Critique Série

CRITIQUE SÉRIE : Breaking Bad ★★★★★

Série créée par Vince Gilligan, diffusée à partir du 20 janvier 2008 sur la chaîne américaine AMC.

BreakingBad

            Walter en slip dans le désert, un flingue à la main. C’est la première image de BREAKING BAD, certainement l’unes des meilleurs séries américaines actuelles, si ce n’est LA meilleure. Cette séquence incarne la série : une histoire grave, pas drôle du tout, traitée avec fantaisie, mêlant les situations les plus burlesques aux affrontements les plus terribles. Walt, c’est Bryan Cranston, qui met toutes ses forces physiques dans ce personnage, prof de chimie, père de famille à Albuquerque,  Nouveau Mexique. Quand il apprend qu’il a un cancer, il décide d’agir. Une idée surgit alors : ne plus enseigner pour un salaire de misère à des ados débiles qui ne veulent pas apprendre, trouver l’argent pour payer son traitement là où il est, dans le trafic de drogue. Walter est chimiste, promis à un brillant avenir, qu’il a laissé échappé. Il met donc ses talents à l’œuvre pour produire de la méthamphétamine, en s’associant avec Jesse (Aaron Paul), un ancien élève. Perdu pour perdu, il décide de soulager et de mettre à l’abri les siens en gagnant très vite beaucoup d’argent.

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        Dans un premier temps, la drogue n’est donc qu’un moyen de payer les factures médicales qui s’accumulent. C’est aussi le temps des erreurs et des plans qui foirent. Jesse et Walt naviguent à vue et vont de maladresses en maladresses. L’organisation du trafic de drogue demande des ajustements, et on assiste à des scènes burlesques, où tout tombe à l’eau, du vol de produits chimiques à la baignoire trouée par l’acide, qui détruit alors le plancher du premier étage d’une maison. Les deux hommes se retrouvent également confrontés, toujours dans des circonstances décalées, aux gangs, aux meurtres et aux agressions, bref à un monde qui leur était totalement étranger avant de se lancer dans l’aventure. Jesse est désordonné, paumé, n’obéit à aucune règle, alors que Walter, rigoureux et brillant, est soucieux de rentabiliser l’affaire..et de le faire bien ! Au fil des saisons, la balance s’inverse doucement. Jesse a des scrupules sur leur activité, mûrit, prend conscience des retombées du trafic : beaucoup de morts, de conflits violents, de personnes accros à leur drogue, qui devient la plus pure et la plus recherchée du marché. Walter, lui, se prend au jeu, met toute son intelligence, dans un premier temps, à régler les problèmes qu’ils rencontrent. Mais siphonner un wagon de produit chimique ou produire dans un camping car vétuste ne sont que de mauvais souvenirs quand Walter décide de prendre les choses en main, de devenir, un chapeau sur la tête, Mr. Heisenberg. Crâne rasé, grosses lunettes et petit bouc font ressortir les traits du visage de Bryan Cranston. Les cadrages se font plus serrés et renforcent son air inquiétant et sa noirceur. La production de drogue donne un sens et un but à son existence, envoie de l’adrénaline et lui permet de se révéler organisateur, négociant et chef implacable.

