Avant-premières

Cinéma & Psychologie, entretien

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Entretien avec Loïk Jousni,
psychologue au CHU de Brest.

Lundi 24 février, le cinéma l’Image (Plougastel Daoulas) projetait Paranoid Park, l’oeuvre de Gus Van Sant. Le film, récompensé au Festival de Cannes en 2007, raconte l’histoire d’un skateur de 16 ans qui tue accidentellement un agent de sécurité. La séance était suivie d’un débat sur l’adolescence, discussion animée par Loïk Jousni, psychologue au CHU de Brest et à la Maison des adolescents du Finistère Nord.

LE CINÉMA « SUBLIME LES QUESTIONS PSYCHOLOGIQUES »

Loik Jousni, bonjour. C’est vous qui avez organisé cette séance-débat autour de Paranoid Park, pourriez-vous nous dire quelques mots à propos de ce projet ?

« Tout ça part de mon travail, qui consiste à m’occuper d’adolescents et de réfléchir sur l’adolescence en général. L’idée, c’était de partager avec des spectateurs, sur la base d’une médiation artistique, le regard d’un cinéaste qui traite de la question de l’adolescence à sa façon. Je voulais ensuite partir de cette médiation là pour réfléchir aux enjeux psychologiques de l’adolescence, les enjeux individuels et relationnels ; l’adolescence étant avant tout un processus individuel et relationnel. »

Et pourquoi Paranoid Park ?

« Frédéric Poncin (programmateur du cinéma l’Image) m’avait proposé quelques films, dont Paranoid Park, que je ne connaissais pas. J’avais déjà vu Elephant donc je savais que Gus Van Sant était un réalisateur qui vaut le détour. J’apprécie particulièrement le fait qu’il laisse de nombreuses portes interprétatives, ouvrant ainsi de nombreuses perspectives et permettant une interprétation consensuelle mais qui peut aussi devenir personnelle. De plus, le format était idéal (1h25 seulement…). Il nous fallait un film relativement court pour avoir la possibilité ensuite de débattre avec les spectateurs. »

Que pensez-vous de Gus Van Sant de manière générale ? C’est un cinéaste à part, qu’en pensez vous, en tant que spectateur donc mais également en tant que psychologue ?

 « Je ne connais pas beaucoup d’oeuvres de Gus Van Sant mis à part Elephant et Harvey Milk. Ce qui ici m’intéresse particulièrement, c’est la construction cyclique du cinéaste autour de l’adolescence (cycle qui comprend également Gerry, Elephant et Last Days). Il s’est réellement impliqué, ce n’est pas qu’un intérêt de façade. Il a d’ailleurs reçu la Palme d’Or pour l’un de ces quatre films (Elephant). Ces ouvrages, extrêmement différents, semblent cependant tous traiter des rapports de l’adolescent à la mort. Gus Van Sant est un cinéaste extrêmement créatif, qui s’investit dans des registres très variés, qui font son intérêt. »

De manière générale, selon vous, qu’est-ce que le cinéma peut apporter à la psychologie ?

« Selon moi, la psychologie a un intérêt « clinique » ; on écoute la vie affective des gens, on la met en lien avec des théories qui permettent de comprendre ce qui se passe. Ces repères, universels d’une certaine façon, nous aident à traiter ces cas personnels. Mais je pense que la psychologie n’est pas une tautologie, qu’elle n’est pas fermée sur elle-même. Il y a certes l’aspect clinique, mais il y a aussi tout ce qui échappe à la science : l’art. L’art peut traiter des choses en dehors des sentiers et des dogmes théoriques. Je trouve ça intéressant, l’art sublime les questions psychologiques et va bien au delà de ce que toute théorie pourrait essayer de circonscrire, de comprendre. »

De nombreux films traitant de la psychologie sont sortis ces dernières années ; Jimmy P., d’Arnaud Desplechin, Augustine, d’Alice Winocour, ou encore Shutter Island, de Martin Scorsese. Ces films dévoilent différents aspect de la psychologie. Les avez-vous vus et qu’est-ce que vous en pensez ?

« Ces longs-métrages expriment des points de vue différents. Jimmy P. et Augustine parlent d’étapes historiques importantes dans l’histoire de la psychologie. Jimmy P. raconte la naissance de l’ethnopsychiatrie, en s’appuyant sur la psychothérapie d’un indien transculturé, c’est-à-dire déplacé d’une culture à une autre. Augustine se concentre sur les débuts de la psychanalyse à travers le personnage du Professeur Charcot, un homme qui s’est intéressé à la question de l’hystérie. Shutter Island explore lui davantage les phénomènes psychologiques : ce que je vis est-ce imaginaire ou est-ce également vécu par d’autre ? Shutter Island  traite aussi de la dimension concentrationnaire des asiles psychiatriques. Martin Scorsese s’intéresse aussi à l’utilisation politique de la psychologie : se servir des maladies mentales afin d’enfermer les gens qui dévient un peu de la norme. Cependant, Martin Scorsese parle plus de psychiatrie que de psychologie.

Quoi qu’il en soit, le cinéma a forcément à voir avec la psychologie puisqu’il s’interroge sur les même questions. Le septième art peut être considéré comme la mise en image de questions fondamentales à la psychologie, telles que : « qu’est-ce qu’un être humain, comment fonctionne-il émotionnellement, dans ses relations avec les autres…? »

Pour conclure, quel est le dernier film que vous êtes allé voir au cinéma ?

« Le dernier film que j’ai vu qui m’ait marqué c’est Heimat, d’Edgar Reitz. »

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