Critique Film

MAGIC IN THE MOONLIGHT : Le sortilège de l’amour ★★★★☆

Magie et amour sont au programme de ce nouveau Woody Allen, aussi charmant que ses deux personnages principaux.

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Au rythme d’un film par an, l’imperturbable carrière de Woody Allen connaît de nombreux hauts, mais aussi quelques bas. Après avoir impressionné avec l’excellent Blue Jasmine, autant dire que Magic in the Moonlight était attendu au tournant, malgré son scénario centré sur la prestidigitation sentant le réchauffé. En réalité, la meilleure manière d’apprécier la filmographie du cinéaste est de la voir comme une introspection de sa part, qui ne prend finalement sens que dans la cohésion de l’ensemble, et donc, dans la présence de thèmes récurrents. La magie, et sa corrélation avec l’art de la mise en scène, font partie de ses thèmes. En premier lieu, la magie des années 20, époque qui le fascine (il l’avait bien montré dans Minuit à Paris) et qu’il met en valeur plus que jamais. Si la prestidigitation repose sur l’illusion, Allen soigne celle de son décor, absolument enchanteur. A ce titre, ce cadre d’une Côte-d’Azur du temps des années folles fait figure de personnage à part entière, dont le charme émane de chaque touche de lumière apportée par le grand chef opérateur Darius Khondji (habitué à renvoyer à une certaine nostalgie à travers des teintes sépia de toute beauté), de chaque costume et de chaque accessoire. Cette attirance a pourtant quelque chose d’inexpliqué, d’invisible. Et c’est précisément ce qui intéresse Woody Allen.

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En effet, le grand magicien Stanley Crawford, alias Wei Ling Soo (Colin Firth) est appelé à l’aide par un confrère pour démasquer une soi-disante médium, Sophie Baker (Emma Stone), qui séjourne actuellement dans la riche propriété de la famille Catledge. Britannique jusqu’au bout des ongles (c’est-à-dire pédant et orgueilleux), ce personnage est l’exemple type du reflet allenien, cynique et nihiliste. Les autres sont des idiots, perdus dans des croyances inventées de toutes pièces, et aveuglés par les limites de leur pensée. Cependant, si le réalisateur rit de ces optimistes benêts (notamment à travers le running gag d’un amoureux transi faisant la sérénade à longueur de journée), il semble moins catégorique que d’habitude. Le film joue quasiment tout du long de l’ambiguïté sur le « don » de Sophie, qui en vient même à chambouler ce pessimiste de Stanley. Dès lors, une relation inexplicable se dessine entre eux. En magnifiant son duo d’acteurs au sommet de leur forme, Allen nous montre avant tout une histoire d’amour naissante en en décrivant la mécanique, quand bien même nous ne comprenons pas le résultat final. Un peu comme un tour de magie en fait…

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D’une réalisation à priori simple, se souciant surtout de la mise en place des nombreux dialogues, Allen contraste en réalité ce qui saute aux yeux (les sentiments de Sophie pour Stanley, qui ne le voit pas au début) avec cet invisible, ce hors-champ bien plus agréable parce qu’il demande de l’imagination. Tout dans Magic in the Moonlight repose sur la question de la présence de quelqu’un ou de quelque chose, que chacun tente de percevoir. Grand athée devant l’Éternel, Woody Allen en profite encore une fois pour tacler la religion. Mais la différence ici, c’est qu’il cherche à comprendre ces croyances, faisant lui-même l’expérience (hilarante) de prière à travers son personnage principal. Ce nouveau long-métrage résonne ainsi comme une prise de conscience qu’il avait déjà amorcée dans La Rose pourpre du Caire, Meurtre mystérieux à Manhattan, Scoop ou encore Minuit à Paris : le bonheur est une utopie, une source d’illusions qu’il faut pourtant accepter ainsi, car la beauté de ce monde réside dans la mise en scène, dans la fabrication d’un idéal, quitte à en être aveuglé. En plus de donner pleinement sens à son cinéma (et au cinéma en général), il accepte d’utiliser son cynisme comme une moquerie de son propre nihilisme. C’est là qu’importe l’introspection d’Allen dans son œuvre, ne faisant peut-être pas de Magic in the Moonlight l’un de ses plus grands films, mais au moins un long-métrage pétillant, où, certes, le romantisme se met en scène sous un ciel étoilé vu d’un observatoire. Mais il n’en demeure pas moins magnifique.

 

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