Rencontre

DEMAIN TOUT COMMENCE : Rencontre avec Hugo Gélin et Antoine Bertrand

Quatre ans après avoir su renouveler le genre du film de potes avec Comme des frères, Hugo Gélin nous offre aujourd’hui, en guise de cadeau de Noël, une comédie au sens le plus noble du terme. Fraicheur, humour, folie, magie, fantaisie et émotion rythment Demain tout commence, beau film à la fois profond et complexe. Nous avons eu le plaisir de nous entretenir longuement avec ce jeune cinéaste très prometteur ainsi qu’avec Antoine Bertrand, grande révélation du récent Starbuck.

Je crois savoir que votre film est adapté d’un scénario qui était d’ores et déjà écrit quand on vous a proposé de le mettre en scène. Pouvez-vous nous raconter comment vous vous êtes approprié cette histoire pour la faire pleinement vôtre ?

Hugo Gélin : Ça faisait quatre ans que j’écrivais mon deuxième film, une comédie romantique que je vais tourner prochainement et qui me tient très à cœur quand Stéphane Célérier, le président de Mars Films ainsi que Philippe Rousselet, m’ont proposé de lire l’adaptation scénaristique d’un film mexicain qu’ils ne trouvaient pas encore abouti mais sur lequel Omar était déjà impliqué. Je l’ai lu puis j’ai envoyé un mail de dix pages comprenant des notes sur tout ce que je pensais, sur ce qui me plaisait ou non et sur ce qu’il fallait améliorer. Ils m’ont alors dit qu’ils pensaient exactement les mêmes choses que moi et que j’avais parfaitement compris le film qu’ils voulaient faire.

Puis ils m’ont présenté Omar avec qui je me suis très vite entendu sur la manière de faire ce film. On avait les mêmes mots, on parlait d’humour, de sincérité, d’honnêteté. On voulait faire un film qui soit à la fois humain, drôle et profond, avec beaucoup de pudeur. Le mérite revient vraiment aux producteurs qui nous ont fait nous rencontrer et ça a marché. Puis Mathieu Ouillon m’a rejoint car on avait trois mois pour tout réécrire. L’enjeu consistait à faire de cette histoire la nôtre et de l’adapter à la France, à notre culture et à Omar. On a développé des personnages qu’on ne trouvait pas à la hauteur dans la version initiale comme ceux d’Antoine et de Clémence puis on a modernisé l’histoire tout en y ajoutant des choses qui nous touchent personnellement. C’est ce qui fait que le film est vraiment devenu le nôtre. Il n’est pas une simple adaptation. C’était quelque chose de très important pour nous car c’est un film humain et s’il avait été fabriqué, ça n’aurait pas marché. Il lui fallait tout ce qu’on pouvait y mettre de personnel et d’intime pour que ça transperce l’écran.

On doit vous le dire très souvent mais quel titre original que Demain tout commence. Où avez-vous eu cette idée ?

HG : Si tu savais comme j’ai saoulé tout le monde avec cette phrase, notamment Igor Gotesman avec qui j’ai écrit ce qui aurait dû être mon deuxième film et qui finalement sera le troisième. Je lui disais constamment qu’il fallait placer cette phrase quelque part mais ça ne collait pas à l’histoire donc on a laissé tomber. Heureusement, pour celui là c’était cohérent. C’est une phrase qui résonne profondément en moi. À l’origine, c’est une phrase de Gaston Bachelard que ma grand mère (Danièle Delorme) reprenait tout le temps car avec la vie très riche qu’elle a eue, aussi bien en terme d’émotions positives par rapport à sa carrière d’actrice et de productrice au côté d’Yves Robert, mais aussi en terme de drames étant donné qu’elle a vécu la guerre et qu’elle a perdu son fils unique, je l’ai toujours entendu dire « Demain tout commence ! ». Elle demandait toujours : « Qui sont les nouveaux artistes ? Qu’est-ce qui motive les plus jeunes ? Comment je peux les aider ? Qu’est-ce qu’on peut faire de demain ? Qu’est-ce qu’on peut construire plutôt que de s’enfermer dans les souvenirs et la nostalgie ? ». C’est une belle manière de voir la vie et de continuer à avancer malgré les succès, les échecs et les drames vécus auparavant. C’est une phrase qui faisait vraiment corps avec le film généreux qu’on voulait faire, avec un message d’amour et d’espoir qui fait du bien par les temps qui courent.

