Critique Film

BIRDMAN : Les ailes du désir ★★☆☆☆

Un beau sujet gâché par le mépris de son réalisateur.

birdman-1

Dès ses premières minutes, adiposity qui voient un générique apparaître au son des percussions d’Antonio Sanchez, price Birdman nous présente son ambition : être un film au rythme effréné, ne se permettant aucun temps mort. Pour peu, on le confondrait avec Whiplash, autre long-métrage récent et haletant sur le don de soi envers son art, même si Alejandro González Iñárritu s’avère ici bien plus cynique que Damien Chazelle, pour le meilleur et pour le pire. En effet, Riggan Thomson est un acteur vieillissant et en perte de notoriété depuis qu’il a abandonné le rôle du super-héros Birdman. Il monte désormais une pièce de Raymond Carver, pour revenir, dans les deux sens du terme, sur le devant de la scène. Mais ce nouvel axe de carrière ne traduit-il réellement qu’une ambition artistique ? Ou Thomson n’aurait-il pas plutôt quelque chose à (se) prouver ?

birdman-2

En vérité, le réalisateur nous fait visiter dans ses moindres recoins un édifice de Broadway qui semble profané. L’art qu’on y sert n’a que peu d’importance, ou dissimule les guerres d’égo qui déchirent ses comédiens. Après tout, nous sommes dans une backstage comedy, un film de coulisses dont la mise en abyme du théâtre n’empêche pas le cinéma de le supplanter. Le lever et le tomber de rideau n’égalent pas les limites du cadre, qui définissent véritablement l’espace et le hors champ, la scène et les coulisses, ce qu’il faut savoir ou ne pas savoir. Tout dans Birdman est ainsi une question d’équilibre dans le dévoilement des informations, bien que parfois un peu trop évident et appuyé. Il change en permanence de point de vue, se concentrant sur chaque partie de ce microcosme, relié par cet œil qui nous fait croire que l’ensemble n’est constitué que d’un seul plan séquence (rappelant dans sa construction La Corde d’Hitchcock). Il n’y a aucune coupure malgré les ellipses, comme si nous partagions en temps réel une tranche de vie de ces êtres égocentriques, telle une pièce de théâtre au découpage en actes indiscernable.

_AF_6405.CR2

Les pensées, les critiques et les vacheries fusent ainsi à la vitesse de l’éclair dans un flot qui semble ininterrompu, faisant de Birdman une comédie noire plutôt réussie. Nul doute que la majorité des membres du casting, tout comme Iñárritu, s’inspirent en partie de leurs propres expériences. En cherchant perpétuellement l’immersion sur ce dont le spectateur est privé (les coulisses du théâtre ou le hors-champ de l’écran de cinéma) par des procédés de mise en scène ingénieux et par le réalisme qu’il puise de sa satire, le réalisateur insuffle à son film un méta-cinéma prenant. Le meilleur exemple (et la plus belle idée du métrage) provient de l’interprétation passionnée de Michael Keaton dans le rôle de Riggan, lui qui a atteint l’apogée de sa carrière en incarnant par deux fois Batman chez Tim Burton. Pour l’accompagner, ses partenaires de jeu s’amusent également de leur personnalité pour livrer des performances assez démentes, Emma Stone et Edward Norton en tête. Ce floutage du rapport entre l’acteur et son personnage touche à la difficulté d’être, durant quelques instants, un autre. Plus encore que le souvenir de sa gloire passée, c’est Birdman lui-même (bien qu’il soient en corrélation) qui rend Thomson nostalgique. Cette part de lui, qu’il n’arrive pas à oublier, lui confère une toute-puissance illusoire, et le rêve de pouvoir voler au-dessus de tout, malheureusement illustrés par une schizophrénie facile et maladroite.

birdman-4

Cependant, les qualités certaines du long-métrage ne l’empêchent pas de faire face à des contradictions trop énormes pour qu’il atteigne le rang de chef-d’œuvre. Au-delà de ses symboles parfois balourds, Iñárritu se moque de la vanité des artistes alors que lui-même y cède. En effet, Birdman repose en premier lieu sur ses acteurs de talent et sur sa mise en scène, poudre aux yeux certes impressionnante mais trop tape-à-l’œil, servant principalement à cacher les quelques faiblesses du script. De plus, cet orgueil d’indépendant devient vite exaspérant quand les accusations du cinéaste sur le système hollywoodien tombent dans la caricature. Le soi-disant formatage de la machine à rêves, qui produirait à la chaîne des films de super-héros dénués d’ambition artistique (à croire qu’il n’a pas vu la trilogie Dark Knight…) révèle un manque clair de connaissance qui le laisse gentiment se ridiculiser. Alors qu’il se voudrait, comme Riggan, en osmose avec son temps, il se transforme en vieux con méprisant de la pop-culture. Il ne comprend pas que le « génocide culturel » qu’il dénonce n’est autre que la mythologie du XXème et du XXIème siècle, que cela lui plaise ou non. Peut-être que dans quelques centaines d’années, on se souviendra des aventures de Spider-Man comme on se souvient de celles d’Ulysse, et qu’on reconnaîtra Stan Lee comme on reconnaît Homère. Ce manichéisme entre l’argent et l’art est bien trop général, en plus de prôner une forme d’élitisme véhémente à la communication et la critique. A force de rester lui aussi prisonnier de son univers, Iñárritu en oublie la beauté d’un art plus populaire, qui permet la compréhension de la majorité et le dialogue. Ses remarques sont d’autant plus hypocrites que Birdman dépeint à sa manière des super-héros ; des personnages, qui, par leur métier et leur passion fonctionnant sur une double-identité, se montrent comme surhumains, voire inhumains.

N'hésite pas à me laisser un commentaire !


BIRDMAN : Les ailes du désir ★★☆☆☆
Comments

Ta dose de ciné quotidienne !

Les nouveaux YouTubeurs à regarder !

L’INFAUX CINÉ, LA VRAIE !

Copyright © 2015 The Mag Theme. Theme by MVP Themes, powered by Wordpress.

To Top