Actualité

BELLES FAMILLES : Rencontre avec l’équipe de Jean-Paul Rappeneau

Les Innocentes : un Film qui a la Grâce…

 

Avec ce nouveau film, illness
Anne Fontaine nous offre une de ses oeuvres les plus abouties et, page à coup sûr, treatment la plus émouvante, en nous contant cette histoire vraie, mais hélas oubliée, de religieuses polonaises violées par des soldats de l’armée soviétique à la fin de la seconde guerre mondiale.

Un film dramatique qui dresse également le portrait d’un très beau personnage féminin, Mathilde, une jeune médecin de la Croix Rouge qui va venir en aide à ces femmes et découvrir peu à peu des horizons qui lui étaient jusqu’alors inconnus. Elle est incarnée avec force et conviction par Lou de Laâge, toujours aussi rayonnante, qui nous offre là une nouvelle facette de son talent déjà reconnu.

Notre Cinéphile Reporter a eu le privilège de rencontrer ces deux artistes au cours d’un entretien que nous vous dévoilons, en exclusivité, ci-dessous.

 

Grâce à ce film, vous mettez en lumière un événement totalement méconnu de l’histoire de la seconde guerre mondiale, le viol de plusieurs religieuses polonaises par des soldats soviétiques. Comment avez vous entendu parler de ces horribles faits ?

Anne Fontaine : À l’origine, ce sont les producteurs, Eric et Nicolas Altmayer qui m’ont parlé de ce sujet auquel, avaient-ils pensé, je serais très sensible. Ils m’ont donné à lire un premier traitement qui avait été écrit par Sabrina Karine et Alice Vial à partir des témoignages du neveu de cette jeune médecin, Madeleine Pauliac, que j’ai renommée Mathilde Beaulieu dans le film et qui avait conservé des documents succins de sa tante, comme un journal de bord qui expliquait son activité auprès de la Croix Rouge et sa rencontre avec les sœurs polonaises violées par des soldats de l’Armée Rouge. J’avoue avoir eu un coup de foudre immédiat pour ce sujet car j’ai trouvé cette tragédie incroyable du point de vue historique par la violence faite aux femmes sans oublier le point de vue mystique. C’est un sujet qui brassait tellement de choses bouleversantes que je m’y suis plongée sans hésiter, même si j’ai retravaillé le scénario avec Pascal Bonitzer car le journal était très minimaliste et il a fallu le développer.

Lou, c’est un de tes plus beaux personnages et un de tes plus beaux rôles aussi… Que peux tu me dire sur le voyage initiatique et le parcours émotionnel de cette jeune praticienne ? Au début, on la sent très pragmatique et peu encline à la spiritualité mais, au contact de ces religieuses, quelque chose semble s’éveiller en elle, sans qu’elle devienne croyante pour autant ?

Lou de Laâge : C’est ça, je pense qu’elle va à un endroit d’elle même où elle s’autorise une ouverture sur les autres, avec une curiosité humaine, sans adhérer forcément à tout mais en se disant : « voilà, je respecte ton point de vue, après tout, ça ne va pas me transformer que de savoir t’écouter et de prendre en compte ta façon de voir la vie qui peut aussi être intéressante et pas forcément éloignée de la mienne… ». Car selon moi, ces religieuses et Mathilde poursuivent le même but, elles ont juste un chemin différent pour s’y rendre mais elles défendent avant tout la vie et l’humain. Elle le comprend notamment grâce à son amitié naissante avec Maria, qui l’initie à savoir regarder et écouter le point de vue humain qu’ont ces femmes là. Donc elle nuance sa personne sans se transformer pour autant. En fait, c’est surtout une jeune fille qui découvre le monde et ça, c’est à l’image même de la vie, où on apprend à se confronter aux autres et à sortir de notre éducation et des chemins que nos parents ont pu construire. Cela nous permet de voir un ailleurs et de comprendre que, après tout, nous pouvons être plus apte à découvrir quelque chose qui nous est totalement inconnu.

Il y a aussi un élément déclencheur à ce rapprochement, c’est quand Mathilde est elle même confrontée à la violence physique ?