Ce n’est que votre deuxième film après Comme des frères mais on sent déjà que vous avez une certaine sensibilité et que vous appréciez particulièrement de mélanger l’humour et l’émotion…

HG : C’est avant tout quelque chose d’instinctif. On m’a éduqué avec humour. J’aime le principe de la comédie mais j’aime y mettre des choses profondes et dramatiques. C’est contre mon gré, je ne m’en rends même pas compte dans mon écriture. Je suis construit comme ça et quand je l’analyse avec un peu de recul, je me dis que les plus grandes comédies de l’histoire du cinéma sont toujours teintées d’un drame. J’ai cette envie d’être au plus proche de ce qui ressemble à la vie. Or quand on ne fait que se marrer pendant une heure et demie, c’est tellement éphémère que quand on ressort de la salle, le film ne vous marque pas et vous l’oubliez. C’est la même chose quand je vois une heure et demie de drame, c’est tellement plombant que quand j’en ressors, j’ai juste envie d’aller me coucher. Même si je peux aussi aimer ce genre de film. Mais là, je voulais mélanger les deux parce que c’est ce qui ressemble le plus à la vie. Après tout, on peut avoir un fou rire à un enterrement ou même recevoir un coup de fil qui t’annonce une mauvaise nouvelle alors que tu te trouves dans une fête avec des potes où tout le monde se marre autour de toi pendant que toi, tu es bouleversé. C’est un mélange intéressant mais c’est aussi une question de curseur dans l’écriture puis dans le jeu des acteurs. On se demande toujours jusqu’où on peut aller et dans quelle scène. Parfois on décide de mettre une vanne dans une scène dramatique parce que ça fait du bien. C’est un exutoire. Ici, je trouve que les scènes les plus drôles arrivent à la fin du film, au moment où il y a le plus de tensions. Mais c’est justement parce qu’il y a de la tension dans d’autres scènes à côté que les scènes de respiration comique font un bien fou. Après, je ferai peut être des films plus émouvants ou plus drôles que d’autres mais j’aurais du mal à faire un film de pure comédie sans un fond et sans avoir à dire quelque chose sur les personnages. Tout comme j’aurais du mal à faire un film sans humour même s’il s’agit d’un drame historique.

On ne peut bien évidemment pas ne pas parler de cette belle relation pleine d’amour, de tendresse et de magie qui unit ce père et son enfant…

HG : En fait, au début du film, le trait de caractère principal du personnage d’Omar est son irresponsabilité. Ce qui devient un vrai problème pour lui dès lors qu’on lui met un bébé dans les bras. C’est ce qui crée la comédie. Mais, par la suite, ce qui est fort, c’est qu’il utilise son irresponsabilité comme une force en offrant, avec ces talents de conteur, d’inventeur et de mec bourré d’humour, une vie un peu hors normes à sa fille. Même si, au final, son comportement a ses raisons profondes et n’est pas gratuit du tout.

Et justement, aviez vous des références quant à cette relation père-fille ?

HG : On a beaucoup parlé du Kid de Charlie Chaplin puisqu’il s’agit d’une mère qui abandonne son enfant et souvent les gens oublient cette partie de l’histoire. Sinon La Vie est Belle de Roberto Begnini nous a beaucoup inspiré quant à cette relation entre un père et son enfant basée sur la magie, la complicité et l’invention d’une vie exceptionnelle qui, même si elle est fausse, permet de rêver. Il y a aussi une référence à Kramer contre Kramer car c’est un grand film sur le sujet du combat pour avoir son enfant. Et puis le personnage de Samuel et son appartement londonien sont très influencés par Big avec Tom Hanks.

Il y a un autre élément qui rend ce film très étonnant, c’est que sa narration emprunte différentes directions à mesure que l’histoire avance… Pouvez-vous nous parler de l’évolution narrative du film et comment vous en êtes arrivé à lui donner une telle structure ?

HG : Quand le film commence, c’est une pure comédie à l’image de Trois hommes et un couffin sauf qu’il n’y a qu’un seul homme et qu’il n’y a pas de couffin (rires). On est dans un point de départ très classique de comédie. Mais son aventure l’amène dans un autre pitch, à savoir : « Comment je vais éduquer ma fille dans une ville comme Londres que je ne connais pas ? ». Et puis après, sa fille a huit ans et on comprend qu’il lui invente une fausse maman depuis des années. Ce qui pourrait être un autre pitch. Jusqu’au jour où la vraie maman revient. Donc effectivement, quand on a déplié le squelette du film et qu’on a réfléchi à sa structure, on a été assez déboussolé car il s’y passait presque trop de choses. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on m’a proposé le projet en avril 2015 or, on devait entrer en préparation en juin pour tourner en septembre. On a donc écrit le scénario en trois mois. Pour cela, on a envoyé le script 20 pages par 20 pages ce qui, bien entendu, ne se fait jamais car on attend toujours d’avoir la fin pour envoyer la version définitive. Donc chaque fois qu’on envoyait les vingt nouvelles pages, on se disait qu’il fallait que l’on conclut par un truc un peu kiffant pour que les producteurs accrochent et aient envie de lire la suite. Un peu à la manière d’une série avec un cliffangher à chaque fin d’épisode. À tel point que ce procédé est entré dans la structure même du film. C’est pour cela que l’histoire prend des chemins différents à chaque nouveau chapitre. Si on avait écrit le scénario d’une traite, le film ne serait probablement pas ce qu’il est aujourd’hui.

