Critique Film

LES 4 FANTASTIQUES : Une inquiétante mutation ★★☆☆☆

Un blockbuster bâtard, recipe frustrant et incomplet, ambulance malgré la vision fascinante qu’avait son auteur.

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A l’instar du récent Ant-Man, medicine Les 4 Fantastiques inquiète quant au succès désormais confirmé des films de super-héros, Hollywood se sentant obligé de livrer des productions de plus en plus normatives pour conserver un public qu’il a réussi à fidéliser depuis bientôt quinze ans. L’un comme l’autre, ils sont le reflet d’une méthode de production icarienne, volant grâce à un pilotage automatique qui ne peut la mener qu’à un crash violent. Mais l’un comme l’autre, ils représentent avant tout le passage de ces univers de comics vers la réalité, livrant un combat tout aussi manichéen que ceux de leurs mascottes face à leurs éternelles Némésis : l’auteur face aux studios. Malheureusement, dans les deux cas, la réalité prouve que les méchants peuvent parfois l’emporter, engendrant pour le premier le départ de son réalisateur et son remplacement (Edgar Wright), tandis que le second s’est fait charcuté sous les yeux impuissants de son créateur (Josh Trank). On ne peut alors que comprendre la détresse de ce dernier, dénonçant depuis quelques jours sa privation de liberté artistique sur le projet et la malhonnêteté de la Twentieth Century Fox. Le problème, c’est que son reboot des 4 Fantastiques conforte plus que jamais les producteurs dans leur approche des super-héros au cinéma. Nul doute qu’il deviendra d’ici quelques années un cas d’école, symbolisant l’impact que peuvent avoir Internet et la promotion dans le succès d’un film. A travers des rumeurs infondées ainsi que l’incapacité des fans à accepter le changement (en premier lieu les réactions surréalistes concernant l’incarnation de Johnny Storm par un acteur noir !), le long-métrage s’est longuement fait basher avant sa sortie, poussant le studio à « sauver les meubles » face à des hurlements intempestifs.

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De ce fait, l’échec des 4 Fantastiques n’est en aucun cas à mettre sur le dos de Josh Trank, mais bien sur celui de ses producteurs et surtout de son public. Désireux de ce paradoxe entre fidélité à l’œuvre d’origine (qu’ils confondent avec le respect) et véritable vision d’artiste, ils se sont privés des deux par leurs recommandations perpétuelles, comme s’ils avaient eux-mêmes engendré la créature de Frankenstein qu’ils redoutaient tant. Ne reste alors que la sensation d’un profond gâchis, dont subsistent quelques bribes d’idées que le talentueux Josh Trank avait mis au service du long-métrage. Il est clair que sa volonté première était celle d’un format différent du blockbuster actuel, s’attardant longuement sur les relations entre les personnages et l’acquisition de leurs pouvoirs plutôt que sur les scènes d’action. Quand il accepte de suivre ce rythme (à savoir dans sa première partie), le film parvient à poser une origin-story intéressante, d’autant plus casse-gueule qu’elle repose sur des protagonistes dont la personnalité est résolument clichée, à commencer par Reed Richards (Miles Teller), jeune nerd asocial qui a besoin de prouver ce qu’il vaut. Mais Trank sait choisir les bonnes références, et raconte la jeunesse de son héros dans le plus pur esprit des productions Amblin, notamment lorsqu’il met en scène les désillusions de la vie d’adulte, le tout épaulé par un casting revigorant (Kate Mara, Michael B. Jordan et Jamie Bell).