A.F : C’est une scène qui n’était pas présente dans le journal de Madeleine Pauliac mais, dans le film, elle était indispensable pour mieux incarner le vertige de la souffrance qu’ont pu endurer ces sœurs. Le fait que Mathilde puisse également le ressentir dans son propre corps, fait infléchir la position très pragmatique et médicale qu’elle avait initialement. Elle devient plus sensible et poreuse à quelque chose de spirituel car ce genre d’expérience vous transforme, sans vous faire devenir une autre personne mais cela vous donne accès à quelque chose de l’ordre de l’indicible, de profond et vous questionne, notamment sur la fragilité de la foi qui est la même pour un laïque que pour un croyant. Il y a plusieurs façons d’incarner la foi et ici, ce sont deux fois qui se rencontrent et qui se dirigent vers la lumière.

Ce qui est également très émouvant, c’est toutes ces questions qui sont soulevées par cette horrible barbarie et auxquelles ces sœurs doivent trouver une réponse ?

A.F : Bien sûr : « Ai-je le droit d’accepter cet événement qui est contraire à l’engagement que j’ai pris dans la voie de Dieu ? Comment donner la vie malgré les préceptes très forts d’un engagement dogmatique ? » C’est d’ailleurs passionnant pour Mathilde, que d’être face à ces femmes qui questionnent leur engagement et qui ont cette transcendance de pouvoir prier ensemble, de pouvoir transcender la douleur en commun, d’être solidaires dans la fatalité. Tous ces éléments, ajoutés à l’apport de Mathilde, leur permettent d’inventer une voie vers le futur car si elles restaient coincées dans leur dogme, elles se perdraient. Et c’est malheureusement ce qui arrive au personnage de la Mère supérieure, qui en vient à prendre, seule, la pire des décisions, même si elle pense que c’est la seule à prendre car la seule qui puisse sauver leur communauté. 

Le film est aussi incroyablement lyrique, notamment grâce aux chants des religieuses qui offrent d’ailleurs une des plus belles scènes du film, quand Mathilde semble s’éveiller à quelque chose en les entendant ?

A.F : Ce sont des chants grégoriens que j’ai choisis pour leur beauté intrinsèque mais aussi pour qu’ils correspondent à une véracité historique et à des moments de la journée. C’est aussi leur manière de s’exprimer, d’être ensemble et de se hisser au dessus du mal et des contingences, tout en ritualisant leur vie quotidienne car il y près de six ou sept offices par jour. Et le moment avec Mathilde dont vous parlez, c’est une scène où quelque chose lâche en elle. Elle est comme envoutée par la beauté et la pureté de ces voix. Elle a accès à quelque chose qui, jusque là, ne l’aurait pas concernée.

Comment avez vous abordé l’esthétique très maîtrisée du film ?

A.F : Je pense que la foi est un mystère, tout comme l’être humain et la condition humaine sont des mystères. Avec Caroline Champetier, la chef opératrice, nous nous sommes dit qu’il fallait exprimer cela à travers la lumière et les visages des personnages. Ça a été un travail très précis et très approfondi où la lumière devait incarner une forme d’espoir face à ces terribles événements. Et même si parfois, on est proche du « noir et blanc » avec ces plans où les sœurs en tenue noire marchent dans la neige, et ressemblent à des oiseaux qui volent, je ne voulais pas opter pour le « noir et blanc » car je craignais qu’il donne au film un aspect trop passéiste alors que je tenais à ce qu’il reste contemporain. Après tout, cette histoire pourrait se dérouler de nos jours, car toutes les questions liées au pragmatisme et à la foi sont toujours d’actualité. Sans parler des viols qui peuvent être utilisés comme arme de guerre, que ce soit en Haïti ou en Afrique.

Pour en revenir un peu à toi Lou, ton interprétation est très juste et sensible… C’est une fille très droite au premier abord mais toujours attachante et son ouverture progressive aux autres s’exprime par très peu de chose, un sourire, un regard… Quelle était la démarche à suivre pour amener ton personnage dans cette direction ?