Dans une salle de classe, un robinet goutte, une pendule avance au ralenti. Le montage est précis, rapide, violent, la mise au point percutante. La vie normale de Walt va basculer. Il s’apprête à foncer droit vers la ligne rouge à ne pas dépasser. Il la franchira  définitivement à la fin de la saison 3. Fini la Pontiac Aztek ridicule (modèle de voiture fabriquée en petite quantité, et on comprend pourquoi !) et le slip kangourou, place au pouvoir et au boxer Dolce Gabbana ! Les réalisateurs utilisent tout un arsenal de techniques cinématographiques, qui visent systématiquement à renforcer les ambiances, la tension dramatique, ou l’humour de BREAKING BAD. On voit par exemple de multiples jeux de lumière. En utilisant les reflets de la piscine de la maison de Walt, on enveloppe les personnages d’un bleu électrique, pour montrer l’hésitation, le flou dans lequel ils se trouvent. Le vacillement de l’eau donne des teintes de bleus qui varient sur les visages. C’est beau, presque irréel, tout comme cette histoire qui s’emballe. Le bouge de Jesse est baigné du vert des néons extérieurs. C’est glauque, Jesse se drogue, tout colle. Et bien sûr, il y a le désert, qui produit une lumière sèche et chaude, à tel point qu’on a l’impression qu’il produit lui-même la pellicule utilisée. Dans les trois premières saisons de BREAKING BAD, de nombreuses scènes se situent dans le désert, Walt et Jesse ayant besoin d’un endroit isolé pour produire la drogue. Le camping car / laboratoire chauffe, les organismes sont éprouvés par le soleil, et la lumière brûle l’image. Pourtant, elle devient fade quand elle pénètre dans la maison de Walt, qui se trouve pourtant dans cet environnement désertique. L’intérieur de l’habitation est souvent filmé dans la pénombre, renforçant ainsi la banalité de la vie de Walt et sa monotonie. La lumière se fait dès qu’il en sort, dès qu’il fait quelque chose de sa vie. La caméra suit son évolution : sur une petite Bossa Nova légère, elle s’embarque, attachée par un harnais aux comédiens, dans le laboratoire pour suivre la fabrication de la « méth », nous incluant alors dans la production. Elle se fixe ensuite sur un aspirateur automatique dans la maison de Jesse, donnant ainsi un point de vue créatif et drôle sur les restes d’une fête. La caméra bouge au gré des objets rencontrés, rend compte du chaos qui règne dans la pièce. Plus tard, nous sommes dans un baril vide, attendant qu’on nous verse quelque chose sur la tête. Le spectateur fait donc des expériences visuelles, comme s’il était lui-même sous l’emprise de la drogue. Ca bouge, c’est parfois flou, l’image devient nette pour laisser apercevoir un détail ou un visage, plus percutants que n’importe quel dialogue. On aime ça, car c’est rare de voir dans une série autant de trouvailles visuelles, de variations dans la manière de filmer. La portée de BREAKING BAD en est renforcée. L’histoire est dingue, la prise de vue osée, on se retrouve attaché au destin de Walt et de Jesse, et on les suit avec bonheur, sans que l’enthousiasme ne retombe, pendant six saisons. A partir de la saison 3, chose unique, on est bombardé, au début de chaque épisode, de petits plans qui annoncent…la fin de la saison, voire de celle d’après ! Jamais suffisants pour qu’on puisse savoir à l’avance les dénouements de l’intrigues, ces « indices » nous perturbent, nous obligent à deviner. Erreur ! On est à chaque épisode entraîné sur une piste qu’on n’aurait jamais imaginé. Ces images distillées constituent une des très grandes originalités de la série.

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Il faut enfin saluer la richesse des seconds rôles, sans qui BREAKING BAD perdrait une partie de sa saveur. Les femmes tout d’abord, Skyler (Anna Gunn) l’épouse de Walt, et Mary ( Betsy Brandt ), sa belle-sœur, sont essentielles. Elles prennent de plus en plus d’ampleur au fil des épisodes, se rebellent, s’affirment et influent sur leurs maris respectifs. Ensuite, de Saul ( Bob Odenkirk ), l’avocat véreux, à Mike (Jonathan Banks ), garde du corps et tueur de sang froid de Gustavo Fring (Giancarlo Esposito) , lui-même psychopathe à la cravate impeccable , en passant par Hank (Dean Norris), le beau-frère de Walt ou Hector le chef de gang en fauteuil roulant qui ne s’exprime qu’en faisant « ding ding » sur une vieille sonnette, les personnages satellites masculins participent à renforcer les intrigues, donnent encore plus d’épaisseur à la série et apportent beaucoup d’humour.

BREAKING BAD représente ce qui se fait de plus créatif dans les séries américaines actuelles. Elle est à consommer sans aucune modération, avec ou sans masque à gaz. L’intégrale de la série est disponible en DVD et Blu-Ray aux éditions Sony Pictures Entertainment.  Merci à Arte qui diffuse depuis 2010 la série en France, même si l’ on regrette amèrement que cette œuvre majeure soit reléguée en deuxième partie de soirée, alors qu’elle mériterait les honneurs du primetime. Le propos et certaines scènes sont dérangeants ou choquants…et alors ? On aime encore plus quand ça secoue, sinon à quoi bon !

La Cinéphile Eclectique  http://carnetscritiques.over-blog.com/

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