Critique Série

CRITIQUE SÉRIE : The Hour

Série créée par Abi Morgan, store diffusée en Grande-Bretagne entre juillet 2011 et décembre 2012 sur BBC et en France sur Arte depuis mars 2013.

            « The Hour » est un programme de la BBC. Le début de la série concorde avec un point de rupture: Freddie Lyon (Ben Whishaw), journaliste, et Bel Rowley (Romola Garai), productrice exécutive, ont l’ambition de faire de l’émission, jusqu’ici simple relais d’informations, le rendez-vous incontournable du journalisme d’investigation. Vaste programme quand on vit en 1956…

            Avec seulement six épisodes dans la première saison, The Hour parvient à nous plonger dans une société anglaise menottée, enfermée dans les convenances et les non-dits, toujours avec humour et suspense. En suivant d’une part la vie des journalistes de la BBC et d’autre part Freddie qui mène une enquête parallèle, on se heurte avec eux au pouvoir politique. Le gouvernement tente d’exercer une pression constante sur l’éditorial de l’émission comme sur l’éthique de ceux qui veulent vraiment informer et poser les questions qui fâchent. La volonté de moderniser « The Hour », de la rendre plus pertinente, dérange. Le gouvernement parvient néanmoins à introduire « dans la place » un présentateur « maison », Hector Madden (Dominic West), qui s’avère être une calamité. Bel est la productrice exécutive, autrement dit la véritable rédactrice en chef, celle qui prend les risques et en assume les conséquences: c’est une femme au poste d’un homme. Elle suscite le désir d’Hector, l’admiration de Freddie, et son patron pense qu’elle peut être influençable car c’est une femme. Si l’on est spectatrice, on envie ce rôle, charismatique et original. Si l’on est spectateur, on est, comme Freddie et Hector, totalement séduit.

            La série s’amuse du trio amoureux Lyon-Rowley-Madden et joue sur l’opposition entre Hector et Freddie (et leurs différences physiques, parfois comiques). Bel est tiraillée entre les deux hommes. Freddie est terriblement séduisant mais tellement libre d’esprit qu’il en devient agaçant et parfois horripilant. Il est fragile physiquement mais n’a peur de rien. Son seul but est de relayer la vérité des faits. Hector quant à lui est rustre et plus animal, veut séduire Bel coûte que coûte tout en préservant son petit confort (il est marié à une femme très riche et très bourgeoise). C’est un choc entre deux mondes. Il y a des étincelles. Des alliances se font et se défont constamment au sein du trio. Mais la crise du canal de Suez pousse les trois personnages à se serrer les coudes, amène Hector à sortir de son petit quotidien ennuyeux et à collaborer avec Freddie durant leurs ivnestigations. C’est le basculement pour les personnages, mais aussi pour la ligne éditoriale de l’émission, qui prend ses responsabilités et beaucoup de risques. Le fait que le show soit produit par la BBC brouille les cartes. Une chaîne d’Etat, est-elle vraiment libre d’informer sans ménager le gouvernement qui la finance ? C’est une question épineuse, encore d’actualité. Des têtes tombent lorsque ce qui est dit et/ou montré dans une émission n’est pas du goût des dirigeants. C’était vrai dans les années 50…est-ce bien différent maintenant ? La seconde saison reprend la plupart des thèmes évoqués dans le premier volet, mais monte en intensité, se fait encore plus politique.

            La photographie de la série est impeccable, s’arrête sur les décors, les vues urbaines sous la pluie, dans la grisaille de Londres. On plante la caméra dans les couloirs, dans les manoirs. Comparable à Mad Men pour son style d’une élégance folle et son étude de la société, et à Good Night and Good Luck pour sa vision du journalismes à la télévision, The Hour captive et hypnotise. Après un excellent montage dans le premier épisode, lors d’un assassinat dans le métro, une séquence, dans l’épisode 4, fait un parallèle entre une soirée qu’Hector passe en famille, alors que Freddie, Bel et leurs collègues font la fête dans un bar cubain. La bourgeoisie anglaise dans toute sa splendeur, coincée, dépassée, fait face à la modernité et au pluriculturalisme. Le montage est efficace et intelligent, appuie la critique de la société des années 50 et annonce la transition culturelle des années 60.

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          Le générique, tout de jazz conçu, commence avec des claquements de doigts, un vibraphone qui résonne, et quelques tintements de triangles. Un saxophone lancinant entre dans la danse, rappelant les bandes originales des films de détectives. On s’installe confortablement dans notre canapé, on n’a plus qu’à se laisser emporter par le jazz, la magnifique photographie, l’humour anglais et un bon whisky.

            La présence espiègle et sautillante de Ben Whishaw (Freddie Lyon), apporte un humour constant dans The Hour . Les dialogues semblent écrits pour lui, et le mélange de provocation, d’esprit et de répartie cinglante fait mouche à chaque fois. Cela renforce le caractère déterminé du personnage. Ben Whishaw fonctionne particulièrement bien avec Anna Chancellor, qui joue Lix Storm, sa supérieure hiérarchique. Les deux acteurs ont une relation complice qui éclate à l’écran, donne beaucoup de rythme et de légèreté à la série. Anna Chancelor fonctione aussi parfaitement avec Peter Capaldi dans la seconde saison. Ils forment alors tous les deux un duo tout en retenue, dont le passé commun qui affleure constamment nous intrigue.

          The Hour allie l’élégance, l’intelligence et le divertissement, servie avec une bonne dose d’humour british. Elle est à consommer à toute heure, à tout âge.

          Le coffret de la saison 1 est déjà disponible chez France Télévision Distribution. Quant au coffret de la deuxième saison, il sortira le 12 juin 2014.

La Cinéphile Éclectique    http://carnetscritiques.over-blog.com/

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