LdL : Il fallait qu’elle se transforme peu à peu mais presque comme de la dentelle, avec beaucoup de délicatesse. Et puis la caméra saisit tout, donc il suffit de très peu de chose pour que ce soit exprimé. Il fallait aussi éviter de tomber dans un sentimentalisme trop prononcé car la situation à laquelle elle est confrontée, est très forte. Donc même si elle est un peu sèche au début et qu’elle s’émeut peu à peu, elle garde toujours le contrôle d’elle même car c’est la seule chose à faire face à de telles tragédies. Il faut rester droit pour y faire face. 

On ressent comme un manque chez elle… C’est assez frappant quand Maria lui demande si elle est heureuse et qu’elle ne sait pas vraiment répondre ?

LdL : Je pense qu’elle ne se pose même pas cette question là, vu le contexte dans lequel elle vit et vu la cause qu’elle veut défendre. Il faut qu’elle trouve des solutions à des situations terribles donc elle ne pense pas à elle à ce moment là de sa vie. Ses petits problèmes personnels ne sont rien en comparaison des horreurs qu’elle a vues. Si elle se pose la question, elle ne peut plus tenir la ligne qu’elle essaye de tenir.

Le film est également très touchant dans le rapport au corps que peut entretenir Mathilde avec ces religieuses, quand elle les ausculte et qu’elle les touche ?

A.F : C’est un film qui parle du corps. Un corps meurtri mais qui va donner la vie. Un corps enfoui derrière ces robes de religieuse et qui n’a pas le droit d’être « incarné » car il est offert à Dieu : il y a ce paradoxe effarant qui est de se retrouver enceinte après un viol et de se demander si on va devenir mère ou ne pas le devenir. C’est une problématique métaphysique et physique d’une grande intensité. Et Mathilde leur apprend à toucher leur corps et à se laisser toucher. C’est le premier pas pour incarner leur état et accepter qu’elles vont devenir mère.

Et pour conclure, je pense qu’il est nécessaire de parler du personnage du chirurgien, interprété par Vincent Macaigne, et de sa relation avec Mathilde ?  

A.F : Je tenais à ce que ce soit un couple non romantique, un peu atypique. Notamment afin de donner au personnage de Mathilde, une singularité et une fantaisie en la faisant s’intéresser à un homme comme celui là, qui n’est pas un prix de beauté absolue mais qui a de la drôlerie. Toutes leurs scènes amènent une forme de légèreté qui contraste avec la dramaturgie très tendue et serrée de tout le sujet. Et puis c’est vrai que les chirurgiens de guerre, qui sont confrontés à la barbarie du monde, peuvent avoir une autodérision et un sens de l’absurde très forts. Ca fait partie du charme qu’ils peuvent avoir dans leur rapport avec les autres. Un rapport non sentimental, même si on sent qu’ils sont peu à peu gagnés par des émotions mais tout en gardant une distance. Beaucoup de médecins sont assez sarcastiques pour mieux se protéger. Quand il dit que sa famille a disparu dans les camps, on est surpris car il le dit sans jouer la plainte existentielle, mais d’une manière très à plat et c’est beaucoup plus violent que s’il y mettait plus d’intensité. C’est pour ça que les acteurs qui proposent des partitions qui ne sont pas figuratives et qui ne sont pas des pléonasmes de situation, c’est un apport et c’est pour ça que le casting est si important.

En somme, un vrai, un grand, un beau, un fort moment de cinéma. Tout simplement inspiré par une certaine grâce.

 

Propos recueillis par Le Cinéphile Reporter pour LeCinéphileAnonyme.com

Lien youtube de la bande annonce :

Après douze ans d’absence, search c’est avec cette grande comédie populaire que le grand Jean-Paul Rappeneau nous revient. Et quand on voit ce qu’il est capable de faire avec ce huitième long métrage, prostate on ne peut s’empêcher de penser qu’il nous a manqué. En effet, ce Belles Familles nous prouve à quel point le cinéaste n’a rien perdu de son immense talent tant son film est l’incarnation même de ce que le cinéma français peut offrir de meilleur.

belles familles

Du romanesque, des dialogues savoureux, un sens du rythme inné, une mise en scène parfaitement chorégraphiée avec des actions à suivre aussi bien au premier plan qu’à l’arrière plan du cadre, une photographie soignée, un humour fin se mélangeant subtilement à de la gravité, un lyrisme envoutant et surtout un romantisme puissant et pleinement assumé, là où bon nombre d’intellectuels français dénonceraient de la niaiserie.

