Critique Film

JURASSIC WORLD : Hollywood est un loup pour l’homme ★★★☆☆

Pas toujours adroit mais porté par une vraie ambition de cinéma, le nouveau volet de la saga Jurassic Park nous replonge en enfance… ou presque.

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Si la cuvée des blockbusters de 2015 a vite été considérée comme l’une des plus attendues depuis longtemps, elle suscite pour l’instant moins d’admiration que de crainte. La faute à la résurrection massive de franchises ayant fait les beaux jours des années 80 et 90, révélatrice du manque d’imagination d’un Hollywood en quête de renouveau. On ravive les souvenirs d’un spectateur désireux de redécouvrir les histoires qui l’ont transportées par le passé, tout en lui promettant de ne pas assister à une pâle copie-conforme. En bref, trouver un dur équilibre entre l’hommage et la personnalité propre, la saveur d’une madeleine de Proust avec un goût différent. Malheureusement, le fan s’auto-persuade bien souvent (et on le comprend) de la qualité de cette renaissance, ne rendant la déconfiture que plus douloureuse quand cette suite ne fait que singer l’original avec une volonté de « plus grand, plus gros, plus fort ». Ainsi, la qualité de Jurassic World repose en grande partie sur la lucidité de son réalisateur, Colin Trevorrow, conscient que défier papa Spielberg et son mythique Jurassic Park jouerait en sa défaveur. Cette humilité ne le prive pas cependant de toute ambition, et lui permet de se concentrer sur la force de son concept, celui de mettre en images le fantasme de ce cher John Hammond et de nombreux spectateurs, qui ont toujours voulu voir le fameux parc à dinosaures ouvert.

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De cette façon, le film balaye de nos têtes Le Monde perdu et Jurassic Park III dès sa première demi-heure, en insufflant l’élément qui manquait aux suites boiteuses du chef-d’œuvre de 1993 : l’émerveillement. Le métrage prend le temps d’introduire ses personnages, avec en premier lieu deux ados invités par leur tante Claire (Bryce Dallas Howard), la gestionnaire du parc. C’est au travers de leurs yeux que l’on découvre les nouvelles infrastructures d’Isla Nublar et leurs occupants. Leur personnalité, réduite au minimum (le plus jeune connaît tout sur les dinosaures, le plus grand passe son temps à draguer) révèle la volonté profonde du réalisateur : permettre l’identification par le partage des sensations et des émotions. La caméra agit comme le récepteur de la perception des protagonistes, et amplifie la magie de l’ensemble en nous donnant l’impression d’être avec eux dans les attractions (des travellings simulent le mouvement des moyens de locomotion qu’ils utilisent pour se déplacer dans le parc) et en y ajoutant la majesté du thème de John Williams. Confiant sa nostalgie sans pour autant s’y complaire, Trevorrow montre ici toute l’étendue de son amour pour l’univers qu’il dépeint. Il joue même de l’aspect nécessairement numérique de son film pour saturer ses couleurs et éviter une quelconque froideur visuelle. Mais c’est surtout par les présentations avec le héros du jour, Owen Grady (Chris Pratt), que le cinéaste nous explicite son crédo. Si le bonhomme se risque à la tâche de dresser des vélociraptors (l’élément le plus cool du métrage !), c’est parce que leur vie en meute lui offre la possibilité de créer une relation, fondée sur le respect. Peu de temps après, il explique que le parc existe essentiellement pour permettre à l’homme de relativiser son importance dans l’univers. Ainsi, Jurassic World développe tout du long cette idée d’humilité de l’humain face au dinosaure, qui est avant tout celle de Trevorrow.

