut se demander si le succès de Fast and Furious ne dépend pas de l’écoute de son public, qui lui a si bien rendu jusqu’à présent. Le véritable talent de James Wan est d’avoir su assimiler cette notion pour trouver l’émotion au milieu de la testostérone et des bagnoles. Elle s’en retrouve même décuplée suite aux réécritures dues au décès de l’acteur Paul Walker, peu avant la fin du tournage. Si le choix de la production de terminer le projet en utilisant des CGI et les frères du comédien comme doublures peut sembler éthiquement douteux, il ne fait que révéler en aval (derrière les histoires de fric, entendons-le bien) ce qu’a toujours voulu la franchise. Malgré son premier degré, Fast and Furious sait prendre du recul avec lui-même, acceptant et faisant accepter sa condition d’objet cinématographique, loin et proche de son audience à la fois. La curiosité macabre de certains spectateurs s’avère finalement minoritaire face à la simple volonté de rendre hommage à Walker. Les dernières minutes du film s’en chargent à merveille, nous montrant pour une ultime fois le regard bleu acier de Brian O’Conner, que l’on quitte en même temps que son interprète. Wan accentue la pesanteur des limites du cadre, accompagnées de dialogues à double-sens qui font rejoindre pendant quelques instants la fiction et la réalité. Assis sur nos sièges dans une salle climatisée, nous appartenons pourtant nous aussi à la grande famille de Dominic Toretto. Il s’agit sans doute de la meilleure manière de définir Fast and Furious : une saga populaire, qui a appris à communiquer au-delà de l’écran.

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