Critique Film

CHAPPiE : Un robot qui a du cœur ★★★☆☆

Imparfait mais passionnant, le nouveau Neill Blomkamp confirme ses grandes qualités… mais aussi ses limites.

chappie-3

Faux reportages, éléments SF industrialisés, métaphore d’une lutte des classes et dénonciation des conditions dans les pays du Sud : pas de doute, nous sommes dans un film de Neill Blomkamp. Sa nouvelle œuvre, Chappie, peut d’ailleurs procurer dans ses premières minutes une sorte d’inquiétude, à cause de cette resucée de la majorité des effets et de l’esthétique des précédents long-métrages du cinéaste. Si on pouvait pardonner les quelques maladresses et facilités d’Elysium par la verve manifeste d’un jeune réalisateur voulant se faire une place à Hollywood, cette nouvelle page de la carrière de Blomkamp s’avère plus difficilement excusable quand elle reproduit les mêmes erreurs que son aîné. Le créateur du brillant et audacieux District 9 aurait-il vendu son âme au diable ? Fort heureusement, la réponse est non.

chappie-5

Comme ses deux premiers films, Chappie se démarque de nombreux blockbusters SF par sa passion dévorante pour son sujet et son univers, magnifiés par une mise en scène et des effets spéciaux qui assurent l’immersion. Dans un Johannesburg futuriste, la police utilise des robots appelés les Scouts pour faire face à la forte criminalité. Deon (Dev Patel), créateur de ces droïdes, travaille sur la première intelligence artificielle. A partir du corps d’un Scout endommagé, il parvient à créer Chappie. Malheureusement, cet enfant-robot, capable de penser, d’apprendre et donc d’évoluer, tombe entre les mains d’un couple de malfrats, Yo-Landi et Ninja (d’une façon assez peu crédible, d’ailleurs…). S’ils s’avèrent forcés, en plus d’être parfois exaspérants, ces parents de substitution sont malgré tout une idée ingénieuse, d’autant plus que Blomkamp a donné ces deux rôles au groupe sud-africain Die Antwoord, qui exporte son univers musical particulièrement trash. La conscience innocente de Chappie se retrouve ainsi à découvrir l’horreur d’un monde auquel il n’est clairement pas préparé.

chappie-1

De ce fait, la véritable force du long-métrage provient de ces contrastes incessants, de ces ruptures de ton passant du rire aux larmes avec une facilité déconcertante. Après tout, la filmographie de Blomkamp s’est toujours passionnée pour les oppositions, les frontières entre des territoires ou des êtres de nature différente, pour mieux les mêler par la suite. Les corps se retrouvent mutilés, transformés, munis de tentacules aliens ou d’un exosquelette, pour annoncer une évolution de l’humain où la chair et les os deviennent pratiquement secondaires. Venant de l’homme censé ressusciter la mythologie d’Alien, on ne peut que se réjouir de voir (enfin) un cinéaste s’amuser avec les réflexions biomécaniques de H.R. Giger. Cet héritage culturel, sur lequel adviennent également des mutations, dues à d’autres inspirations intelligemment exploitées (notamment Cronenberg ou encore le jeu vidéo) font de Chappie un spectacle d’une rare richesse, un conte profond n’hésitant pas à rapidement s’altérer en actionner nerveux et brutal. C’est cette marque de fabrique qui offre à Blomkamp les honneurs du grand public et (surtout) des cinéphiles ; celle de relier des questionnements philosophiques, voire métaphysiques, dans un écrin de pop-culture qui démontre sa légitimité auprès des plus snobs.

chappie-2

Au vu de ce troisième bébé, ce cher Neill ne peut être considéré désormais que comme un auteur, un réalisateur transgenre dont les références lui servent de tremplin pour exprimer sa propre personnalité. Reste que Chappie souffre, comme Elysium, de la présence trop visible de la production derrière le projet. Beaucoup trop court pour l’ambition de son réalisateur, le film manque parfois de temps pour exprimer ses idées. Certains enjeux négligent leur puissance, d’autres sont seulement esquissés, le tout peu aidé par des personnages sous-exploités et frôlant la caricature (celui de Hugh Jackman en tête). Car, incontestablement, les plus beaux moments du long-métrage s’avèrent également les plus contemplatifs, ceux où ce touchant robot s’émerveille et se désillusionne face à notre monde.

Chappie-4

Ainsi, malgré ses maladresses et ses défauts évidents, Chappie fonctionne par le seul charme de son personnage éponyme, concentration de tout le talent de Blomkamp et de son équipe. Au-delà de son brillant design, humanoïde et enfantin, son écriture, réussie, met en exergue des doutes et des interrogations sur la conscience, la nature humaine, le déterminisme social ou encore le danger des intelligences artificielles, sans jamais tomber dans un manichéisme de bas-étage. Le réalisateur connaît son sujet, et apporte même quelques pierres à l’édifice au travers de quelques choix de scénario novateurs, d’autant plus passionnants qu’ils semblent découler naturellement des précédents événements. Impossible alors de ne pas voir en la sincérité de cet émouvant droïde, finalement plus humain que les humains, celle de Neill Blomkamp, figure d’espoir d’un cinéma de divertissement dont il est l’un des rares à avoir conscience de la mutation. Comme Chappie le désire, il est juste question de changer de corps, pour pouvoir s’adapter. Espérons juste qu’il prenne la forme d’un magnifique xénomorphe…

N'hésite pas à me laisser un commentaire !


Comments

Ta dose de ciné quotidienne !

Les nouveaux YouTubeurs à regarder !

L’INFAUX CINÉ, LA VRAIE !

Copyright © 2015 The Mag Theme. Theme by MVP Themes, powered by Wordpress.

To Top