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Les interrogations du premier film sur la domination de la nature par l’homme (voir la « théorie du chaos » expliquée par Jeff Goldblum) sont donc ici avant tout un outil de réflexion sur l’émerveillement. Accommodés à la résurrection des dinosaures depuis plusieurs années, les visiteurs ne sont désormais plus impressionnés. Ils ont perdu cette humilité que devait apporter le parc, préférant la vue de leur smartphone à celle de monstres géants. Cet écran qui sépare le public de la raison de sa venue est sans nul doute à comparer à celle des spectateurs de cinéma. Bien évidemment, la volonté des gérants de conserver leur chiffre d’affaires amène à voir toujours plus grand, plus gros et plus monstrueux. La catastrophe est alors inévitable, et elle se nomme l’Indominus Rex, une créature génétiquement modifiée dont les multiples capacités lui permettent rapidement de sortir de son enclos et de semer la terreur sur Isla Nublar. Steven Spielberg se moquait avec une certaine jouissance des produits dérivés qui jalonnaient avec ironie son film, mais Colin Trevorrow a la bonne idée d’aller encore plus loin. Le statut de blockbuster et surtout de suite de son log-métrage se paye le luxe d’un message paradoxalement anticonsumériste, métaphore du Hollywood actuel qui fait revenir à la vie de célèbres licences juste en les dopant. Le cinéaste ne met que plus en avant la magie du old-school, qu’il loue bien plus que les codes du divertissement contemporain. Néanmoins, cette critique pertinente est également le plus grand défaut de Jurassic World, quand celui-ci remet en question sa propre existence, dans une totale opposition avec l’honnêteté que son réalisateur déploie envers son bébé et son univers. Comme pour se dédouaner de son aspect obligatoirement opportuniste et mercantile face aux inévitables haters, le film file étrangement sa métaphore dans son dernier acte. Dans un duel homérique entre l’Indominus Rex et le classique T-Rex, on comprend bien que Jurassic World prend les traits de son antagoniste, assumant qu’il n’a pas la puissance de l’original.

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Le problème, c’est que cette confession ne fait que rendre plus évidents ses défauts, notamment en ce qui concerne l’originalité de son script et son manque de cohérence. Cependant, le cynisme du métrage ne reste qu’en surface, et n’affecte pas directement l’histoire. Dès lors, Trevorrow s’amuse et va au bout de ses envies, quitte à frôler parfois la série B, voire la série Z. Il est vrai que Jurassic World n’échappe pas toujours à un certain ridicule, notamment quand il convoque une sous-intrigue stupide voulant utiliser les raptors comme soldats (!). Mais il a au moins le mérite de croire en ce qu’il entreprend, contrairement à de nombreux blockbusters. C’est même cette sorte de candeur, d’innocence, qui rend le film sympathique. Ne serait-ce pas tout simplement la marque Spielberg ? A vrai dire, la plus grande qualité du long-métrage provient de cette amour et surtout de cette compréhension des codes des productions Amblin des années 80-90. Si certains reprochent l’anthropomorphisme trop appuyé de certains dinosaures, c’est tout simplement que Trevorrow montre ce qu’ils ont toujours été aux yeux du réalisateur de Jurassic Park : la chaînon manquant entre des êtres qui n’arrivaient jusqu’à là pas à se rapprocher. L’homme redevient homme et retrouve le moyen de communiquer après avoir tant cherché à comprendre ces animaux perçus comme des dieux (même s’il faut reconnaître que l’intelligence de l’Indominus se rapporte beaucoup trop à une sorte de conscience humaine). Le merveilleux est créateur de liens sociaux, de couples puis de familles. Ce constat que Spielberg a constamment exalté donne sa raison d’être à Jurassic World qui le transmet au travers de l’exemple même de ce cinéaste qui a tant créé de souvenirs, d’émotions et de rencontres. Avant d’être un blockbuster, l’œuvre de Trevorrow est principalement un magnifique exemple de fan-film qu’on porterait sur grand écran. Cet équilibre que nécessite ce type de productions, il l’a (presque) trouvé, évitant la copie au profit de l’hommage. Et quand la dernière scène d’Owen et Claire rappelle la fin des Aventuriers de l’Arche perdue, c’est l’émotion qui nous vient, pas l’exaspération.

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