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CANNES 2018 : Retour critique : EVERYBODY KNOWS

Asghar Farhadi s’entoure de Penélope Cruz et Javier Bardem pour un thriller décevant.

Après avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger en 2017 face à un gouvernement le privant de se rendre sur le sol américain, voir Asghar Farhadi ouvrir le Festival de Cannes se révèle être un symbole fort et logique. Malheureusement, le cinéaste semble désormais réduit à un étendard de la bien-pensance festivalière de par sa seule nationalité. Cela est d’autant plus dommage qu’à chaque fois qu’il réalise un long-métrage à l’étranger, il affirme vouloir dissiper son identité iranienne pour purement s’adapter à la culture du pays de production. Après Le Passé et son mélodrame social typiquement français, Farhadi se tourne donc vers l’Espagne, avec Everybody Knows. Un mariage et les retrouvailles familiales qu’il provoque sont l’occasion pour le spectateur, tout comme le cinéaste, de s’imprégner d’un univers au travers de Laura (Penélope Cruz) et de ses enfants, vivant habituellement à Buenos Aires. Le décor devient alors un catalyseur de souvenirs, mais aussi le réceptacle d’interactions humaines que Farhadi a toujours su capter avec justesse. Marchant volontiers dans les pas d’Almodóvar, il déploie un jeu de non-dits, où le spectateur doit déceler des réalités sur les personnages et leurs sentiments, avant de découvrir que l’ensemble repose sur une ironie dramatique mise en abyme. De mensonge en mensonge et de secret en secret, Everybody Knows fait avancer son récit sur de fausses révélations, sur une forme d’anti-climax constant, dépendant de ce que chaque membre de la famille (que le public semble rejoindre) sait sur les autres. Les regards et les points de vue se mêlent, tandis que la caméra devient elle-même un œil construisant son propre jugement.

Cette représentation de la manipulation pourrait s’avérer passionnante si Asghar Farhadi avait conservé cet équilibre ingénieux qu’il a souvent eu entre naturalisme et utilisation de codes classiques de narration. Mais en voulant entrer dans le moule d’un cinéma hispanique où l’extraordinaire vient frapper le quotidien, Everybody Knows mute vers le thriller sans que le réalisateur y prête le moindre intérêt. Son jeu de dupes, au lieu d’évoluer, se complaît dans un Cluedo mal amené, voire même parasité par une mise en scène tellement soucieuse de ne rien laisser au hasard, que chaque indice, très visible, annihile toute tentative de suspense. Dès lors, le film sombre involontairement dans la farce grotesque, frôlant parfois avec le soap opera malgré l’implication évidente de ses acteurs (notamment Javier Bardem). Tout devient prévisible, perdant tout naturel, mais accompagne paradoxalement le propos du cinéaste sur le tracer artificiel d’un destin par le simple regard d’une famille. Le spectateur devient plus ou moins consciemment un scénariste, comme si lui aussi, savait déjà tout.

Réalisé par Asghar Farhadi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem

Sortie le 8 mai 2018.

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