Critique Film

VICE-VERSA : (E)motion ★★★★★+♥

Pete Docter revient en force avec l’une des œuvres les plus puissantes et inventives du studio Pixar.

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Au-delà de la révolution technologique débutée par Toy Story (le premier long-métrage en images de synthèse), sildenafil le studio Pixar s’est toujours distingué de la concurrence par sa perpétuelle inventivité, viagra 40mg mais aussi par sa capacité à repousser les limites du cinéma d’animation par l’intellectualisation de son médium et sa sensibilité. En effet, c’est au travers d’univers toujours plus variés qu’il a su interroger le sens des amas de pixels qu’il crée, c’est-à-dire la façon de rendre vivants ces êtres et décors numériques à la base inertes. Plus précisément, comment rendre humain ce qui ne l’est pas ? Ainsi, il a toujours été question d’une incroyable compréhension des sentiments, mais aussi de l’importance de l’enfance dans la vie d’un homme, fondant sa personnalité et son état d’adulte. Le studio californien a fait de cet apprentissage des différentes périodes de la vie son crédo, bien souvent accentué par une anthropomorphisation réussie d’animaux ou d’objets (1001 Pattes, Le Monde de Nemo, Cars…). Par ces imaginaires originaux et particuliers, la force de Pixar a été de faire ressortir l’universalité de son sujet, pour toucher aux propres souvenirs du spectateur. A ce jour, si Monstres & Cie. demeure parmi les meilleurs films (voire le meilleur) de la boîte de John Lasseter, c’est tout simplement parce que son monde mettait en abyme les ambitions de la firme. Les monstres de Monstropolis travaillaient à l’usine pour effrayer les enfants, et engendrer de l’énergie à partir de leurs cris. Voilà le but qu’a éternellement visé Pixar : nourrir leurs métrages des sentiments du spectateur pour créer l’alchimie et la magie. Dès lors, l’atout de Vice-Versa, qui le place instantanément dans les hautes sphères du studio, est d’aller encore plus loin que ses prédécesseurs. L’anthropomorphisation ne concerne plus des êtres doués d’émotions, mais directement les émotions.

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Le Quartier Général est un centre de contrôle à l’intérieur de la tête de Riley, une enfant de onze ans. Dans cette salle où trône un tableau de bord cohabitent cinq sentiments : Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût. Ensemble, ils commandent ses actions et conservent ses souvenirs. Sauf que le déménagement soudain de la famille de Riley semble perturber cette dernière, alors même que Tristesse est prise d’une pulsion visant à contaminer la vision du passé de la petite fille. S’il semble compliqué au premier abord, le monde de Vice-Versa est en réalité d’une incroyable clarté. Il s’agit d’ailleurs de la première qualité du film, dont l’exposition efficace laisse percevoir le génie d’une direction artistique ayant réfléchi à chaque couleur, chaque décor et chaque design de personnage pour en puiser une logique et une force évocatrice. Le grappin (comme dans Toy Story !) émotionnel de Pixar s’accroche à nous en quelques minutes et parvient à une identification quasi-instantanée. Malgré les spécificités de la personnalité de Riley, représentées par des îles, Pete Docter (déjà derrière Monstres & Cie. et Là-haut) pousse comme à son habitude à l’universalité de son propos grâce à une appropriation de cet univers par le spectateur. Il s’émerveille tout comme l’héroïne s’émerveille, l’histoire prenant la forme d’un récit initiatique, avant même de devenir plus explicitement un road-movie au moment où Joie et Tristesse sont éjectées par accident du Quartier Général.

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Par cette connivence qu’il crée avec son public, Vice-Versa rappelle par bien des aspects la saga Toy Story, dans laquelle Andy, le propriétaire des jouets, vieillissait en même temps que ceux se trouvant de l’autre côté de l’écran. L’âge adulte, et plus généralement le changement sont toujours source d’angoisses pour les créateurs de Pixar, mais leur volonté est de nous apprendre à appréhender ces moments non pas comme des fatalités, mais comme des tremplins vers l’avenir. Plus que jamais, le film dépeint avec une extrême justesse la recherche d’identité, et le fait surtout au travers d’une magnifique métaphore sur la puissance du septième art. L’implication demandée du spectateur l’invite à voir au-delà du cadre et du montage, au-delà des images qui lui sont proposées. C’est à lui de se faire son propre film, de se remémorer ses propres souvenirs (par ailleurs amenés dans le long-métrage par une sorte de projecteur), comme si ce qu’il voyait n’était qu’une base l’incitant à l’introspection. Docter déploie même cette idée grâce à sa représentation des rêves, qui prennent la forme d’un studio de cinéma. Alternant avec brio rires et pleurs, Vice-Versa n’est pourtant jamais aussi génial que quand nous accentuons nous-mêmes ces émotions par l’interprétation que nous faisons des événements. La créativité visuelle absolument ahurissante ne fait alors que nous épauler, trouvant sans nul doute son plus beau passage dans une zone dédiée aux pensées abstraites, dans laquelle les personnages passent de la 3D à la 2D, reproduisant à l’envers l’évolution du cinéma d’animation, pour nous en montrer une nouvelle fois toute l’étendue et la portée.

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Mais plus encore, Vice-Versa résonne principalement comme le plus beau manifeste de son studio : s’adresser aux enfants (comme aux adultes) sans jamais les rabaisser intellectuellement, et les émerveiller en demeurant sincère et mature. Tout comme Monstres & Cie., le fonctionnement des émotions renvoie ici à une mise en image industrielle, remplie de machines et de boutons. De cette représentation manichéenne, Pete Docter dévoile justement que nos sentiments sont un peu plus compliqués, et nécessitent un savoir plus subtil ainsi qu’une machinerie plus complexe pour les apprivoiser. Ils ne sont pas si dissociés, et doivent se mêler pour engendrer des expériences. C’est cette révélation qui constitue le voyage des personnages, et leur permettent de grandir. Il faut simplement tomber pour mieux se relever, conclusion simple mais brillante du rôle de la préadolescence, à laquelle s’ajoute un apport nostalgique, voire mélancolique, inhérent à Pixar. A chaque nouvelle zone du cerveau de Riley que visitent Joie et Tristesse, c’est tant de pensées et de souvenirs inévitablement oubliées qu’elles retrouvent, entassés dans des coins reculés de sa psyché. La plus belle trouvaille scénaristique concerne probablement Bing Bong, l’ancien ami imaginaire de Riley, qui erre dans les couloirs de sa mémoire, réduit à voler les moments passés ensemble. Le build-up émotionnel qu’il constitue, s’il est évident, en est justement d’autant plus poignant, car il nous oblige à regarder en face cette pureté enfantine que nous avons nous-mêmes laissé derrière nous. Au final, Vice-Versa nous demande de nous tourner vers le passé pour mieux avancer vers le futur. La douleur de ce regard en arrière est bien réelle, mais elle n’est pas veine. Une belle façon pour Pixar de nous rappeler que sans la peine, la joie n’existerait pas, et que sans toutes ses émotions mélangées, le cinéma, et l’art en général, non plus.

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