Critique Film

CHOCOLAT : Plus sucré qu’amer… ★★★☆☆

Le récit inégal du premier artiste noir en France, interprété par un Omar Sy au sommet de son talent.

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S’il est aujourd’hui oublié, Rafael Padilla fut un clown très célèbre du début du XXème siècle, et même le premier artiste noir en France. Grâce à une rencontre chanceuse dans un cirque miteux, il fonda avec le clown blanc Footit un duo iconique, fondateur pour les arts du spectacle. Mais bien évidemment, la mise en lumière de ce talent fut aussi le témoin du racisme de l’époque. On comprend alors le besoin pour Roschdy Zem (déjà confronté à cette problématique avec Omar m’a tuer) de réhabiliter l’homme face aux affres de l’Histoire, et de montrer la difficulté de faire évoluer celle-ci ne serait-ce que d’un iota. En effet, Chocolat (le nom de scène de Padilla) est avant tout le récit d’un combat quasiment perdu d’avance, qui nous prouve avec un certain désespoir que le monde n’a pas tant changé que cela. A grands renforts de décors, de costumes et d’accessoires nous ramenant aux années folles, le cinéaste martèle le contexte historique de son long-métrage pour mieux marquer ses connivences avec notre présent. Le dépaysement, s’il est parfois efficace, n’est finalement que partiel, brisant presque la magie de la fiction pour nous rappeler son rapport violent à la réalité.

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Pourtant, Chocolat est aussi un film sur l’immersion, sur l’amour du public et la volonté de le divertir. Avec humilité, Zem tend constamment à rendre sa noblesse au cirque et au théâtre, et les décrit même comme fondements de l’art cinématographique, qui ont inspiré entre autres Méliès ou les frères Lumière. Ces derniers ont d’ailleurs immortalisé Footit et Chocolat avec leur Cinématographe, montré dans le long-métrage comme une invention encore imparfaite, presque tournée en ridicule, au point pour ses inventeurs (incarnés par Bruno et Denis Podalydès) de devenir le temps d’une scène une autre sorte de clowns. Toute la richesse des numéros du duo est alors accentuée, dévoilant la complémentarité de deux corps qui s’attirent et se repoussent à longueur de temps, telle une mise en abyme de leur amitié complexe. Grâce à ces moments de gloire partagés, James Thiérrée (interprète de Footit, mais aussi chorégraphe des interventions du duo) crée une alchimie parfaite avec l’enthousiasme débordant d’Omar Sy, qui trouve avec Chocolat l’un des rôles de sa carrière. Drôle et émouvant quand il le faut, il engendre une empathie immédiate pour son personnage. Roschdy Zem cherche alors à nous faire partager ses émotions, qui deviennent, à partir du moment où il monte vers Paris, celles d’un spectateur devant un grand spectacle. La lumière devient plus chaude, les couleurs plus vives, conférant à l’ensemble un aspect parfois irréel, magique, voire expressionniste (notamment dans un décor de bidonville).

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Néanmoins, le réalisateur est moins dupe que son protagoniste, et distille des indices au fur et à mesure pour affirmer que le happy-end est impossible. Persuadé de la réussite de son intégration, Padilla va de coups durs en coups durs, révélateurs d’une société qui le rejette continuellement, ou l’accepte dans le seul but de l’exploiter, de le manipuler. D’un autre côté, Zem a la bonne idée de ne jamais décrire l’homme comme un martyr, et n’hésite pas à souligner ses zones d’ombre (l’alcool, le jeu…), ces moments où il semble lâcher prise, acceptant sa condition plutôt que de la combattre. Il est alors regrettable que le film se sente obliger de comporter des scènes qui amoindrissent l’ambiguïté des autres personnages (à commencer par Footit), les résumant trop souvent à des opportunités altruistes que Chocolat sait saisir. Cette sensation d’édulcoration se ressent aussi dans la mise en scène, bien trop fonctionnelle et pas vraiment à l’image de la vivacité du duo comique. Cependant, on peut comprendre ce parti-pris de neutralité voulu par Roschdy Zem, bien qu’il entache la capacité du métrage à devenir inoubliable. Le cinéaste est avant tout focalisé sur son récit, sur la petite histoire plutôt que la grande. Loin d’une leçon de morale, il préfère immortaliser, comme les frères Lumière en leur temps, le talent et le courage d’un être qui a juste voulu suivre ses rêves. Chocolat aurait pu prendre la forme d’un poing rageur, mais il choisit celle de la main tendue, comme l’aurait sans doute désiré l’artiste. Le message du film n’est pas toujours très adroit, mais comme son héros, il est mû par une réelle sincérité.

Réalisé par Roschdy Zem, avec Omar Sy, James Thiérrée, Clothilde Hesme

Sortie le 3 février 2016.

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CHOCOLAT : Plus sucré qu’amer… ★★★☆☆
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