Et bien sûr, le tout interprété par la fine fleur du cinéma français.

A l’occasion de la sortie DVD, votre Cinéphile Reporter a eu le plaisir de pouvoir partager un moment la compagnie de Monsieur Rappeneau et de son casting fabuleux avec entre autre, le magnétisant Mathieu Amalric, l’énergique Gilles Lellouche, la jeune et sublime Marine Vacth, et le toujours subtil et savoureux Guillaume de Tonquédec que j’ai eu le plaisir de retrouver après avoir eu l’occasion de travailler à ses côtés sur un tournage, alors que je n’étais encore qu’un étudiant-stagiaire.

Déjà félicitations à vous tous parce que… Wahouuu… Quel film !!! C’est tellement riche. Il y a tellement de choses mais, pour ma part, ce qui m’a le plus marqué, c’est avant tout l’histoire d’amour entre Jérôme et Louise, les deux personnages que vous incarnez, Marine et Mathieu. Elle est filmée avec un romantisme et un lyrisme incroyable. Un peu comme les Américains savent le faire. Et pourtant au moment de leur première rencontre, rien n’est joué entre ces deux individus. Qu’est ce qui, selon vous, les amènent à se rapprocher l’un de l’autre ?

Mathieu Amalric : Pour moi, cette histoire d’amour, c’est avant tout le fantasme de Jean-Paul. Pour lui, le cinéma c’est plus beau que la vie. C’est peut être ce qu’on aimerait tous vivre. Et parfois on y accède dans des éclats extraordinaires qu’on peut atteindre dans nos vies. Ça donne des moments forts que l’on n’oubliera jamais. Eh bien, Jean-Paul écrit sur ces moments là. Il n’aime pas raconter des films sur la difficulté, la banalité ou le quotidien. Il travaille sur les cadeaux que nous donne la vie. Du coup, cette histoire d’amour, c’est son fantasme. Ceci dit, je pense que leur rapprochement est surtout lié aux souvenirs qu’ils n’ont pas en commun et à ce père qu’ils ont en commun. Ils ne sont pas frères et sœurs et pourtant en raison de leur histoire familiale, ils jouent tous les deux sur des zones sexuelles et amoureuses très étranges.

Justement cette histoire d’amour crée un dommage collatéral qui vous concerne Gilles. Votre personnage, Grégoire, voit sa fiancée le quitter peu à peu et en devient fou de jalousie ?

Gilles Lellouche : C’est vrai, il y a de ça mais je pense qu’il y a encore autre chose. Bien sûr il est question de jalousie mais ce qui le rend si angoissé, c’est surtout le fait qu’il n’ait plus de contrôle sur rien. Alors qu’au début du film, il donne l’impression d’être quelqu’un de très « arrivé », qui maîtrise tout, ses amours, ses amitiés et son business. Mais quand il s’aperçoit qu’une séduction commence à s’opérer entre sa compagne et Jérôme, il comprend que la femme qu’il aime va lui échapper et ça le panique. Je pense que ce qui est le plus difficile à vivre, ce n’est pas tant le fait que votre femme vous quitte mais plutôt de constater qu’elle va bientôt le faire. Il voit que la femme qu’il aime tombe amoureuse d’un autre homme, qui en plus est son ami d’enfance, et il ne peut rien faire pour l’empêcher. C’est la chronique d’une mort annoncée et c’est pour ça qu’il souffre autant. Il est le témoin de son propre échec.

Très bien, maintenant si vous permettez, j’aimerais revenir sur l’aspect incroyablement lyrique du film. Monsieur Rappeneau, vous féliciterez bien sûr votre fils qui a fait un travail formidable de composition musicale mais j’aimerais savoir, comment vous est venue cette idée de la scène finale qui confronte chaque personnage au cours de ce concert ? 

