Critique Film

THE VOICES : De l’autre côté du miroir ★★★★☆

Un film inclassable et déjanté, porté par un Ryan Reynolds en pleine forme.

THE VOICES

Réalisatrice au parcours singulier et coloré, Marjane Satrapi s’invite aujourd’hui à Hollywood pour y délivrer son monde de bande-dessinée. Et pour un premier exercice de style, force est de constater que The Voices est un excellent choix, dont le scénario longtemps en gestation lui était, quand on y réfléchit, tout indiqué. Dans la bouseuse ville de Milton, Jerry travaille pour une usine de baignoires. Le problème… c’est qu’il est schizophrène, et compense sa solitude par de passionnantes conversations avec son chien et son chat. Pris d’amour pour la bonnasse de la boîte qui ne peut pas l’encadrer, il va la tuer par accident, avant de se transformer en serial killer. Flashy, enlevé et drôle, tels sont des adjectifs que l’on emploie rarement pour un slasher movie. Pourtant, c’est en jouant sur ces deux tableaux que The Voices trouve sa propre voie.

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En effet, le long-métrage se révèle une introspection des codes du cinéma d’horreur particulièrement jouissive, marchant sur les pas des clins d’œil méta de Wes Craven (Scream) ou Alexandre Aja (La Colline a des yeux, Piranha 3D). Tout est une question d’artifices, d’effets réfléchis pour procurer le rire ou la peur, nous rappelant ainsi que nous sommes devant un film. Après tout, Jerry lui-même est devant un film. Il perçoit un monde à part, plus lumineux et joyeux, dans lequel Satrapi déploie une mise en scène soignée à la lumière vive et chaleureuse. Elle s’amuse à mélanger les genres avec une facilité déconcertante, passant de l’hilarité d’une réplique de Monsieur Moustache à la violence troublante d’un meurtre. Certes, les ruptures de ton ne sont pas nouvelles dans le monde du slasher, mais elles rendent The Voices d’autant plus unique que le point de vue reste constamment focalisé sur son psychopathe empathique, porté par un Ryan Reynolds qui montre ici toute l’étendue de ses capacités d’acteur.

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Ce choix de rendre attachant ce tueur en série innocent s’avère d’autant plus intéressant que la réalisatrice, visiblement fascinée par son personnage, explique ses motivations sans justification psychanalytique vaseuse, et ce malgré des flash-backs plutôt maladroits. Mais surtout, la marginalisation de Jerry est rendue évidente par ses interactions avec le monde et ses conventions finalement absurdes et réductrices, qui ne font que l’isoler encore plus. Les visites régulières chez sa psy (Jacki Weaver) se révèlent rapidement inutiles, tandis que ses tentatives pour se rapprocher de ses collègues (excellentes Gemma Arterton et Anna Kendrick) finissent par… leur faire perdre la tête. The Voices est ainsi un film qui cherche à s’affranchir des codes cinématographiques, tout en dénonçant ceux d’une société hypocrite, prétendant protéger les outsiders qu’elle ne fait qu’exclure. On tombe alors éperdument sous le charme de Jerry (et ses animaux!), grand gamin piégé entre le bien et le mal dans un monde qui ne l’aide pas, et qu’il préfère s’idéaliser, jusqu’au générique absolument hilarant. Dommage que la modestie de Satrapi ne permette pas à son long-métrage d’atteindre les cymes de l’humour horrifique (notamment à cause d’une fin un peu rapide), faisant cependant de The Voices un exercice de style de qualité, qui dépasse la simple série B.

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THE VOICES : De l’autre côté du miroir ★★★★☆
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