Critique Film

HACKER : Entre les lignes de code ★★★☆☆

Un Michael Mann mineur, mais tout de même indispensable.

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Pionnier du cinéma numérique, Michael Mann s’est pourtant toujours passionné pour des histoires aux allures d’antithèses sur des rapports physiques, des confrontations entre deux corps. Ainsi, même s’il n’atteint pas le niveau des meilleurs films de son auteur, Hacker comporte plus que jamais sa patte, au point de presque se traduire comme un manifeste. La criminalité de plus en plus dématérialisée qui jalonne sa filmographie, jusqu’au contraste passionnant de Public Enemies, film de gangsters des années 30 tourné avec des Sony F23, atteint ici son paroxysme, puisque Mann s’attaque directement au cyberterrorisme et aux difficultés qu’il implique. Désormais, plus besoin de la préparation minutieuse d’un casse comme dans Heat, il suffit d’implanter un virus pour détruire une centrale nucléaire ou renverser le cours du soja. Cette menace sans visage, invisible et déterritorialisée se joue à une échelle différente des précédents longs-métrages du cinéaste, où un simple clic peut créer une réaction en chaîne dévastatrice. Impuissants, les gouvernements combattent alors le mal par le mal, en engageant d’autres hackers, à l’image de Nick Hathaway (Chris Hemsworth) pour contrer leur ennemi.

Untitled Michael Mann Project

Si Michael Mann est considéré comme un réalisateur avant-gardiste, qui a contribué à la mue du Hollywood des années 2000, il ne tire pas la description de l’univers informatique que l’on pouvait attendre, à savoir celle d’une excroissance de notre monde, devenue avec le temps l’un de ses principaux organes. A vrai dire, il ne s’est jamais tant intéressé pour la technologie moderne, privilégiant la victoire des codes plus classiques du cinéma d’action ou d’espionnage. Dès lors, Hacker ne dépeint pas l’univers numérique comme en fusion avec l’univers physique, mais comme une dimension parallèle à la nôtre. D’un plan virtuose, il pénètre dans un ordinateur pour en explorer les circuits, version microscopique des plans aériens sur les métropoles dont il est devenu la référence incontestée. Ce miroir déformant d’un décor vivant accentue la froideur de nos sociétés actuelles. Les buildings rappellent les composants lisses d’un outil électronique, tandis que les milliers de touches d’éclairages urbains sont autant d’instants et de vies fugaces que les informations passant sur le réseau Internet.

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Pourtant, au sein de ces problématiques inhérentes au techno-thriller, qui supposent un rythme effréné, Mann préfère prendre son temps, quitte à parfois désarçonner son public par ses longueurs. Toujours très documenté, le cinéaste tient à décrire les talents d’Hathaway de façon réaliste, tout comme son intrigue parfois incompréhensible. Cependant, cette volonté de vérité paranoïaque (ce qui, au fond, l’obsède) contraste encore une fois avec un autre univers, celui d’un cinéma expérimental, esthétique et contemplatif. En rejoignant ces deux extrêmes, Hacker s’accorde parfaitement à son sujet, floutant les codes pour un rendu qui relève presque du langage binaire. Les 0 et les 1 se mêlent pour créer une forme abstraite, délaissant les frontières (pas de plans carte postale pour signaler les lieux visités par les personnages) et les héros complexes.

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La grande force du long-métrage est ainsi de pouvoir changer de forme en cours de route, de jouer de son abstraction pour atteindre son véritable but : revenir dans le monde du réel. Même l’effacement volontaire des protagonistes semble les rendre à l’état de fantôme (c’est d’ailleurs le surnom que prend Nick), d’esquisse qui ne demande qu’à être complétée. Hathaway le sera auprès d’une femme, Lien Chen (Tang Wei), mais surtout une fois face à ses ennemis. Tout Hacker repose sur cette connexion à distance entre deux êtres qui se cherchent, et dont le salut ne peut venir que d’une rencontre physique. Le film entier n’est construit que pour arriver à ses dix dernières minutes, sans doute l’un des moments les plus puissants de la carrière de Michael Mann. Se déroulant durant une cérémonie à Jakarta, Nick se cache dans une foule allant dans le sens contraire pour approcher son adversaire. Qu’importe les gens aux alentours, qu’importe les flux humains qui se mélangent aux flux informationnelles, l’unique enjeu est de réduire la distance qui les sépare. De cet affrontement, le personnage peut enfin en retrouver une forme, un corps, alors que tout autour de lui semble suspendu dans le temps, planant dans l’irréel. De cette façon, il prononce la phrase la plus représentative des ambitions d’Hacker : « On s’en fout du 0 et du 1, on s’en fout du code ! »

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HACKER : Entre les lignes de code ★★★☆☆
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