Critique Film

CINQUANTE NUANCES DE GREY : La méchante fessée ★☆☆☆☆

Une romance insipide, puritaine, et malhonnête.

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C’est l’histoire de Blanche-Neige qui attend son Prince charmant pour qu’il la tringle violemment… Oh pardon, je me suis trompé d’histoire ! En fait, il s’agit de la romance entre Bella et un vampire qui ne veut pas coucher avec elle… Non ? Désolé, je confonds les intrigues ! Ah oui, c’est bon, j’ai retrouvé : Anastasia, étudiante vierge et prude qui ne connaît rien à la vie, rencontre le milliardaire Christian Grey pour une interview, et ils tombent quasi-instantanément sous le charme l’un de l’autre, jusqu’à ce que la jeune demoiselle ne découvre les plaisirs SM de son amant. Mais ai-je vraiment besoin de vous faire le pitch du tant attendu Cinquante nuances de Grey, d’après les innombrables visionnages de sa bande-annonce et son succès déjà retentissant à travers le monde ? Après tout, les petits curieux se sont déjà précipités en salle pour voir ce summum de subversion (attention, ironie !), révélant la futilité de mes mots, qui essaieront juste de décourager les quelques personnes encore hésitantes à l’idée de découvrir ce (très) long-métrage. Et de toute manière, il faut reconnaître que tirer sur l’ambulance fait parfois du bien.

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Le film est en réalité d’autant plus décevant qu’il aurait pu au moins assurer le retour d’un certain érotisme dans un cinéma contemporain de plus en plus lisse. Au contraire, Sam Taylor-Johnson le délaisse au profit d’une romance trop propre et surtout interminable, qui nous rappelle à quelle point le produit d’origine était inspiré de la structure narrative de Twilight. Vidé de la moelle du livre qui a su émoustiller les quadragénaires (à savoir les scènes de sexe), l’ensemble ne fait alors qu’étaler sur deux heures de pellicule la bluette entre Anastasia et Christian, plombée par des dialogues à la guimauve et une imagerie pour le moins ridicule (le milliardaire traumatisé qui joue du piano la nuit, l’héroïne qui tient entre ses dents un crayon avec le nom de son bien-aimé… pitié !). Pire encore, le romantisme recherché par la réalisatrice échoue par le manque de cohésion entre Dakota Johnson et Jamie Dornan, que l’on pardonnera sans peine au vu de la faible écriture de leur personnage respectif. Il est même presque gênant de voir le film s’empêtrer dans ses propres limites, tentant désespérément de se rendre sexy par des codes éculés qui ne le rendent que plus artificiel (merci les clip shows), même quand la mise en scène s’avère plus travaillée.

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Cinquante nuances de Grey dévoile ainsi bien trop vite sa volonté de ratisser un large public (surtout les pré-ados), quitte à sacrifier l’image de ce qui constitue son sens. Christian ne cherche pas juste à initier Anastasia aux pratiques SM, il la contraint et la contrôle. Le plaisir doit véritablement être partagé, et le rapport dominant/dominé mutuellement consenti, dans une relation où ces fantasmes ne sont qu’une pause dans la monotonie du quotidien. C’est dans ces moments à part que l’on peut s’abandonner, oublier la société, ses hiérarchies, et lâcher prise tel que nous l’a suggéré l’affiche. Ici, le personnage se donne un rôle de dominateur dans tous les aspects de sa vie, et donc de celle de son amante. Le désir est insatisfait car calculé et freiné, illustré par la seule scène intéressante du métrage, où le couple discute un contrat comme s’il s’agissait d’un dîner d’affaires. Cette incompréhension du sujet en vient même à le dénaturer, la réalisatrice décrivant le SM comme une déviance, une anormalité justifiée par une psychanalyse à deux francs (Christian a eu une enfance difficile, et a connu une femme dont il était le soumis). La pseudo-subversion de l’ensemble révèle au final un puritanisme de la pire espèce, au point que les scènes de sexe, déjà réduites au minimum, ne parviennent pas à être excitantes (c’est quand même un peu le but !). Tout est précipité par le montage et les choix de cadre, majoritairement des gros plans qui évitent les parties intimes, contradiction ultime d’un œil cinématographique voyeur mais fuyant.

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Mais cette adaptation va bien au-delà du simple navet. Il reflète tout le dégoût que peut procurer le Hollywood actuel. Malgré des productions de plus en plus mercantiles, capables de faire du marketing par tous les moyens possibles et imaginables, une bonne part des blockbusters de la machine à rêves continuent de conserver une véritable patte d’artiste, bien que cet avis ne soit pas partagé par tous. Cependant, même les cinéphiles les plus optimistes (dont je fais partie) ne peuvent que flancher devant la malhonnêteté de Cinquante nuances de Grey. Emballé pour la Saint-Valentin et entouré d’un buzz monstrueux, le projet se manifeste non pas comme un objet artistique, mais comme un outil purement social, un rendez-vous immanquable accueillant des moutons de Panurge n’espérant que tweeter sur le film à la sortie du cinéma (je reconnais d’ailleurs m’être fait avoir). Au final, le passage le plus tragique du long-métrage s’avère être son générique, où l’on voit se vider une salle comble ayant été manipulée par une industrie dont le cynisme a atteint des cimes révoltantes, capable d’adapter l’idée la plus absurde pour rapporter de l’argent. Dans ces rouages parfaitement entretenus d’une société étouffante, le plus entravé n’est autre que le spectateur.

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