Et vous, Antoine, c’est un personnage très haut en couleurs que celui que vous interprétez…

Antoine Bertrand : C’est un personnage à l’image du ton du film, avec quelque chose d’immense, de vrai et de sincère. On se promène avec lui comme avec tous les autres personnages, en naviguant entre l’humour et la profondeur. Sa relation avec Omar apporte aussi un côté buddy movie au film. Ils ont une amitié assez improbable du fait qu’ils élèvent la petite ensemble. Je suis une sorte de « maman-tonton » (rires). Mais même si on reçoit des commentaires sur la modernité du film qui évoque des thèmes comme celui là, on n’a jamais cherché à appuyer dessus. C’est juste là, en toile de fond mais le sujet est ailleurs.

Et que dire du personnage de la mère, à la fois touchante et agaçante comme jamais…

HG : Elle est complexe mais humaine. Elle fait plein d’erreurs, elle s’y prend mal, elle est bancale. Elle pense d’abord sauver sa fille en l’amenant à Omar puis quand elle revient dans sa vie, elle ne sait jamais où se mettre. Elle apprend à devenir maman alors que sa fille a déjà huit ans et est déjà éduquée. Elle en est presque risible mais à un moment donné, Omar tend aussi le bâton pour se faire battre car c’est lui qui lui demande de revenir mais quand elle revient, il lui demande de repartir et de les laisser vivre leur vie comme avant. Il la pousse à avoir des réactions extrêmes et elle ne fait que lui dire de ne pas lui reprocher de saisir la chance qu’il lui a donné. C’est toutes les contradictions de l’être humain, parfois on fait des choses alors qu’on pense l’inverse. Tout ça l’amène à aller un peu trop loin puis à s’en vouloir même si elle le fait quand même parce que c’est sa fille. On mélange vraiment les émotions vis à vis d’elle, on l’aime, puis on la déteste, puis on la comprend.

AB : Personnellement, je tiens à dire que c’est un rôle quasi impossible à jouer sans provoquer cette colère, mais Clémence arrive à la rendre attachante par la fragilité et la vulnérabilité qu’elle dégage même quand elle n’a pas de répliques.

HG : Et puis il y autre chose dont il faut parler, c’est que le regard de Gloria sur sa mère est totalement pur. Elle est tellement heureuse de retrouver sa maman que je suis aussi heureux pour elle. Leurs retrouvailles balaient tous les conflits. J’ai un jugement d’adulte sur ce personnage mais j’ai aussi un regard d’enfant, ce qui me fait la comprendre et l’aimer aussi.

L’évolution esthétique du film est également assez singulière, on passe du sud de la France à la ville de Londres qui est filmée d’une façon que l’on a rarement vu au cinéma…

HG : Pour le début du film, on a tout de suite voulu ancrer Omar au soleil où il est le roi du monde, séduisant, séducteur, sans soucis, sans responsabilités et organisant des fêtes. Au point que quand on l’envoie à Londres alors qu’il ne parle pas anglais et qu’il y pleut tout le temps, il redescend à zéro. On a besoin d’envoyer le personnage dans l’endroit le plus compliqué qui soit pour lui afin de créer du conflit. J’aime l’idée de faire un film original mais qui rejoint l’universel au cours de l’histoire. Ce sont des personnages qu’on aimerait connaître mais même si on ne les connaît pas, ils vivent des choses universelles et ainsi, ils nous rejoignent dans nos émotions à tous. La ville de Londres aide à cela, parce qu’elle est hyper cinématographique et très cosmopolite, avec des gens venant du monde entier. Il y a des quartiers très différents comme Trafalgar Square et Nothing Hill, qu’on a bien sûr filmé mais on a surtout voulu ancrer l’histoire dans le quartier de Shoreditche car c’est un lieu qu’on voit peu au cinéma alors qu’il dégage quelque chose de très moderne. On voulait que le film ait une vraie charte graphique avec des couleurs majeures, beaucoup de bleu, ponctué par du rouge et du jaune. Et puis, il y aussi le décor de l’appartement d’Omar et Gloria où on a rêvé de mettre un bateau pirate en Playmobile géant en guise de salle à manger, un toboggan avec des boules, un éléphant doudou géant et un mur de Lego. C’est le bonheur du cinéma, on rêve de trucs fous puis des professionnels viennent bosser pour les rendre réels.

Et enfin, quelques mots sur la musique qui vous reste un moment dans les oreilles et dans la tête…

HG : Il y a des synchronisations mais aussi des morceaux achetés pour le générique afin de donner une identité au film et puis un vrai score que je voulais à l’ancienne, c’est à dire avec des thèmes comme à l’époque du grand cinéma américain, français et européen. J’aime me souvenir d’un film juste par sa musique et le thème permet cela car il donne une identité précise à un film précis. Ce qui a été très compliqué pour notre compositeur, Rob Simonsen, c’est la musique des scènes de comédie car il faut éviter d’être lourd tout en ponctuant la comédie de manière élégante. Mais là où il nous a le plus bluffé, c’est sur l’émotion et les thèmes de Gloria, de sa mère ainsi que sur tout le final du film où on a une musique de près de quatre minutes. On a composé ensemble dans un studio à Saint Germain puis on a enregistré les cordes au studio B d’Abby Road, le studio des Beatles. Un vrai rêve de gosse…

Sortie le 7 décembre 2016.

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