Critique Film

CREED : Le temps file entre les gants ★★★★☆

Un spin-off émouvant, more about qui rend le plus bel hommage possible à l’univers de Rocky.

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L’amour incroyable que le public porte à Sylvester Stallone n’est pas uniquement dû à cette vision fantasmée (mais plus lucide qu’il n’y paraît) du rêve américain qu’il est censé représenter. Certes, tadalafil il est une belle incarnation du self-made man, viagra dosage dont la volonté sans failles lui a permis de mener à bouts de bras des projets et des personnages que les studios n’étaient pas prêts à projeter sur les écrans. Mais il a surtout su créer un rapport presque intime avec ses spectateurs en donnant de lui-même à chacun de ses alter-egos. Comme de nombreuses stars du cinéma d’action des années 80 après lui (Schwarzenegger en tête), Stallone est devenu un personnage à lui tout seul, floutant la frontière qui le sépare du monde de la fiction. La saga Rocky en est le meilleur exemple, car elle a montré son héros évoluer en même temps que son auteur et son interprète. Les doutes du boxeur face à son succès, ses moments de bonheur, voire d’égarement (le quatrième volet transformant Rocky en symbole anti-communiste primaire) étaient partagés par sa star, rendant le quatrième mur constamment fébrile, sans pour autant le briser. En bref, la carrière de Stallone ressemble à des tranches de sa vie immortalisées par le cinéma, avec ses hauts et ses bas, telle une sorte de Truman Show conscient et plus testostéroné, qu’il accepte de partager avec nous. Avec une beauté particulièrement touchante, il nous avoue ainsi que le temps lui file entre les doigts. On peut donc se réjouir de cette veine nostalgique et quelque peu candide qu’il tente de raviver avec Expendables et consorts, mais l’auteur n’est jamais aussi passionnant que quand il assume avec sérénité la fin d’une période, illustrée par ses deux bijoux testamentaires que sont Rocky Balboa et John Rambo.

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De cette façon, les intentions de Creed pouvaient être craintes, tant elles risquaient d’engendrer un doublon inutile avec le dernier volet sur l’Étalon italien, et d’épuiser une franchise comme Hollywood sait si bien le faire. Pourtant, il suffit de quelques minutes et d’une caractérisation efficace des personnages pour comprendre toute la sincérité du projet, manié de main de maître par un jeune fan issu de la scène indé : Ryan Coogler. Car la merveilleuse idée du long-métrage est d’exprimer son héritage en prenant la forme d’un spin-off focalisé sur Adonis, le fils caché d’Apollo Creed, le célèbre rival puis ami de Rocky. Le sujet prend ses distances pour mieux embrasser l’œuvre originelle, afin de marquer son passage de flambeau. Notre cher Sly est donc relayé au second plan, mais il continue de posséder cette aura mythologique (parfaitement mise en avant par le cinéaste, petit chapeau et tortues comprises) qu’il manque encore à notre nouveau héros. En devenant le mentor de ce jeune boxeur, nous assistons à cette transmission de courage qui offre l’opportunité à Balboa de disparaître au fur et à mesure au profit de son apprenti, dont nous apprenons les sentiments et la complexité.

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Creed se définit alors comme une œuvre profondément respectueuse, mais qui n’hésite pas à prendre quelques risques avec son Graal. A l’instar du récent Star Wars VII, il reprend la structure narrative du film de 1976 pour mieux marquer ses différences, et ainsi moderniser le mythe Rocky. Néanmoins, son réalisateur garde la tête froide, et évite de succomber aux désirs mégalos d’un fan auquel on donne la clé du coffre au trésor. Sa caméra retrouve la simplicité un peu âpre du premier opus. Les rues de Philadelphie vivent à nouveau, mises en lumière avec une sensibilité qui montre la pauvreté de certains quartiers sans pour autant toucher au misérabilisme. D’ailleurs, la meilleure idée de Creed provient de sa volonté d’aller au-delà de la dimension sociale de Rocky. Adonis, enfant d’une maîtresse de son père, décédée peu de temps après sa naissance, finit par être adopté par la femme d’Apollo, désormais responsable de l’empire financier de son mari lui aussi défunt. Il a même un travail au début du film, mais démissionne pour se donner pleinement à sa passion. Coogler a parfaitement compris que l’espoir véhiculé par la saga n’était pas que tourné vers une condition sociale. Il s’agit plus généralement d’une quête d’identité que la société, et les événements de la vie, tentent de mettre à mal. Adonis ne souhaite pas exister au travers d’une crise œdipienne, mais veut avoir son propre nom, sortir du sillage de son père malgré le poids de son héritage. L’exemple de la boxe comme exutoire et revanche sur les douleurs et les défis de l’existence ont alors rarement paru si appropriés, tant le cinéaste leur donne une puissance qu’il nous fait partager, notamment lors d’un combat filmé en un seul plan-séquence, tour de force immersif durant lequel le temps se dilate, et où chaque coup semble nous atteindre directement à la figure.

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Cependant, à l’instar du premier Rocky, le véritable pouvoir de Creed réside dans sa dimension mélodramatique, qui met en avant la création progressive d’une filiation, aussi bien intradiégétique qu’extradiégétique. Adonis s’amuse à appeler son entraîneur « Oncle », mais il n’est à priori pas plus légitime qu’un autre pour rejoindre la famille de Balboa. Néanmoins, en y parvenant, et en pénétrant dans l’intimité d’un Rocky plus mature et conscient d’un temps qui lui a enlevé les êtres qu’il aimait, il permet au spectateur de prétendre lui-même à ce titre de neveu. La relation merveilleuse que développe Ryan Coogler effleure une nouvelle fois le quatrième mur, et reflète moins la nostalgie de l’entreprise qu’une volonté d’universaliser un mythe représenté jusque là par un seul et unique corps. La mise en scène de Creed est celle d’un flux d’énergie que les deux personnages se renvoient pour s’encourager mutuellement, avant qu’il ne se dirige vers le public. Épaulée par des dialogues justes et émouvants, la complémentarité entre la verve de Michael B. Jordan et l’aura de Sylvester Stallone n’en est que plus prégnante, quitte à ce que certains personnages secondaires aient plus de mal à exister. Mais Coogler ne peut pas s’empêcher d’avoir une préférence pour le modèle original, dont il magnifie à chaque instant le visage buriné par le temps, immortalisant une nouvelle tranche de vie dans la carrière de l’acteur. C’est avec émotion que le cinéaste nous dépeint toute la beauté de l’éphémère, le fait que ces endroits, ces personnages, cet univers que nous admirons ont vécu, qu’ils ont changé, qu’ils tendent vers une fin. La consécration de Stallone aux Golden Globes pour le rôle n’est finalement qu’un énième floutage entre la réalité et la fiction (il a d’ailleurs remercié son « ami imaginaire » Rocky Balboa), une consécration qui boucle la boucle, afin de la rendre encore plus intemporelle. Est-ce Stallone qui se retrouve récompensé, ou Rocky et l’héritage qu’il a engendré ? Difficile à dire. En tout cas, Creed nous prouve que la proximité entre l’homme et le spectateur est toujours intacte.

Réalisé par Ryan Coogler, avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson

Sortie le 13 janvier 2016.

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