Jean-Paul Rappeneau : Quand j’ai écrit cette histoire, j’avoue avoir eu un peu peur qu’elle soit vue comme une succession de petites péripéties provinciales. J’ai très vite compris qu’il fallait ouvrir le film vers quelque chose de plus grand pour qu’il puisse s’envoler. Et la musique est le meilleur moyen pour cela. Elle amène le romantisme dont vous parliez à l’instant. Et puis j’ai pensé qu’après tout, on trouve souvent des festivals de musique dans de nombreuses villes de province. Et c’est là que j’ai imaginé cette grande scène, un peu à la manière d’un opéra. Le hasard a d’ailleurs bien fait les choses car j’ai eu cette idée au moment où on commençait à faire des repérages pour préparer le tournage et c’est là que l’on a apprit qu’il y avait justement un festival de musique classique qui allait se dérouler dans la ville voisine de celle où on devait tourner et à la même période où on devait tourner. Mais pour en revenir à la scène, certains musiciens que je connaissais m’ont fait comprendre qu’il était préférable de faire jouer du Mozart. Mais mon fils m’a convaincu que le concerto numéro un de Schumann serait plus romantique encore. Du coup, j’ai fais confiance à mon enfant et j’ai opté pour Schumann.

Et justement, puisque vous parlez de la province, elle est incroyablement belle dans votre film et vous faites justement le parallèle entre la façon d’y vivre et la façon dont le monde évolue, notamment avec la mondialisation ?

Mathieu Amalric : Je me permets juste de réagir. La province est belle certes, mais ce n’est pas un film nostalgique pour autant. La province n’est pas complètement isolée de la mondialisation. Au contraire, elle est même percutée elle.

Jean-Paul Rappeneau : Oui, il y a une scène qui résume un peu ce que vous dites. C’est quand le personnage de Grégoire est dévasté par le fait que sa fiancée l’ait quitté. Il va voir Jérôme dans sa chambre d’hôtel, s’assied sur le lit puis commence à regarder les informations à la télévision où le présentateur parle de finance, de capitaux et d’économie. Je vois là une sorte de parabole entre le visage de cet homme qui souffre et ces trucs financiers auxquels personne, en dehors des experts, ne comprend rien. Pour moi, c’est une scène qui raconte vraiment quelque chose du monde dans lequel on vit actuellement.

Mathieu Amalric : En fait, ce film nous donne surtout à voir des personnages qui se débrouillent avec le monde tel qu’il est aujourd’hui. Et c’est ce qu’on fait tous.

Marine, je me tourne vers toi maintenant. C’est encore une très belle prestation, tu irradies autant l’écran que tu le faisais dans Jeune et jolie de François Ozon. En voyant le film, je me suis fais cette remarque, même si ton personnage est très différent de celui que tu jouais chez Ozon, tu brilles toujours autant dans les moments de silence. C’est là que tu dégages le plus de mystère et donc de charme. C’est important pour toi d’aborder ton jeu de cette façon ?

Marine Vacth : Merci des compliments. Disons que j’aime jouer dans le silence et faire passer des choses à travers ces moments là mais ce n’est pas tellement dû au fait que ce soit important pour moi ou pas, c’est simplement l’histoire ou la scène en question qui impose ça. Le film de Jean-Paul joue là dessus, il peut être très rythmé, très musical par moments et à d’autres, il prend des poses pour mieux reprendre son souffle par la suite.

D’ailleurs puisque tu en parles, on ressent effectivement cette musicalité dans votre jeu à vous tous. Et je n’ai pu m’empêcher de penser que vous avez dû tous travailler énormément pour en arriver à autant de précision mais que vous avez aussi dû prendre un pied incroyable. J’ai bien résumé ?

Gilles Lellouche : Vous avez complètement raison. C’est vrai que dans un premier temps, il faut saisir et comprendre la musicalité propre à Jean-Paul. Il faut qu’on comprenne le rythme de chaque personnage, de celui qu’on joue bien sûr mais aussi de ceux que ses partenaires jouent, pour pouvoir accorder nos instruments. Puis, quand on trouve enfin la juste mesure de là où Jean-Paul veut aller, alors ça devient jouissif. Et effectivement ça a été un tournage très joyeux dans le travail.