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Mieux encore, face à l’aspect vieillot et (soyons honnêtes) ridicule des 4 Fantastiques, le réalisateur de Chronicle a clairement orienté son reboot vers une relecture beaucoup plus sombre des aventures de l’équipe, lorgnant plus du côté du concurrent DC Comics que vers le ton léger promulgué (qui a dit imposé ?) par le Marvel Cinematic Universe. Et c’est sans doute là que la Twentieth Century Fox a sabordé le projet, ne permettant pas à Josh Trank d’exprimer toute la rage et la violence de son récit. Le montage original, prévu pour 120 ou 130 minutes, a ainsi été raccourci à 97 minutes, empêchant tout enjeu dramatique au prix d’une efficacité qui ne prend même pas. Le film semble abandonner en cours de route les thèmes qu’il commençait à esquisser, se rendant compte qu’il doit répondre à un quota de scènes d’action livrées dans un troisième acte tellement forcé et précipité qu’il détruit le restant de build-up émotionnel déjà bien amoché. Les relations entre les personnages, pourtant au cœur de l’intrigue, demeurent à un niveau de superficialité qui désamorce l’identification du spectateur. Sans doute jugée pas assez grand public, la psychologie noire des protagonistes pensée par Josh Trank a du mal à s’imposer à l’écran, mais reste suffisamment reconnaissable pour refléter la note d’intention que l’auteur avait à la base. Son inspiration revendiquée de Cronenberg et du body horror en général sonne même comme l’élément de résistance et de rébellion du cinéaste face aux pontes des studios. Au sein de cet ensemble fade et maladroitement construit émergent certaines fulgurances cauchemardesques et traumatiques. Il n’est pas ici question de super-pouvoirs mais d’anomalies, qui donnent l’impression aux membres du groupe de perdre leur statut d’humain. Ces capacités qui transforment leur corps ne sont jamais magnifiées, car à leurs yeux, il n’y a rien de magnifique dans cette mutation. Trank met plutôt en avant leur souffrance, aussi bien physique que mentale, et leur difficulté d’adaptation. Les 4 Fantastiques n’hésite donc pas à flirter avec le cinéma d’horreur, même si cette qualité est, là encore, en partie gâchée par les ellipses du montage. Cela est d’autant plus regrettable que la présence de l’antagoniste du film en est grandement diminuée, lui qui est plus que quiconque concerné par cette inspiration du réalisateur. En effet, Victor Von Doom (Toby Kebbell), allié des héros qui deviendra leur ennemi suite à sa transformation, dégage une violence psychologique et idéologique assez fascinante, nourrie par des frustrations pas suffisamment approfondies. Son rôle, qui affichait pourtant un grand potentiel, ne devient qu’une simple fonction au scénario, tuant par la même occasion son aura.

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Les 4 Fantastiques n’est dès lors plus un film en soi, car il ne semble vivre que dans le sillage de sa production houleuse. Tel un tableau auquel il faudrait nécessairement un cadre, il passionne par ce qui l’entoure, par son hors-champ, par ses nombreuses scènes coupées déjà fantasmées et pour le combat que promettent ses coulisses entre un artiste et ses producteurs. Le résultat déçoit, bien évidemment, mais il parvient à remplir une autre tâche : celle de servir de sacrifice afin d’appuyer le manque cruel d’inventivité et de prises de risques d’un Hollywood qui, à force de bâillonner ses auteurs, fonce droit dans le mur. Il est alors magnifique de voir dans cet énième reboot raté la malice d’un réalisateur devenu en cours de route suffisamment lucide pour contrer, en de rares occasions, la volonté des studios. A ce titre, la meilleure scène du film réside dans cet ingénieux plan-séquence, durant lequel le Dr. Doom s’échappe d’une base militaire en semant le chaos dans les couloirs. Dès qu’il croise un scientifique ou un militaire, il lui explose le crâne par la pensée. Au travers de cette référence assumée au Scanners de Cronenberg, Trank livre son plus beau baiser au spectateur, et son plus beau doigt d’honneur à la Twentieth Century Fox. Filmée majoritairement avec des effets spéciaux directement réalisés sur le plateau, la scène ne permit pas au studio d’en enlever les diverses gerbes de sang, ni de la remplacer (Trank n’avait pas fait de plans de secours). Ces quelques moments peuvent faire jubiler, mais ils font surtout déprimer, quand on se rend compte que désormais, les cinéastes de talent doivent agir de la sorte face à la machine à rêves.

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