Il y a autre chose qui m’impressionne dans ce film, c’est le soin accordé à chaque personnage. Du principal au plus secondaire, tous ont un rôle clé à jouer dans cette histoire. C’est notamment ton cas, Guillaume. Même si on te voit assez peu, ton personnage est essentiel et il est même à l’image du film. À savoir drôle mais parce que vivant quelque chose de grave. Que peux tu nous dire par rapport à ça ?

Guillaume de Tonquédec : Je pense que c’est surtout dû au fait qu’on a affaire ici à un grand auteur. Et un grand auteur ne néglige rien de son histoire. Chaque personnage qu’il crée amène tout un univers, une pensée et une réflexion. Même si ça prend parfois des années d’écriture. Pour ma part, c’est ce cinéma là qui me plait et auquel j’ai envie de participer car les personnages sont si riches et pleins que ça crée quelque chose de juste, d’émouvant et donc, d’autant plus drôle. Pour ce qui concerne mon personnage, je pense que ce qui le rend touchant c’est le fait qu’il se débat avec la vie et qu’il cherche à protéger sa mère. Leur relation est d’ailleurs assez troublante car il lui apporte une aide financière et « la reconnaissance est le pire des fardeaux » comme le disait un grand auteur français. Du coup, le retour du personnage de mon frère, joué par Mathieu, arrive comme une bouffée d’oxygène pour le personnage de ma mère mais le mien se retrouve un peu désemparé et triste. On a affaire ici à des grandes figures de l’humanité. Jean-Paul réfléchit beaucoup à tout ça.

Parfait. J’aimerais aborder une dernière chose avant de nous quitter. Comment ça se passe concrètement sur un plateau quand on se fait diriger par un metteur en scène aussi pointu et exigeant que monsieur Rappeneau ?

Guillaume de Tonquédec : C’est vraiment passionnant de se faire diriger par lui. A chaque fois qu’on s’apprête à tourner une séquence, il nous raconte l’histoire de nos personnages et leur état d’esprit à ce moment du film. Il nous met dans l’état du rôle. Il nous donne des déplacements précis à suivre mais qui sont toujours justes car, en fait, il trouve la justesse de ces films et de sa mise en scène que lorsqu’ il a trouvé ses décors. C’est seulement à ce moment là qu’il fait son découpage et qu’il visualise les mouvements de ces personnages. Ce qui lui permet ensuite de réfléchir aux mouvements de caméras qu’il va devoir mettre en place. C’est de là que viennent cette fluidité et ce génie qu’il a dans sa mise en scène. Et puis ce qui est très drôle, c’est qu’il est physiquement avec nous quand on tourne. Il contrôle la scène depuis son combo où il a le retour vidéo et il n’hésite pas à taper dessus quand on fait une erreur, il parle pendant qu’on joue, il éclate de rire. Ça nous demande un temps d’adaptation mais après on ne peut plus se passer de cette présence imposante. Ça me rappelle d’ailleurs une anecdote que tu m’as raconté un jour, Jean Paul. C’était sur le plateau de Cyrano de Bergerac où Depardieu s’était arrêté de jouer au beau milieu d’une scène et s’était tourné vers toi en disant « Bon, je t’ai pas entendu… C’est qu’il y a quelque chose qui a merdé… Je recommence… ».

Jean-Paul Rappeneau : C’est vrai oui… Sacré Gégé…

 

Propos recueillis par Le Cinéphile Reporter (Eurojournaliste)

 

N'hésite pas à me laisser un commentaire !


BELLES FAMILLES : Rencontre avec l’équipe de Jean-Paul Rappeneau
Comments

Ta dose de ciné quotidienne !

Les nouveaux YouTubeurs à regarder !

L’INFAUX CINÉ, LA VRAIE !

Copyright © 2015 The Mag Theme. Theme by MVP Themes, powered by Wordpress.

To Top